La grande désillusion
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Le printemps arabe
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«On avait besoin d'une étincelle pour que tout explose»
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Les Égyptiens de Montréal solidaires
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Éditorial - Les absents
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Tunisie - La police chasse les manifestants qui exigent le départ du premier ministre
- Des milliers de Jordaniens réclament la démission de leur gouvernement Jordanie
Rien n'illustre mieux la perplexité, pour ne pas dire le désarroi, de la diplomatie américaine devant les événements en Égypte que le fait que le département d'État ait annulé hier son point de presse quotidien. Les manifestations des derniers jours n'avaient pas surpris. On attendait des poussées de fièvre tunisienne, éruptions que Washington prévoyait déjà depuis quelque temps. Hillary Clinton n'avait-elle pas déclaré il y a deux semaines au Qatar que les pays arabes étaient «las des institutions corrompues et des politiques stagnantes»? Faut-il rappeler aussi que le gouvernement américain avait dénoncé avec une très rare fermeté le trucage des dernières élections législatives? Probablement espérait-on que Moubarak, dès les premières expressions de mécontentement, humerait tristement le parfum du jasmin et se résignerait à lâcher du lest pour éviter le pire. Ce ne fut pas le cas. On sait que les dictateurs sont presque toujours sourds.
Les autorités égyptiennes ne furent pas surprises par les premières manifestations de cette semaine. Dans une ville de vingt millions d'habitants, dix mille manifestants, ce n'est pas la mer à boire. Et puis, ces manifestants, on les connaissait et on les attendait. C'était la mouvance traditionnelle et éduquée de la petite opposition classique: étudiants, avocats, magistrats, partisans de l'opposant Ayman Nour, cette classe moyenne sophistiquée et branchée sur le monde. Mais de jeudi à vendredi, le mouvement s'est élargi et c'est dans les mosquées que le parfum du jasmin tunisien s'est diffusé. Privés de réseaux sociaux, les Égyptiens étaient tous à la prière du vendredi et les imams ont remplacé Facebook et Twitter. La mosquée défiait Moubarak. Hier, ce n'était plus la même foule qui envahissait les rues. On pouvait parler de manifestations populaires de masse et, absents jusque-là, sont réapparus dans les quartiers populaires les cadres et les militants des Frères musulmans.
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L'Égypte est un pays complexe dont l'histoire est ponctuée de moments de gloire et d'humiliation. Avec Nasser qui veut prendre la tête du mouvement panarabe, les Égyptiens rêvent à leur ancienne grandeur pharaonique et sont bien prêts à accepter quelques accrocs à leurs droits. Nasser n'a-t-il pas humilié la France et l'Angleterre en nationalisant le canal de Suez? Car la mission de l'Égypte, c'est d'être le guide des Arabes et le phare de l'islam modéré sunnite.
Anouar el-Sadate tente en 1973 de venger l'humiliation de la guerre de Six Jours en lançant la guerre du Kippour. Malgré la défaite, les accords de Camp David, le prix Nobel de la paix, l'appui massif des Américains et la relance de l'économie redonnent l'espoir d'une nouvelle grandeur.
L'Université al-Azhar régit la pratique religieuse du monde arabe, la télévision égyptienne est présente partout, tout comme la littérature, et l'arabe égyptien est considéré comme la norme linguistique. Quand Moubarak prend le pouvoir en 1981 après l'assassinat de Sadate, les Égyptiens croient en un avenir meilleur.
Maintenant premier allié arabe des États-Unis, l'Égypte retrouvera son rôle de leader du monde arabe et en même temps, la prospérité. La décision de démanteler l'État pléthorique et quasi stalinien est bien accueillie. Mais avec la privatisation de l'économie apparaissent le clanisme, la prédation et la corruption. Les écarts entre les pauvres et les riches s'accroissent douloureusement, mais on pardonne beaucoup à Moubarak en rêvant de cette grandeur passée. On se contente de demi-libertés, d'opposition politique symbolique. Les attentats de Louxor en 1997, qui font 62 victimes, des touristes étrangers, marquent un tournant. La répression contre tous les courants qui se réclament de l'islam est féroce. D'autoritaire, le régime devient franchement dictatorial. Appuyé par l'Occident dans cette lutte sans merci contre le monstre du terrorisme qui menace la région, Moubarak se croit tout permis.
