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    Harper en balade, Poutine à la chasse - L'art de surfer sur la politique-spectacle

    À l'ère de YouTube, Facebook et Twitter, l'image parle de plus en plus pour les chefs

    27 août 2010 |Alec Castonguay | Actualités internationales
    En tournée dans l’Arctique, le premier ministre canadien Stephen Harper enfourchait hier un véhicule tout-terrain pour se lancer à l’assaut du paysage nordique...
    Photo: Jason Ransom Bureau du premier ministre En tournée dans l’Arctique, le premier ministre canadien Stephen Harper enfourchait hier un véhicule tout-terrain pour se lancer à l’assaut du paysage nordique...
    Les scènes ont de quoi surprendre. Et c'est évidemment l'objectif. En tournée dans l'Arctique, le premier ministre Stephen Harper enfile des mitaines en fourrure et se joint à des Inuits pour une petite danse traditionnelle. Légèrement mal à l'aise dans son complet gris, il affiche néanmoins un grand sourire. Quelques heures plus tard, il enfourche un VTT, met un casque en s'assurant de ne pas déplacer ses lunettes, et se lance à l'assaut des immenses paysages nordiques (pendant à peine quelques minutes)...

    Les gestes sont croqués par des photographes et des caméras de télévision, qui les relaient dans les foyers canadiens. Le bureau du premier ministre, qui a ses propres photographes, ne s'est d'ailleurs pas privé pour offrir les images aux médias.

    Presque au même moment, à l'autre bout de la planète, dans l'océan Pacifique, le premier ministre russe Vladimir Poutine saute à bord d'une embarcation pneumatique, arbalète en mains, pour tirer lui-même sur une baleine. Le but? Arracher un échantillon de peau destiné à la recherche scientifique. «Il y avait beaucoup de vagues, alors je l'ai attrapé seulement au quatrième coup», a-t-il dit fièrement aux journalistes et photographes, alors que les images faisaient le tour des médias russes.

    Un politicien viril qui chasse en haute mer, un premier ministre qui fait du quatre-roues comme tout le monde... et des images parfaitement calibrées pour envoyer un message.

    L'objectif de la politique-spectacle consiste à jouer sur les perceptions. «On veut arrondir les angles, montrer qu'un politicien est sympathique. On cherche la proximité», dit Anne-Marie Gingras, professeure de sciences politiques à l'Université Laval et spécialiste des rapports entre la démocratie et les médias.

    Plus l'image du politicien est froide et distante, plus on tente de polir la surface, dit Michel Fréchette, communicateur-conseil chez la firme Fréchette & Girard, qui a une longue feuille de route en politique, notamment auprès de différents chefs de parti (dont Paul Martin). «Avant, on cherchait un politicien inspirant. Maintenant, on fabrique une image pour que les gens aient le goût d'aller prendre une bière avec lui», dit-il, un brin de tristesse dans la voix.

    Pour y arriver, la photo ou la vidéo sont des moyens importants puisque la relation des gens avec les images est particulière, dit M. Fréchette. «Un texte de journal, c'est du domaine de la réflexion, alors qu'une photo ou une vidéo, c'est du domaine de l'impression. Il faut utiliser les impressions, les émotions, pour changer la perception des gens.»

    Des mises en scène plus fréquentes


    Ce type de politique-spectacle a le vent dans les voiles. À l'ère des boulimiques YouTube, Facebook, Twitter et autres blogues qui cherchent sans cesse du nouveau contenu, l'image joue un rôle de plus en plus grand. «On est une société à la recherche de contenu pour alimenter toutes les plateformes qu'on a créées. Et les politiciens l'ont bien compris», affirme Michel Fréchette. Des endroits où l'anecdote a autant de place, sinon plus, que l'information sérieuse. Parfait pour travailler sur l'image d'un politicien...

    Bien sûr, Ignatieff derrière un barbecue, Harper qui joue du piano ou encore Obama qui mange un hamburger n'ont rien inventé. Pierre Elliott Trudeau s'exhibait volontiers sur un plancher de danse. Bill Clinton jouait du saxophone dans les émissions de variétés...

