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Ces criminels qu'on protège

Reportons-nous au Rwanda en juillet 1994. Les troupes tutsies du Front patriotique rwandais ont pris la capitale Kigali et poursuivent les derniers éléments de l'armée et du gouvernement hutus. Dans leur fuite vers le Zaïre voisin, les génocidaires, maniant menaces, propagandes et rêves de vengeance, entraînent avec eux 2 millions de Hutus. Sur les routes du nord qui mènent à Goma ou du sud en direction de Bukavu, il y a bien sûr des milliers d'individus qui ont participé au génocide, mais pour l'essentiel, ce sont des hommes, des femmes, des enfants apeurés et surtout innocents. Entassés dans des camps du Kivu, ces Hutus vivront péniblement sous la coupe cruelle des chefs et des principaux exécutants du génocide, tout à leur désir de retourner combattre l'autorité tutsie, maintenant solidement installée. L'année suivante, environ un million de réfugiés effectueront le même trajet en sens inverse, décidant de retourner sur leur colline d'origine.

À Kigali, on dit que ceux qui ont choisi de rester dans les camps prouvent ainsi qu'ils sont solidaires des génocidaires, si tant est qu'ils n'ont pas pris part au génocide. Ils eussent mieux fait de rentrer au Rwanda, car des centaines de milliers d'entre eux seront par la suite victimes de «crimes contre l'humanité, de crimes de guerre, voire de génocide».

Cette accusation est contenue dans le premier rapport exhaustif des violences perpétrées dans l'ex-Zaïre entre 1993 et 2003. Ce diagnostic implacable de plus de six cents pages est extrait d'un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), dont le journal Le Monde a obtenu copie. Le gouvernement rwandais fait tout pour empêcher la publication du rapport et a même menacé l'ONU de mettre un terme à sa participation à la force de l'ONU stationnée au Darfour.

On comprend la crainte du Rwanda, dont les autorités se drapent sans cesse dans le drapeau ensanglanté du génocide pour justifier tous leurs excès et leurs crimes. Car dans ce rapport, même si le Rwanda n'est pas le seul coupable identifié dans les violences qui firent en RDC au moins quatre millions de victimes, il est pointé du doigt comme étant le principal État criminel.

***

En 1996, c'est à Kigali que le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi s'allient à l'opposant Laurent-Désiré Kabila, qui veut renverser Mobutu. L'Armée patriotique rwandaise sera la principale composante de l'Alliance démocratique pour la libération du Congo, et pour Kagamé, cette entreprise, qui ne déplaît pas à la communauté internationale, constitue l'occasion rêvée de régler le problème hutu en RDC. Pour rédiger son rapport, le HCDH a rencontré des centaines de témoins et il multiplie les exemples de massacres, surtout en 1996, dont la majorité, sinon la totalité, des victimes étaient des réfugiés hutus: dans le village du Luberezi, 200 hommes qu'on avait rassemblés sous prétexte de les rapatrier au Rwanda; à Bwegera, 72 réfugiés rwandais brûlés vifs; à Tebero, 760 victimes; à Kinigi, 310 civils, dont une majorité de femmes, de malades et d'enfants. Les exemples sont nombreux qui témoignent que les victimes du génocide de 1994 avaient bien appris les méthodes des génocidaires et qu'ils les appliquaient sans état d'âme et la une même détermination planifiée que les Hutus en 1994.

Déjà, de Kigali, on pousse des cris scandalisés à cette évocation des massacres et on taxe ceux et celles qui véhiculent ces informations de «négationnisme», l'ultime excommunication que Kagamé ne manque pas de brandir en toutes circonstances.

Les puissances occidentales, bien au fait des dérives rwandaises en RDC, toujours noyées dans les «larmes de l'homme blanc», n'osent pas reconnaître pour ce qu'il est le régime de Kigali: un régime criminel qui par la suite, en RDC, par exemple en Ituri, se livra à un pillage systématique des ressources minières de la région et qui, à l'intérieur, se sert du génocide pour neutraliser parfois violemment toute tentative d'opposition. Et on peut parier que les tentatives d'édulcorer le rapport qui doit paraître d'ici peu seront nombreuses.

