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L’assoiffé

Valérie Dufour   11 juillet 2003 19h20  Actualités internationales
Il y a 40 ans, les citoyens de Hong Kong pouvaient utiliser l’eau durant quatre heures à tous les quatre jours. La situation s’est améliorée, mais la ville reste dépendante d’une province voisine pour son approvisionnement en eau.

Jusqu’à quand le gouvernement pourra-t-il s’y approvisionner sans mettre la santé de sa population en danger? Cette question, les fonctionnaires se la posent chaque année puisque les besoins de la ville sont grands: 2,6 millions de mètres cubes par jour, et la demande suit la courbe démographique.
Avant, notre problème était de trouver de l’eau; aujourd’hui, nous devons nous assurer que cette eau n’est pas polluée ou contaminée sur le trajet entre la rivière et notre robinet, explique Damien Ku, assistant directeur au ministère de l’Approvisionnement en eau de Hong Kong, lors d’une entrevue accordée au Devoir.
«Depuis quelques années, nous sommes préoccupés par les récents développements industriels en Chine et l’impact que ceux-ci ont sur l’eau potable qui vient jusqu’à nous», ajoute Roger Lam, ingénieur principal et responsable des relations avec les consommateurs au même ministère.
Dans les faits, la consommation domestique d’eau de la ville de Hong Kong se compare à celle d’autres villes asiatiques telles Kuala Lumpur, Pékin, Singapour et Séoul. Chaque résidant utilise en moyenne 202 litres d’eau par jour, soit 120 litres d’eau potable et 82 litres pour la chasse d’eau. Le problème n’est donc pas la surutilisation de la ressource mais plutôt le fait qu’il n’y a pas de source où la puiser sur le territoire.
Si la situation est préoccupante, elle l’est beaucoup moins qu’il y a 20 ans, fait remarquer Damien Ku. «Avant la signature d’une entente d’approvisionnement avec la Chine en 1982, nous avions de longues périodes où il fallait faire du rationnement. En 1963-64, par exemple, les gens ne pouvaient utiliser l’eau que pendant quatre heures à tous les quatre jours.»
Aujourd’hui donc, l’eau est pompée de la rivière Dongjiang et dirigée vers les réservoirs situés sur le territoire hong-kongais. L’État paie un peu plus de 3 $KG (quelque 55 ¢) par mètre cube d’eau. Et pour encourager la population à préserver la précieuse ressource, celle-ci est taxée selon l’utilisation qui en est faite.
L’un des scénarios envisagés, si jamais l’entente avec la Chine continentale prenait fin, est celui de l’autosuffisance. «Nous recevons en moyenne 2214 millimètres de précipitations par année sur le territoire, souligne Damien Ku. Si nous amassions chaque goute, nous aurions plus d’eau potable qu’il nous en faut pour subvenir à nos besoins.»
La collecte de ces eaux n’est cependant pas simple, reconnaît Roger Lam. Une partie des pluies tombe directement dans les 17 réservoirs du territoire. Un système de tunnels et de canaux permet également d’en récupérer une partie. Reste que le développement urbain avec ses rues en bitume pose un sérieux problème logistique. Résultat: l’eau de pluie ne compte que pour 20 % de l’approvisionnement en eau potable.
Une chose est sûre, il faut à tout prix mieux traiter les eaux usées et le gouvernement le reconnaît. «Avant 2001, 1,7 million de mètres cubes d’eau usée étaient déversés dans le port chaque jour, explique Benny Wong, assistant directeur au ministère de la Protection de l’environnement de Hong Kong. Depuis, on a corrigé le tir, si bien que 1,3 million de mètres cubes sont aujourd’hui traités avant d’être envoyés à la mer. Il y a encore du travail à faire, mais c’est un début.»
Ainsi, le système d’égoût est toujours déficient. De gros travaux de remplacement ont déjà été effectués pour creuser de nouveaux tunnels, mais il faut encore creuser car la population s’accroît. De plus, les usines de traitement des eaux sont obsolètes et elles ne sont surtout pas assez nombreuses pour filtrer tout ce qui devrait l’être.
«Je n’aimerais pas tomber dans l’eau du port», indique Anne Copeland Chiu, membre de la Chambre de commerce canadienne de Hong Kong et vice-présidente du comité pour le développement durable de l’organisme. «Ce n’est pas normal qu’une ville moderne permette qu’on déverse des eaux d’égoût directement dans la mer.»
Mais le gouvernement le sait, affirme-t-on. «Il y a de plus en plus de pressions pour que l’on rende le port plus propre. Certains veulent qu’on organise une compétition de type traversée à la nage du port, raconte Benny Wong. Il faut savoir combien ça nous coûterait. Je ne peux pas mentir, nettoyer le port est un long processus. On ne peut pas régler le problème en une nuit.»
Le système de traitement des eaux est tellement rudimentaire qu’il entache la réputation de la ville, croit Peter Hills, professeur au Centre de planification urbaine et de la gestion de l’environnement de l’université de Hong Kong. «Nous avons un revenu par habitant de 24 000 $ par année — plus que le Canada et le Royaume-Uni — et on n’est incapables de nettoyer nos eaux usées. Hong Kong a des années de retard. Et pendant ce temps, les coûts pour s’équiper de technologies efficaces en la matière ont grimpé en flèche.»
Il ajoute que la rivière des Perles se déverse elle aussi dans le port avec son lot de pollution venant des industries installées dans la province de Guangdong. «La Chine a différentes normes environnementales et cela crée un problème de pollution chez nous parce que la pollution suit le cours de l’eau», reprend M. Hills.
Même son de cloche du côté de Barrie Cook, membre de la Coalition des gens d’affaires de Hong Kong pour l’environnement. «On se retrouve avec un problème régional. D’un côté, nos normes sont plus sévères et notre bilan environnemental s’est amélioré. De l’autre, on voit que les gens qui habitent au nord [Chine continentale] déversent toujours des déchets chimiques et domestiques dans l’eau. Il y a de quoi avoir peur, surtout que nous importons une large partie de notre eau potable.»
 
 
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