samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 15h37
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

«Un moment critique dans l'histoire de l'Égypte»

Mohamed el-Baradei rentre au pays et offre de «mener la transition» au régime actuel

Une activiste égyptienne scande des slogans contre le gouvernement du président Hosni Moubarak, en poste depuis 1981. Elle prenait part hier à une manifestation au centre-ville du Caire, surveillée de près par les policiers. Le soulèvement populaire qui a lieu en Égypte depuis mardi se poursuit aujourd’hui avec de grandes manifestations prévues un peu partout au pays et annoncées sur les réseaux sociaux.<br />
Photo : Agence France-Presse
Une activiste égyptienne scande des slogans contre le gouvernement du président Hosni Moubarak, en poste depuis 1981. Elle prenait part hier à une manifestation au centre-ville du Caire, surveillée de près par les policiers. Le soulèvement populaire qui a lieu en Égypte depuis mardi se poursuit aujourd’hui avec de grandes manifestations prévues un peu partout au pays et annoncées sur les réseaux sociaux.
Alors que l'Égypte a connu une troisième journée de manifestations populaires contre le gouvernement de Hosni Moubarak, le Nobel de la paix et opposant égyptien Mohamed el-Baradei est rentré au pays et s'est offert pour «mener la transition» au régime actuel. Le gouvernement, lui, a annoncé des «mesures décisives» contre les manifestants qui prendront les rues aujourd'hui.

Mohamed el-Baradei doit participer aujourd'hui aux manifestations organisées un peu partout dans le pays grâce au site de réseautage Facebook, qui risquent d'attirer plus de personnes encore que celles des derniers jours. «C'est un moment critique dans l'histoire de l'Égypte», a affirmé cet ancien dirigeant de l'Agence internationale de l'énergie atomique, lors d'une brève allocution à son arrivée à l'aéroport du Caire, où une cinquantaine de partisans l'ont accueilli. «Je suis venu ici pour participer avec le peuple égyptien» au mouvement de révolte, qui s'enchaîne à celui de la Tunisie, où la grogne populaire a mené à la chute du président Zine el-Abidine ben Ali. Lorsque M. El-Baradei a quitté Vienne, plus tôt en journée, il avait affirmé que «si la population veut que je mène la transition [au régime de Hosni Moubarak, qui est en poste depuis 1981], alors je ne la décevrais pas».

M. El-Bararei n'a jamais fait de politique en Égypte et n'est d'aucun parti politique, mais il a fondé l'Association nationale pour le changement il y a moins d'un an, un mouvement militant pour la démocratie et une plus grande justice sociale. Depuis qu'il a quitté l'Agence, il s'est opposé au gouvernement à plusieurs reprises. «La volonté de changement doit être respectée, a-t-il ajouté hier. Le régime ne doit pas utiliser la violence dans les manifestations.» Un cinquième protestataire a été tué hier, tandis que deux policiers ont perdu la vie depuis mardi.

Le directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de l'UQAM, Vincent Romani, n'ose pas se prononcer sur l'accueil que la population réservera à Mohamed el-Baradei. Selon lui, il est toutefois certain que M. El-Baradei n'a pas le profil d'un «homme providentiel». «Il n'a pas la légitimité d'un libérateur, comme les présidents depuis 1952; il profite d'une fenêtre. [...] Et des Égyptiens le perçoivent comme quelqu'un de l'extérieur, comme quelqu'un qui a perdu de vue l'Égypte.» C'est d'ailleurs sur cet aspect que le gouvernement Moubarak a joué ces derniers mois, pour miner la crédibilité de l'opposant.

M. Romani, qui a vécu un peu plus de quatre ans en Égypte, n'est pas surpris de la révolte des Égyptiens. Il dit même: «enfin». «Les raisons pour se révolter y sont encore plus fortes qu'en Tunisie. On y est tellement abandonné par le gouvernement, qui a un grand mépris des instances démocratiques.»