En même temps qu'on pouvait lire ces informations accablantes, on pouvait aussi admirer le sourire triomphant du président du Soudan, Omar el-Béchir, venu célébrer à Nairobi la nouvelle constitution du Kenya, même s'il fait l'objet d'un mandat d'arrestation de la Cour pénale internationale et que le Kenya, en tant que signataire du traité de Rome, était tenu de procéder à son arrestation. La chose est d'autant plus ironique que le Kenya a reconnu la compétence de la CPI en l'autorisant à mener une enquête sur les violences politiques qui se sont déroulées dans le pays lors des dernières élections en 2007.

Paradoxalement, les États-Unis, qui refusent de reconnaître la CPI, ont dénoncé le laxisme des Kényans. Ceux-ci ont évoqué la paix régionale et le consensus africain pour justifier l'accueil chaleureux réservé à celui que la CPI veut poursuivre pour génocide. Voilà deux grands criminels qui ne craignent rien: Paul Kagamé, chouchou des Occidentaux, et el-Béchir, qui fait partie du club complice des chefs d'État africains, l'Union africaine, qui au nom de son unité à toujours préféré les criminels aux victimes. Il n'est pas anodin de rappeler que l'UA est présidée cette année par le très démocrate Kadhafi.
 
 
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  • Socrate
    Inscrit
    samedi 4 septembre 2010 07h55
    Identité
    Pas besoin d'identité réelle dans la Caverne d'Ali Baba où, tout comme larrons en foire, les plus meilleurs malfrats seront toujours les mieux vus.

  • Marie-France Legault
    Inscrit
    samedi 4 septembre 2010 10h30
    "Les identités meurtrières"
    tel est le titre du volume de Amin Malouf...
    il explique très bien les origines, les débuts, les discours qui alimentent les conflits identitaires: discours de Hitler: allemands= race pure, supérieure.

    souvent l'identité est en cause dans les conflits:

    serbes vs croates/ hutus vs tutsies/ allemands vs juifs/
    algériens vs français

    et les religions prennent le relais:

    iislamistes vs chrétiens/ chiites vs sunites/ etc...

    et ça fiinira jamais...les différences font peur, sont menaçantes...

  • gilbert troutet
    Inscrit
    samedi 4 septembre 2010 11h08
    Excellent article, M. Courtemanche.

    Merci, M. Courtemanche, de montrer du doigt ces criminels au pouvoir dans certains pays d'Afrique, comme Paul Kagamé au Rwanda et Omar el-Béchir au Soudan. Vous avez raison de dénoncer également la complicité des pays occidentaux. On sait que Kagamé est un militaire formé aux États-Unis et appuyé par eux. Les exactions commises par son armée dans l'est du Congo étaient une façon de garder la main sur les ressources locales que les compagnies américaines, canadiennes et autres exploitent sans scrupule. Au nom de quoi tous les crimes sont permis.

  • Jacques Lalonde
    Abonné
    samedi 4 septembre 2010 11h11
    Une chronique étoffée
    Monsieur Courtemanche, vous venez de nous offrir une chronique étoffée et, à ce titre nécessaire. C'est aussi une véritable synthèse d'un chapitre récent de l'histoire criminelle qui s'est déroulée au Congo avec la participation des États environnants et de la complicité de l'Union africaine, et tout cela au vu et au su des Occidentaux qui préfèrent, semble-t-il, le statut d'observateur à distance à celui d'acteur sur le terrain ou auprès des grandes instances internationales.

    Évocation désespérante de ce qui s'est passé et hélas ne s'est pas passé lors du génocide rwandais.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net

  • Godefroy
    Abonné
    samedi 4 septembre 2010 17h45
    Que fera l'ONU de ce rapport ?
    Que fera l'ONU de ce rapport ??? Si ces personnes trucidées étaient des blancs protestants, que serait-t-il arrivé ?

    Deux cents commandos bien entraînés pourraient sortir la bête de sa tanière, mais....l'argent n'a pas d'odeur et l'ONU est très bien ligotée par le grand capital multinational, dont nous sommes souvent les actionnaires. Vraiment le capitalisme est un grand destructeur silencieux. Merci, Belzébuth se porte très bien.