    Mais la fréquence a augmenté. «Il y avait beaucoup de mises en scène lors des élections, mais là, c'est comme si on était en perpétuelle campagne électorale», dit Anne-Marie Gingras. Elle affirme ne pas avoir de problème avec la politique-spectacle, tant qu'il y a un dosage approprié. «Si un politicien passe son temps à faire de la mise en scène et fuit les journalistes pour ne pas répondre à des questions sérieuses, là, il y a un problème», dit-elle.

    Autre nouveauté: le degré de sophistication des mises en scène. Non seulement Stephen Harper n'est pas très disponible pour répondre aux questions des médias, il est également le premier à avoir mis en place un système aussi élaboré pour relayer ses photos et vidéos. Un photographe officiel envoie des images aux médias tous les jours (il est parfois le seul sur place), alors que des vidéos sont tournées pour les télévisions régionales qui n'ont pas les moyens de suivre le premier ministre en voyage. Depuis un an, son bureau a embauché sept personnes pour ce type d'activité, alors que le budget de fonctionnement a bondi de 7,3 millions de dollars. (Le Devoir publie ici une photo prise par le bureau du premier ministre pour illustrer son propos.)

    «C'est certain que ces images sont toujours positives. On ne verra jamais le politicien fatigué ou en train de bâiller. On embellit la réalité, dit Michel Fréchette. Chaque fois qu'une de ces photos ou vidéos passe, c'est une petite victoire pour le politicien et ses conseillers. Et c'est la somme de ces petites victoires qui fait la différence.»

    Efficace, la politique-spectacle?


    Mais est-ce que ça fonctionne? Difficile à dire, avoue Anne-Marie Gingras, car aucune étude n'a réussi à cerner le phénomène. Elle penche toutefois vers l'affirmative. «Une danse sur la banquise ne fera pas changer les intentions de vote demain matin! Mais pour certains indécis ou une minorité de gens, cet aspect des politiciens peut compter. Ça permet aussi d'améliorer l'image du messager, ce qui facilite parfois la réception des prochains messages, les gens étant plus à l'écoute.»

    Évidemment, si on pose la question aux gens, ils vont dire que ce type de mise en scène ne les influence pas, affirme Michel Fréchette. Tout comme la publicité d'ailleurs... «Mais c'est faux! C'est subtil et à long terme. La publicité fonctionne et les politiciens font de la publicité politique, ni plus ni moins.» N'empêche, il y a une limite, qui est celle du politicien devant les caméras. «Rien ne peut remplacer le charisme. Et ça ne se fabrique pas», dit-il.

    Le sénateur Jean-Claude Rivest, ancien conseiller de Robert Bourassa, prévient que la politique-spectacle peut être une arme à double tranchant. Qui ne se souvient pas du bonnet de fromager de Gilles Duceppe... «L'image peut coller dans le mauvais sens!», dit-il.

    Jean-Claude Rivest estime que les conseillers doivent s'ajuster au politicien. «Jamais je n'aurais demandé à Bourassa de faire des mises en scène. De toute façon, il n'aurait pas voulu. Ce n'était pas lui, alors ç'aurait sonné faux.» M. Rivest estime que la politique-spectacle, sauf en de rares occasions, c'est beaucoup de bruit pour rien. «C'est plutôt ridicule et ça dénature la fonction. C'est superficiel.»

    Vrai, confirme Michel Fréchette, mais ces images superficielles permettent parfois de nuancer les couleurs du tableau. «On tente de nuancer la perception des gens envers un politicien et on y arrive avec des détails. En communication publique, rien n'est plus difficile à faire passer que les nuances.» Vrai qu'à l'ère de la politique en 140 caractères de Twitter, la nuance n'est pas à la mode...
    En tournée dans l’Arctique, le premier ministre canadien Stephen Harper enfourchait hier un véhicule tout-terrain pour se lancer à l’assaut du paysage nordique... ... Armé d’une arbalète, le premier ministre russe Vladimir Poutine aidait mercredi des scientifiques à traquer une baleine grise dans les eaux de la baie d’Olga, en mer du Japon.<br />












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