Mais rien n'est moins sûr que le succès des manifestations. L'armée, qui a abandonné le gouvernement de Ben Ali en Tunisie, est beaucoup moins susceptible de favoriser les manifestants d'Égypte, puisque l'armée et le pouvoir y sont beaucoup plus liés. «Les présidents viennent de l'armée et l'ingérence de l'armée est omniprésente», précise M. Romani. Et les contraintes diplomatiques ne sont pas les mêmes qu'en Tunisie. L'Occident a tout intérêt au statu quo, à la stabilité de ce pays qui est un acteur des plus importants au Moyen-Orient. «Le gouvernement peut encore se présenter comme un rempart contre les islamistes», ajoute Frédéric Vairel, qui était chercheur au Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales du Caire avant de se joindre au corps professoral de l'Université d'Ottawa en 2008.

Dans la nuit d'hier à aujourd'hui, le gouvernement égyptien a prévenu, par voie de communiqué, qu'il durcirait le ton envers les manifestants. «Le ministère de l'Intérieur renouvelle sa mise en garde contre de telles actions et affirme que des mesures décisives seront prises pour y faire face, en conformité avec la loi.» Les autorités égyptiennes ont déjà procédé à au moins un millier d'arrestations.

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, a demandé hier au gouvernement Moubarak de garantir «sans réserve» la liberté d'expression de la population. «Nous exhortons toutes les parties à s'abstenir de toute violence. Plus particulièrement, nous enjoignons aux autorités égyptiennes de réagir avec retenue.»

Le président des États-Unis, Barack Obama, dans une vidéo diffusée sur YouTube hier, a pour sa part demandé au gouvernement et aux manifestants d'éviter la violence, qui «n'est pas une solution aux problèmes en Égypte». Il a invité le président Moubarak à réformer sa façon de gouverner, tandis que la secrétaire d'État aux Affaires étrangères américaines, Hillary Clinton, avait offert le soutien américain à ces réformes, plus tôt en journée.

Des soulèvements populaires ébranlent la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, le Soudan, la Jordanie et le Yémen, et une première manifestation est prévue en Arabie saoudite demain. Frédéric Vairel ne croit pas à «l'effet domino» dans le monde arabe que plusieurs analystes décrivent. «Ils sont beaucoup trop optimistes. Le fait que les populations [du monde arabe] s'imaginent qu'elles font un scénario à la tunisienne ne veut pas dire que les scénarios à la tunisienne vont se reproduire. Au contraire, car les régimes sont en train d'apprendre et de s'adapter. Même en Tunisie, tout n'est pas joué.» La grande manifestation prévue aujourd'hui en Égypte est un test, selon lui.

***

Avec l'Agence France-Presse et Reuters
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Sanzalure Sanzalure - Inscrit
    28 janvier 2011 07 h 56
    Les policiers et les soldats
    Je n'arrive pas à comprendre comment les policiers et les soldats qui s'engagent à défendre la population peuvent se revirer contre la population. C'est bien beau obéir aux ordres, mais quand le haut commandement donne l'ordre d'attaquer la population, les soldats devraient plutôt attaquer le haut commandement pour défendre la population.

    Serge Grenier
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Augustin Rehel - Inscrit
    28 janvier 2011 08 h 33
    Un vent de liberté en Orient
    C'est sans surprise, enfin, que l'on observe ces soulèvements de milliers de jeunes musulmans du monde arabe où des dictateurs sans coeur et sans conscience se remplissent les poches alors que le peuple vit dans l'indigence et la misère contrôlées. Le signal donné par les jeunes Tunisiens, i y a à peine deux semaines, ébranle le monde musulman sur ses assises. Tout le pays du Maghreb tremble: l'Algérie, le Maroc, le Soudan, la Jordanie et le Yémen s'agitent et même l'Arabie des princes saoudiens n'échappe pas à la tourmente qui s'empare du monde arabe.