  • Godefroy
    Abonné
    samedi 4 septembre 2010 18h07
    Oh ! Les méchants noirs !
    Génocides par des Européens :

    - La déportation des Acadiens par les Britanniques sous les ordres du gouverneur Charles Lawrence en 1755 ainsi que, parallèlement, le massacre de leurs alliés, les Hurons. Dépossédées de leurs terres, des familles furent déportées dans des colonies britanniques, réduites au travail non rémunéré et, pour certaines d'entre elles déportées au Royaume-Uni. Les conditions étaient telles que près de 50% des Acadiens déportés moururent durant le transport;
    -Le massacre des Tasmaniens, qui a été qualifié de « génocide le plus parfait de l'histoire », par les Britanniques ;
    -L’extermination des Beotuks à Terre-Neuve par les Britanniques (Terre-Neuve est devenue depuis une province du Canada) ;
    - En Australie, les Aborigènes, dont la population est estimée à 350 000 avant l'installation des Britanniques, furent décimés par les maladies infectieuses, les migrations forcées, à l'instar des Amérindiens. Certains historiens soutiennent qu'il s'agit d'un génocide ;
    - Au Canada, les enfants des Amérindiens furent envoyés, entre 1922 et 1984, dans des pensionnats (Écoles résidentielles) fondées par le gouvernement canadien, dirigées par des églises (catholiques ou protestantes), où étaient entretenues des conditions d'insalubrité, de violences de tout ordre comme la pédophilie ou encore d'expérimentations médicales (dans les dernières années, à partir de la Guerre froide), ce qui conduisit à une mortalité de presque 50 %, soit donc environ 50 000 décès d'enfants en quelques décennies (sur les 120 000 pensionnaires y ayant séjourné) ;
    - Les premiers camps de concentration furent expérimentés au cours de la Seconde Guerre des Boers en Afrique du Sud par les Britanniques assistés des Canadiens. Sur environ 120 000 internés, plus de 27 000 civils afrikaners (10% de la population afrikaner des républiques boers), essentiellement des femmes, des vieillards et des enfants, près de 20 000 Noir

  • Daniel TETREAULT
    Inscrit
    samedi 4 septembre 2010 23h02
    Enfin!
    En premier lieu, je tiens sincèrement à te féliciter toi, mais aussi le journal qui a accepté de publier, pour avoir enfin écrit un texte qui en dit long et qui en dit VRAI sur Paul Kagame et son régime de terreur. Mais, pourquoi est-ce cela a pris autant de temps ?!?! Ces faits sont connus et vérifiables depuis longtemps, mais on cherche, autant chez les médias qu'au gouvernement canadien à dissimuler la vérité (quoique cela ne représente rien de nouveau). Non, mais c'est quoi l'affaire ? Il fallait un rapport des Nations unies pour que les gens se réveillent, bravo messieurs les journalistes de vous assurer d'être à jour dans vos recherches... Cela fait juste des années qu'on est au courant de toutes ces atrocités, mais seulement vous oeuvrez dans la désinformation en reportant des faussetés. Il en existe quelques-uns de votre gang qui doivent avoir hontes en ce moment, et je leur suggère fortement de s'excuser publiquement envers les lecteurs, mais SURTOUT aux familles des victimes hutues qui ont souffert et souffre toujours sans que l'on reconnaisse leur tragédie. Bref, il était temps que l'on commence à lire des textes un peu plus près de la réalité, ça fait juste des années que, entre autres, mon cher ami Bernard Desgagné se bat pour vous faire comprendre la face cachée de ce conflit sanglant, payant et franchement dégueulasse. Encore une fois bravo Courtemanche!

