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    Commission de reconstruction du pays - « Vous ne devez pas vous attendre à voir des progrès remarquables d'ici peu »

    La communauté internationale s'est engagée à fournir plus de 11 milliards de dollars pour la reconstruction

    8 janvier 2011 |Claude Lafleur | Actualités internationales
    Camp de réfugiés à l’extérieur de Port-au-Prince<br />
    Photo: Agence Reuters Jorge Silva Camp de réfugiés à l’extérieur de Port-au-Prince
    • Haïti en chiffres
    • Population d'Haïti: 9 648 900 personnes (Québec: 7 700 800)
    • Âge moyen de la population: 21,1 ans (Québec: 40,5 ans)
    • Taux de naissance: 24,9 naissances par 1000 personnes (Québec: 11,3)
    • Mortalité infantile: 77,3 décès de bébés par 1000 naissances (Québec: 4,2)
    • Taux de fécondité: 3,17 enfants par femme (Québec: 1,7)
    • Espérance de vie: 30 ans (Québec: 81 ans)
    • Le revenu moyen par habitant en Haïti (avant le séisme) était de 660 $ par année, 55 % des Haïtiens vivaient avec moins de 1,25 $ par jour.
    • Superficie du pays: 27 750 kilomètres carrés (1/60e du Québec, ou six fois la Communauté métropolitaine de Montréal).
    • Source: Claude Lafleur, d'après CIA World Factbook et l'Institut de la statistique du Québec.
    À la suite du tremblement de terre qui a dévasté Haïti le 12 janvier 2010 — séisme qui a fait, estime-t-on, 222 570 morts et 300 572 blessés — les Nations unies ont mis sur pied la commission de reconstruction du pays. La fonction première de celle-ci est, par-delà les mesures d'urgence prises pour secourir la population, d'organiser correctement la remise en état d'Haïti.

    «Il faut comprendre que, au lendemain du tremblement de terre, la première chose à faire a bien sûr été de porter secours à la population, relate Jonathan Papoulidis, conseiller politique principal en affaires humanitaires et en développement pour Vision mondiale et membre de la Commission de reconstruction d'Haïti. On a ainsi nourri des centaines de milliers de personnes avant de les installer dans des camps temporaires [Vision mondiale a incidemment été le plus grand fournisseur d'aide alimentaire, de concert avec le Programme alimentaire des Nations unies]. Mais voilà qu'à présent nous devons nous attaquer à la reconstruction du pays tout entier.»

    À cette fin, le 31 mars dernier, l'ONU a convoqué une conférence de donateurs dans le but d'organiser le sauvetage du pays. À cette occasion, 59 gouvernements et organisations mondiales se sont engagés à appuyer concrètement la reconstruction du pays en fournissant plus de 11 milliards en aide au cours des prochaines années.

    «Lors de cette conférence, indique Jonathan Papoulidis, deux décisions ont été prises: premièrement, élaborer un plan d'action national de reconstruction et de développement d'Haïti ainsi que, deuxièmement, créer une commission de reconstruction afin de superviser l'application de ce plan. En outre, la commission doit surveiller les progrès réalisés sur le terrain, tout en s'assurant que les fonds attribués seront dépensés correctement.»

    Cette fois, la bonne ?

    Notant que, par le passé, Haïti a fait l'objet de maints programmes et de mesures d'aide de toutes sortes, M. Papoulidis estime que ce qui fait l'originalité de la commission — et est donc un gage que cette fois-ci l'aide portera fruit — est que celle-ci rassemble autour d'une même table les représentants de la communauté internationale et ceux de la société civile et du gouvernement haïtiens. «Nous estimons que, de la sorte, la commission devrait réellement faire une différence, dit-il, puisque jamais un tel rassemblement de forces n'a été organisé en faveur d'Haïti.»

    Pour la première fois, une commission cherche à favoriser la collaboration et l'harmonisation entre le secteur privé, la société civile, les donateurs, la diaspora et le gouvernement haïtien. «Nous rassemblons toutes les personnes-clés pour qu'ensemble nous prenions les bonnes décisions et pour que ce qui se fera soit bien supervisé, ajoute-t-il. Nous devrions aussi être en mesure de faire face aux nombreux défis qui ne manqueront pas de surgir.»

    Jonathan Papoulidis souligne néanmoins que la reconstruction du pays ne prendra pas une année ou deux, mais qu'il s'agit d'un processus à long terme. «Vous ne devez pas vous attendre à voir des progrès remarquables d'ici peu, dit-il. Ce qui importe, pour l'instant, c'est que les bonnes décisions soient prises dès le départ. Il faut d'abord concevoir un plan de développement qui soit cohérent.»

    Éducation et santé

    C'est ainsi que, selon lui, les deux priorités auxquelles on devrait se consacrer en Haïti — hormis la construction d'abris pour les habitants — est la mise sur pied de programmes efficaces en éducation et en santé. «Pour nous, à Vision mondiale, les enfants et la famille représentent l'avenir du pays!», dit-il sur un ton ferme.

    Or, rappelle-t-il, avant même le séisme, Haïti figurait parmi les pays de l'hémisphère Nord où les enfants allaient le moins à l'école et où les taux de mortalité des enfants et de leurs mères étaient les plus élevés. «N'oublions pas aussi l'esclavage des enfants, le trafic d'enfants hors du pays aussi bien qu'à l'intérieur des frontières, ajoute-t-il. Nous ne devons pas faire l'erreur d'appliquer un simple cataplasme sur des problèmes aussi profonds.»

    Il reprend d'ailleurs à son compte les mots du président d'Haïti, qui déclarait, au lendemain du séisme, que cette catastrophe pourrait être l'occasion de remettre en état tout le pays, et non pas de simplement remettre les choses comme elles étaient auparavant.

    «Je pense que nous progresserons constamment, ajoute le représentant de la Commission de reconstruction d'Haïti, étant donné que, sur le terrain, quantité de gens dévoués s'affairent jour après jour. La question n'est donc pas de savoir si les choses avancent, mais bien à quel rythme elles progressent. Et, surtout, s'il s'agit de progrès durables.»

    En effet, poursuit-il, «à Vision mondiale, nous mettons beaucoup l'accent sur des solutions qui demeureront à long terme. Il ne s'agit pas pour nous de préconiser des solutions rapides, et c'est pourquoi nous désirons mettre l'accent sur l'éducation des enfants et sur le bien-être des familles».

    Pour y parvenir, explique-t-il, il s'agit d'abord et avant de tout de travailler de concert avec le gouvernement d'Haïti et la société civile, et surtout ne pas les contourner (comme cela a trop souvent été le cas par le passé). Évidemment, il s'agit d'un processus qui nécessitera du temps mais qui, estime le conseiller politique principal en affaires humanitaires et en développement, devrait donner de bien meilleurs résultats à long terme. «On se doit de redonner la chance aux Haïtiens de se prendre en mains, dit-il. On doit tenir compte de l'opinion des communautés sur le terrain, de ceux et celles qui vivent au quotidien la réalité des choses. Voilà ce qui sera porteur d'avenir!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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