    On ne peut qu'être solidaires de ces hommes (car on ne voit que des hommes) qui aspirent à la liberté et à la démocratie. Il est même de notre devoir moral de lutter avec ces peuples pour qu'ils fassent mordre la poussière à ces régimes qui se sont donné tous les droits qu'ils refusent à leurs populations.

    Un vent de liberté s'est levé au Moyen-Orient et on en ressent les effets jusqu'en Occident.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • HADDAD 555 - Inscrit
    28 janvier 2011 11 h 07
    liberté liberté chérie
    Il Faut évoluer avec le temps, et surtout en fonction des situations.......Vrai les citoyens de la classe moyenne aspirent a la liberté, à ;a démocratie, mais Jamais les dirigeants, fanatiques et remplis de suffisance d'eux mêmes et prêts a tout pour se maintenir au pouvoir, et continuer a piller le peuple, les ressources naturelles....... Nous autres occidentaux , nous voyons la vie d'une autre optique, on s'enflamme sur des croyances dans notre opulence, MAIS que savons exactement de la vie de tous les jours du pauvre Egyptien ou du pauvre Tunisien, confiné dans sa misère et a qui on fait miroiter des nouvelles tendances, par des individus, bien habillés qui promettent MONT ET MERVEILLES, LES exemples de pillage et malversations sont tous trop présents dans nos mémoires, : les Khomeiny, les Arrafat , les Ben Ali, les Saddanm Hussein,les Al Assad, les Maitres de GAZA , les Rois d'arabie, du Quatar et autres,

    un SEUL OBJECTIF s'en fouttre plein les poches..........
    Le peuple doit subir encore deux ou trois generations avant de comprendre.......EXEMPLE FRAPPANT LES palestiniens SE SERVIR DE tout un peuple pendant 63 ans juste pour recevoir la manne ONUSIENNE de 1 milliard $ annuel et l'Aide de l'Union et autres pays, et on decouvre que Araffat avait 7 Milliards a lui PERCO dans des banques bancaires éparpillés.........L'ÉGYPTE COMME LA TUNISIE ne sont que des Instruments entre les mains des frères musulmans qui yissent la toile du KHALIFAT MONDIAL IASLAMIQUE , mais tres patiemment et ils le feront.......
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gilbert Talbot Gilbert Talbot - Abonné
    28 janvier 2011 11 h 31
    Un grand vent d'ESPOIR
    L'espoir d'une génération se réalise sous les yeux de la planète, armée de ses réseaux sociaux. Ils montent à l'assaut des dinosaures armés jusqu'aux dents, ces vieux corrompus de ce monde macho. Car qui connaît la place publique musulmane sait qu'il n'y a là que des hommes. Les femmes se terrent sous leurs voiles, se rencontrent dans les bains publiques ou au lavoir. Mais regardez bien cette photo en haut de l'article : c'est une femme activiste devant une peloton d'hommes policiers en arme. Voilà le visage de la révolte arabe.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • celljack - Inscrit
    28 janvier 2011 12 h 30
    Révolution inutile sans transparence
    On a beau faire une révolution, il y a de très fortes chances que le prochain gouvernement soit lentement corrompu, pour finir par être aussi pire que le gouvernement actuel.

    Le problème c'est la corruption et les secrets. Il faut abolir la confidentialité des dossiers publics.

    Le monde arabe doit prendre les devants sur le reste de la planète et instaurer un "open government"
    http://en.wikipedia.org/wiki/Open_government.

    La démocratie doit s'exercer en évaluation contingente:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyberdémocrati
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Valuation_contingente

    Mais malgré tout cela, la corruption peut aller chercher directement la plus haute position de toute nation si on permet aux président/ministres/chefs de garder des secrets.

    Nous avons besoin d'un candidat aux élections qui se porte volontaire pour télédiffuser toutes ses activités lors d'une journée de travail, au bureau, en meeting, dans les lobbies, au restaurant au golf... laisser tous les dossiers accessibles au peuple. Aucun secret.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
3 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012