  • garabru
    Inscrit
    dimanche 5 septembre 2010 10h11
    Stratégie anti-belge ,anti-francophone , anti-démocratique
    Excellent article . Il aura fallu 6 millions de morts et un seul avocat américain blanc emprisonné pour s'apercevoir que le Président Général Paul Kagamé est non un chef d'état mais un simple leader tribal , intelligemment dévoué à sa seule tribu , et que le Rwanda est de facto un protectorat américano-britannique . Après avoir rejoint le Commonwealth , le Général Kagamé , anglophone d'Ouganda , diplômé au Kansas et papa d'un fiston envoyé à West Point (pourquoi pas une université civile ?) , a décidé que du jour au lendemain la seule langue d'éducation et d'administration serait l'anglais et non plus le français .
    C'est anti-belge , anti-français , anti-québécois (l'Université Nationale du Rwanda , désormais NUR , a été faite avec notre aide) , anti-Hutu (85 % de la population et pro-francophones) et profondément stupide (à peine 2¨% de la population parle un peu anglais , les enseignants et les administrations ont toujours été francophones).C'est bon pour les Anglais et ça coûte cher au taxpayer américain . Tony Blair et Bill Clinton ont exprimé leur fort soutien à kagame.

    L'avenir du Rwanda est dans les mains du demi-Africain Barack Obama , qui disait dans son discours d'Accra (Ghana) l'année dernière ; "Ce dont l'Afrique a besoin , ce n'est pas d'hommes forts , mais d'institutions fortes". Son action suivra-t'elle son verbe ?

    Un bon site pour comprendre le Rwanda est rwandaises.com ou rwandinfo.com (trilingue français-anglais-kinyarwanda).

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    dimanche 5 septembre 2010 20h01
    Une bonne leçon aux colonisateur français et belge...
    Enfin un dirigeant africain qui décide de faire payer les Européens pour leurs abus en Afrique.

    Les colonisateurs francais et belge furent des fauteurs de troubles en Afrique.

    Le Général Dallaire a témoigné devant une commission parlemantaire sur le Randa que les Français ont volé des véhicules à la force de paix onusienne lors de la crise rwandaise. Des voyous quoi!!!

  • S. Hains
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 10h49
    Université de Sherbrooke vs M.Kagamé
    Si je me souviens bien, c'est l'Université de Sherbrooke qui décernait un doctorat Honoris causa à Paul Kagamé quelquepart aux alentour de 2005.

    C'est plutôt gênant. Il faut vraiment être méconaissant de la géopolitique africaine.

  • garabru
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 15h57
    A quel prix la vie humaine ?
    Le commentaire de "Michel Gaudette " me chagrine . Faut-il vraiment tuer six millions d'Africains pour punir les Belges d'avoir reçu un mandat d'administration du Ruanda Burundi allemand en 1919 ? On peut détester qui on veut , mais la décence impose des limites au verbe.

    Faut-il imaginer les Premières Nations se réjouir un jour du massacre de leurs colonisateurs québécois ?

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 18h33
    A Garabru
    Je crois que vous n'avez pas à chagriner...

    Je ne parlais que du choix de Kagamé en faveur du Commonwealth et donc la perte d'influence de la France et de la Belgique dans ce coin d'Afrique.

    On peut bien se passer de ces pitoyables colonisateurs, non ?

  • Mendelien
    Inscrit
    vendredi 17 septembre 2010 20h33
    Enfin effectivement...
    Je suppose que depuis le brûlot de Robin Philpot, Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali, qui démolissait votre roman, Monsieur Courtemanche, vous avez eu le temps de vous renseigner....

    Mais plusieurs d'entre nous n'avons pas attendu le rapport de l'ONU pour chercher à en savoir plus. Et on a vite compris que le conflit au Rwanda, ne sortait pas "out of the blue" contrairement à ce qu'on voulait nous faire croire (Vous rappelez, on sait bien, là ou il n'y a pas de pétrole, l'ONU n'intrevient pas) mais plutot une stratégie bien planifiée pour établir le valet US et déstabiliser d'avantage l'Eldorado que constitue le Congo voisin.

    Sur la plan national, le Devoir se tire honorablement d'affaire. Mais sur le plan international, c'est vraiment lamentable. L'humanitarisme larmoyant, comme aurais dit falardeau, ça ne remplace pas l'information. Et quand ça fait plus de dix ans, c'est un peu en retard, non ?

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