Candidature de Wyclef Jean - Encore le choix du moins pire
Panel Lindor - Étudiant au master de philosophie à l'École normale supérieure de Port-au-Prince/Paris 8
7 août 2010
Actualités internationales
Photo : Agence Reuters
Que peut-on espérer d’un chanteur de hip-hop qui a quitté son pays à l’âge de neuf ans et qui ne parle ni le français, ni le créole?
L'enthousiasme suscité par la candidature de Wyclef Jean est significatif pour qui veut comprendre la société haïtienne d'aujourd'hui. Depuis plusieurs années, beaucoup d'observateurs de la vie politique haïtienne avaient déjà compris que Wyclef Jean se porterait candidat à la présidence dans les années à venir. Voilà qui ne saurait étonner ceux qui se penchent sur la société haïtienne. Plus encore, cela prouve une constante dans la politique haïtienne: on choisit le moins pire.
Depuis la fin de la dictature trentenaire des Duvalier, en février 1986, le peuple haïtien se livre à un grand combat en vue de changer ses conditions matérielles d'existence. Or, l'élite haïtienne n'a jamais su entendre et comprendre ce cri. Déboussolé, fatigué et désorienté, en décembre 1990, il jette son dévolu sur le prêtre des pauvres et porte-voix de la théologie de la libération, Jean-Bertrand Aristide.
Après trois ans de coups d'État, avec l'aide de la Maison-Blanche, Aristide revient dans ses fonctions tout en appliquant une série de politiques économiques suicidaires pour la nation en privatisant les institutions publiques, en ouvrant les barrières douanières, minant ainsi l'agriculture haïtienne et une économie déjà affaiblie...
L'année du bicentenaire de l'indépendance du pays, sous l'impulsion de violentes manifestations de rue, Aristide est évincée du pouvoir.
Après deux ans de gouvernement de transition, le peuple haïtien se jette cette fois dans les bras de René Garcia Préval, car il faut à tout prix se débarrasser d'un gouvernement impopulaire qui veut se maintenir au pouvoir. Tout cela se soldera par des déceptions.
Changement de valeurs
Pendant ce temps, les valeurs de la société haïtienne continuent de s'effondrer sous le poids de l'américanisme. Le rap américain dans toutes ses variantes remplace les chansons traditionnelles, la musique compas et les chansonnettes françaises de la génération précédente. Avant 1990, on regardait encore les vieux films chinois et français et les Haïtiens portaient des vêtements qui les rapprochaient davantage de l'Afrique et de l'Europe que des États-Unis.
Dans cette situation, que peut-on espérer d'un chanteur de hip-hop qui a quitté son pays à l'âge de neuf ans et qui ne parle ni le français, ni le créole, langues officielles d'Haïti?
La domination culturelle américaine, sans doute, produit un type d'individu et un mode de conception du pouvoir politique. C'est le primat de l'argent sur les valeurs humaines. Le rêve américain dans un pays à passé colonial.
Actuellement, ceux qui soutiennent la candidature de Wyclef veulent le faire passer pour le sauveur du peuple haïtien. Il suffit de voir la façon dont sa campagne est annoncée pour comprendre la partie immergée de l'iceberg.
Ce n'est qu'un leurre s'ils veulent faire comprendre que Wyclef s'alignerait sur la politique de l'alternative bolivarienne de l'Amérique prônée par Hugo Chávez. Soyons lucides: le candidat a bel et bien compris qu'il doit avoir l'appui du gouvernement américain pour arriver au pouvoir. Ses premières visites le conduiront à la Maison-Blanche.
Wyclef arrive au moment où la jeunesse haïtienne n'a d'autres références que les sous-produits de la culture américaine. Au moment où la souveraineté est un vain mot en Haïti. Au moment où près de deux millions d'Haïtiens sont sans abri, au moment où Bill Clinton règne en seigneur et maître sur Haïti.
Dans de telles circonstances, le peuple haïtien fait toujours le choix du moins pire. Cette candidature ne peut être qu'une candidature de la catastrophe.
***
Panel Lindor - Étudiant au master de philosophie à l'École normale supérieure de Port-au-Prince/Paris 8
Depuis la fin de la dictature trentenaire des Duvalier, en février 1986, le peuple haïtien se livre à un grand combat en vue de changer ses conditions matérielles d'existence. Or, l'élite haïtienne n'a jamais su entendre et comprendre ce cri. Déboussolé, fatigué et désorienté, en décembre 1990, il jette son dévolu sur le prêtre des pauvres et porte-voix de la théologie de la libération, Jean-Bertrand Aristide.
Après trois ans de coups d'État, avec l'aide de la Maison-Blanche, Aristide revient dans ses fonctions tout en appliquant une série de politiques économiques suicidaires pour la nation en privatisant les institutions publiques, en ouvrant les barrières douanières, minant ainsi l'agriculture haïtienne et une économie déjà affaiblie...
L'année du bicentenaire de l'indépendance du pays, sous l'impulsion de violentes manifestations de rue, Aristide est évincée du pouvoir.
Après deux ans de gouvernement de transition, le peuple haïtien se jette cette fois dans les bras de René Garcia Préval, car il faut à tout prix se débarrasser d'un gouvernement impopulaire qui veut se maintenir au pouvoir. Tout cela se soldera par des déceptions.
Changement de valeurs
Pendant ce temps, les valeurs de la société haïtienne continuent de s'effondrer sous le poids de l'américanisme. Le rap américain dans toutes ses variantes remplace les chansons traditionnelles, la musique compas et les chansonnettes françaises de la génération précédente. Avant 1990, on regardait encore les vieux films chinois et français et les Haïtiens portaient des vêtements qui les rapprochaient davantage de l'Afrique et de l'Europe que des États-Unis.
Dans cette situation, que peut-on espérer d'un chanteur de hip-hop qui a quitté son pays à l'âge de neuf ans et qui ne parle ni le français, ni le créole, langues officielles d'Haïti?
La domination culturelle américaine, sans doute, produit un type d'individu et un mode de conception du pouvoir politique. C'est le primat de l'argent sur les valeurs humaines. Le rêve américain dans un pays à passé colonial.
Actuellement, ceux qui soutiennent la candidature de Wyclef veulent le faire passer pour le sauveur du peuple haïtien. Il suffit de voir la façon dont sa campagne est annoncée pour comprendre la partie immergée de l'iceberg.
Ce n'est qu'un leurre s'ils veulent faire comprendre que Wyclef s'alignerait sur la politique de l'alternative bolivarienne de l'Amérique prônée par Hugo Chávez. Soyons lucides: le candidat a bel et bien compris qu'il doit avoir l'appui du gouvernement américain pour arriver au pouvoir. Ses premières visites le conduiront à la Maison-Blanche.
Wyclef arrive au moment où la jeunesse haïtienne n'a d'autres références que les sous-produits de la culture américaine. Au moment où la souveraineté est un vain mot en Haïti. Au moment où près de deux millions d'Haïtiens sont sans abri, au moment où Bill Clinton règne en seigneur et maître sur Haïti.
Dans de telles circonstances, le peuple haïtien fait toujours le choix du moins pire. Cette candidature ne peut être qu'une candidature de la catastrophe.
***
Panel Lindor - Étudiant au master de philosophie à l'École normale supérieure de Port-au-Prince/Paris 8
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