Dans la foulée, l'économie périclite, la pauvreté s'installe en permanence, les droits rétrécissent comme peau de chagrin. Les États-Unis, obsédés par le 11-Septembre, consolident le pouvoir égyptien en augmentant leur aide financière, argent dont personne dans la population ne voit la moindre couleur. Les Égyptiens vivent une grande désillusion qui n'attend qu'une étincelle pour se transformer en brasier. Et ce fut la Tunisie.
Les autorités égyptiennes ne furent pas surprises par les premières manifestations de cette semaine. Dans une ville de vingt millions d'habitants, dix mille manifestants, ce n'est pas la mer à boire. Et puis, ces manifestants, on les connaissait et on les attendait. C'était la mouvance traditionnelle et éduquée de la petite opposition classique: étudiants, avocats, magistrats, partisans de l'opposant Ayman Nour, cette classe moyenne sophistiquée et branchée sur le monde. Mais de jeudi à vendredi, le mouvement s'est élargi et c'est dans les mosquées que le parfum du jasmin tunisien s'est diffusé. Privés de réseaux sociaux, les Égyptiens étaient tous à la prière du vendredi et les imams ont remplacé Facebook et Twitter. La mosquée défiait Moubarak. Hier, ce n'était plus la même foule qui envahissait les rues. On pouvait parler de manifestations populaires de masse et, absents jusque-là, sont réapparus dans les quartiers populaires les cadres et les militants des Frères musulmans.
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L'Égypte est un pays complexe dont l'histoire est ponctuée de moments de gloire et d'humiliation. Avec Nasser qui veut prendre la tête du mouvement panarabe, les Égyptiens rêvent à leur ancienne grandeur pharaonique et sont bien prêts à accepter quelques accrocs à leurs droits. Nasser n'a-t-il pas humilié la France et l'Angleterre en nationalisant le canal de Suez? Car la mission de l'Égypte, c'est d'être le guide des Arabes et le phare de l'islam modéré sunnite.
Anouar el-Sadate tente en 1973 de venger l'humiliation de la guerre de Six Jours en lançant la guerre du Kippour. Malgré la défaite, les accords de Camp David, le prix Nobel de la paix, l'appui massif des Américains et la relance de l'économie redonnent l'espoir d'une nouvelle grandeur.
L'Université al-Azhar régit la pratique religieuse du monde arabe, la télévision égyptienne est présente partout, tout comme la littérature, et l'arabe égyptien est considéré comme la norme linguistique. Quand Moubarak prend le pouvoir en 1981 après l'assassinat de Sadate, les Égyptiens croient en un avenir meilleur.
Maintenant premier allié arabe des États-Unis, l'Égypte retrouvera son rôle de leader du monde arabe et en même temps, la prospérité. La décision de démanteler l'État pléthorique et quasi stalinien est bien accueillie. Mais avec la privatisation de l'économie apparaissent le clanisme, la prédation et la corruption. Les écarts entre les pauvres et les riches s'accroissent douloureusement, mais on pardonne beaucoup à Moubarak en rêvant de cette grandeur passée. On se contente de demi-libertés, d'opposition politique symbolique. Les attentats de Louxor en 1997, qui font 62 victimes, des touristes étrangers, marquent un tournant. La répression contre tous les courants qui se réclament de l'islam est féroce. D'autoritaire, le régime devient franchement dictatorial. Appuyé par l'Occident dans cette lutte sans merci contre le monstre du terrorisme qui menace la région, Moubarak se croit tout permis.
Dans la foulée, l'économie périclite, la pauvreté s'installe en permanence, les droits rétrécissent comme peau de chagrin. Les États-Unis, obsédés par le 11-Septembre, consolident le pouvoir égyptien en augmentant leur aide financière, argent dont personne dans la population ne voit la moindre couleur. Les Égyptiens vivent une grande désillusion qui n'attend qu'une étincelle pour se transformer en brasier. Et ce fut la Tunisie.








