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    «Un moment critique dans l'histoire de l'Égypte»

    Mohamed el-Baradei rentre au pays et offre de «mener la transition» au régime actuel

    Une activiste égyptienne scande des slogans contre le gouvernement du président Hosni Moubarak, en poste depuis 1981. Elle prenait part hier à une manifestation au centre-ville du Caire, surveillée de près par les policiers. Le soulèvement populaire qui a lieu en Égypte depuis mardi se poursuit aujourd’hui avec de grandes manifestations prévues un peu partout au pays et annoncées sur les réseaux sociaux.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) Une activiste égyptienne scande des slogans contre le gouvernement du président Hosni Moubarak, en poste depuis 1981. Elle prenait part hier à une manifestation au centre-ville du Caire, surveillée de près par les policiers. Le soulèvement populaire qui a lieu en Égypte depuis mardi se poursuit aujourd’hui avec de grandes manifestations prévues un peu partout au pays et annoncées sur les réseaux sociaux.
    Alors que l'Égypte a connu une troisième journée de manifestations populaires contre le gouvernement de Hosni Moubarak, le Nobel de la paix et opposant égyptien Mohamed el-Baradei est rentré au pays et s'est offert pour «mener la transition» au régime actuel. Le gouvernement, lui, a annoncé des «mesures décisives» contre les manifestants qui prendront les rues aujourd'hui.

    Mohamed el-Baradei doit participer aujourd'hui aux manifestations organisées un peu partout dans le pays grâce au site de réseautage Facebook, qui risquent d'attirer plus de personnes encore que celles des derniers jours. «C'est un moment critique dans l'histoire de l'Égypte», a affirmé cet ancien dirigeant de l'Agence internationale de l'énergie atomique, lors d'une brève allocution à son arrivée à l'aéroport du Caire, où une cinquantaine de partisans l'ont accueilli. «Je suis venu ici pour participer avec le peuple égyptien» au mouvement de révolte, qui s'enchaîne à celui de la Tunisie, où la grogne populaire a mené à la chute du président Zine el-Abidine ben Ali. Lorsque M. El-Baradei a quitté Vienne, plus tôt en journée, il avait affirmé que «si la population veut que je mène la transition [au régime de Hosni Moubarak, qui est en poste depuis 1981], alors je ne la décevrais pas».

    M. El-Bararei n'a jamais fait de politique en Égypte et n'est d'aucun parti politique, mais il a fondé l'Association nationale pour le changement il y a moins d'un an, un mouvement militant pour la démocratie et une plus grande justice sociale. Depuis qu'il a quitté l'Agence, il s'est opposé au gouvernement à plusieurs reprises. «La volonté de changement doit être respectée, a-t-il ajouté hier. Le régime ne doit pas utiliser la violence dans les manifestations.» Un cinquième protestataire a été tué hier, tandis que deux policiers ont perdu la vie depuis mardi.

    Le directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de l'UQAM, Vincent Romani, n'ose pas se prononcer sur l'accueil que la population réservera à Mohamed el-Baradei. Selon lui, il est toutefois certain que M. El-Baradei n'a pas le profil d'un «homme providentiel». «Il n'a pas la légitimité d'un libérateur, comme les présidents depuis 1952; il profite d'une fenêtre. [...] Et des Égyptiens le perçoivent comme quelqu'un de l'extérieur, comme quelqu'un qui a perdu de vue l'Égypte.» C'est d'ailleurs sur cet aspect que le gouvernement Moubarak a joué ces derniers mois, pour miner la crédibilité de l'opposant.

    M. Romani, qui a vécu un peu plus de quatre ans en Égypte, n'est pas surpris de la révolte des Égyptiens. Il dit même: «enfin». «Les raisons pour se révolter y sont encore plus fortes qu'en Tunisie. On y est tellement abandonné par le gouvernement, qui a un grand mépris des instances démocratiques.»

    Mais rien n'est moins sûr que le succès des manifestations. L'armée, qui a abandonné le gouvernement de Ben Ali en Tunisie, est beaucoup moins susceptible de favoriser les manifestants d'Égypte, puisque l'armée et le pouvoir y sont beaucoup plus liés. «Les présidents viennent de l'armée et l'ingérence de l'armée est omniprésente», précise M. Romani. Et les contraintes diplomatiques ne sont pas les mêmes qu'en Tunisie. L'Occident a tout intérêt au statu quo, à la stabilité de ce pays qui est un acteur des plus importants au Moyen-Orient. «Le gouvernement peut encore se présenter comme un rempart contre les islamistes», ajoute Frédéric Vairel, qui était chercheur au Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales du Caire avant de se joindre au corps professoral de l'Université d'Ottawa en 2008.

    Dans la nuit d'hier à aujourd'hui, le gouvernement égyptien a prévenu, par voie de communiqué, qu'il durcirait le ton envers les manifestants. «Le ministère de l'Intérieur renouvelle sa mise en garde contre de telles actions et affirme que des mesures décisives seront prises pour y faire face, en conformité avec la loi.» Les autorités égyptiennes ont déjà procédé à au moins un millier d'arrestations.

    Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, a demandé hier au gouvernement Moubarak de garantir «sans réserve» la liberté d'expression de la population. «Nous exhortons toutes les parties à s'abstenir de toute violence. Plus particulièrement, nous enjoignons aux autorités égyptiennes de réagir avec retenue.»

    Le président des États-Unis, Barack Obama, dans une vidéo diffusée sur YouTube hier, a pour sa part demandé au gouvernement et aux manifestants d'éviter la violence, qui «n'est pas une solution aux problèmes en Égypte». Il a invité le président Moubarak à réformer sa façon de gouverner, tandis que la secrétaire d'État aux Affaires étrangères américaines, Hillary Clinton, avait offert le soutien américain à ces réformes, plus tôt en journée.

    Des soulèvements populaires ébranlent la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, le Soudan, la Jordanie et le Yémen, et une première manifestation est prévue en Arabie saoudite demain. Frédéric Vairel ne croit pas à «l'effet domino» dans le monde arabe que plusieurs analystes décrivent. «Ils sont beaucoup trop optimistes. Le fait que les populations [du monde arabe] s'imaginent qu'elles font un scénario à la tunisienne ne veut pas dire que les scénarios à la tunisienne vont se reproduire. Au contraire, car les régimes sont en train d'apprendre et de s'adapter. Même en Tunisie, tout n'est pas joué.» La grande manifestation prévue aujourd'hui en Égypte est un test, selon lui.

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    Avec l'Agence France-Presse et Reuters
     
     
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