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Rwanda - Les dangers du silence sur la répression des opposants

Emmanuel Hakizimana - Docteur en économique, spécialiste en finance internationale et chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal. Il est aussi président du Congrès rwandais du Canada.  3 août 2010  Actualités internationales
À l'approche des élections présidentielles du 9 août 2010, le régime de Kigali multiplie les assassinats, les emprisonnements et d'autres formes de répression. Le 14 juillet, le vice-président du Parti démocratique vert, André Kagwa Rwisereka, a été retrouvé mort, son corps quasiment décapité.

Peu de temps avant ce meurtre crapuleux, le régime de Paul Kagame avait perpétré d'autres graves violations des droits de la personne, dont l'assassinat du journaliste indépendant Jean Léonard Rugambage, l'emprisonnement de Me Bernard Ntaganda et de Déo Mushayidi, respectivement présidents du Parti social-imberakuri et du Pacte de défense du peuple, la mise en résidence surveillée de la présidente des Forces démocratiques unies, Mme Victoire Ingabire, et l'emprisonnement pendant une vingtaine de jours de son avocat américain, le professeur Peter Erlinder, ainsi que la tentative d'assassinat en Afrique du Sud du général Kayumba Nyamwasa.

Cette répression des opposants et des journalistes indépendants a été fortement dénoncée par les grandes organisations de défense des droits de la personne et de la société civile telles qu'Amnistie internationale, Human Rights Watch et Reporters sans frontières. Certaines d'entre elles ont même recommandé aux bailleurs de fonds de suspendre leur soutien au régime de Kigali et de cesser leur appui financier aux prochaines élections présidentielles.

Mutisme occidental

Mais ce qui est inquiétant, c'est le silence assourdissant de ces bailleurs de fonds et des gouvernements occidentaux alliés du régime de Kigali. Même le gouvernement canadien, qui a appuyé la candidature du Rwanda pour son entrée au Commonwealth en soutenant que «le Commonwealth est bien placé pour aider le Rwanda dans le renforcement de ses institutions démocratiques», s'est jusqu'à présent muré dans un mutisme complet.

Pire encore, certains grands acteurs de la scène internationale qui sont censés garantir le respect des valeurs démocratiques et la défense des droits de la personne se sont érigés en promoteurs de Paul Kagame au moment même où il tue et emprisonne ses opposants à tour de bras. Ainsi, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, l'a nommé pour coprésider la réunion du 15 juillet dernier sur les Objectifs du millénaire pour le développement, et il a fallu d'énormes pressions de la société civile et des partis politiques espagnols pour que le président José Luis Zapatero renonce à s'afficher avec celui qu'ils considèrent comme un «présumé génocidaire».

La passivité et la complaisance de la communauté internationale devant les graves violations des droits de la personne au Rwanda sont d'autant plus inquiétantes qu'elles ont déjà démontré dans le passé leurs terribles conséquences. De fait, c'est la non-intervention de la communauté internationale qui a permis l'exécution du génocide rwandais de 1994. C'est cette même passivité qui a conduit à l'extermination en République démocratique du Congo de plus de cinq millions de personnes lors des guerres initiées par l'armée de Paul Kagame en 1996 et en 1998. C'est aussi elle qui a permis l'assassinat au Rwanda de nos compatriotes canadiens, en l'occurrence le frère François Cardinal, les pères Claude Simard et Guy Pinard, madame Hélène Pinsky ainsi que celui de beaucoup d'autres citoyens de pays occidentaux.

D'autres drames à venir

Les mêmes causes créant les mêmes effets, si les gouvernements qui ont une influence sur le régime de Kigali continuent d'être complaisants à son égard, il est certain que d'autres drames vont survenir et qu'ils ne concerneront pas seulement les malheureux Rwandais. Déjà, la tentative d'assassinat du général Nyamwasa en Afrique du Sud au moment où le pays recevait la Coupe du monde de soccer montre que Kagame est prêt à créer l'insécurité partout, même chez ses meilleurs alliés, et à y mener des attentats terroristes pour éliminer ses adversaires politiques. Il en a d'ailleurs assassiné dans le passé au Kenya, au Cameroun et en Belgique sans que quiconque lève le petit doigt.

De même, l'arrestation du professeur américain Peter Erlinder au motif qu'il n'épouse pas la version du régime de Kigali au sujet du génocide rwandais constitue, de la part de Kagame, un signal clair envoyé aux citoyens des grandes puissances occidentales qu'ils ne sont pas, eux non plus, hors de sa portée. [...]

Un autre danger de la complaisance de nos gouvernements en Occident vis-à-vis de la répression des opposants au régime de Kigali est la contradiction qu'elle introduit dans la justification de l'envoi de nos forces armées là où les valeurs auxquelles nous croyons sont bafouées. Comment continuer à avancer avec crédibilité l'argument de démocratie et de défense des droits de la personne pour justifier la présence de nos soldats en Afghanistan tout en restant de marbre devant la décapitation des opposants au Rwanda? [...]

Le peuple rwandais aspire à la démocratie, et la diversité ethnique des leaders de l'opposition montre sans équivoque que cet idéal est porté autant par les Hutus que par les Tutsis. Même si le régime de Kagame tente de verrouiller cette issue, les gouvernements occidentaux ont les moyens de l'amener à négocier avec son opposition, comme cela a été le cas au Burundi voisin. Mais voudront-ils relever ce défi ou préféreront-ils attendre d'autres drames pour encore exprimer des regrets?

 
 
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  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 3 août 2010 05h36
    M. Hakiziman résume et simplifie
    Le professeur Hakizimana, ne rends pas justice à l'Histoire, quand résume et simplifie le terrible génécide de 1994 qui a exterminé près d'un million de Tutsis, en trois mois, en une sule pharse:"De fait, c'est la non-intervention de la communauté internationale qui a permis l'exécution du génocide rwandais de 1994."

    Permettre l'exécution du génocide rwandais, ce n'est pas la même chose que de planifier, organiser et exécuter ce génocide. Quelques mots sur cet aspect du drame de 1994 auraient mis les choses dans leur cadre réel. D'ailleurs, même l'utilisation des mots "qui a permis l'exécution" contient une notion de complicité qui, n'étant pas attribuée, dans ce texte, laisse planer le doute sur tout le monde sauf sur les vrais coupables.

  • gilbert troutet
    Inscrit
    mardi 3 août 2010 15h42
    M. Hakizimana a raison sur bien des points
    J'ai passé quelques années sur le terrain dans l'Afrique des Grands Lacs. Sur bien des points, M. Hakizimana a raison. Paul Kagamé est un chef militaire formé aux États-Unis, dont il est un instrument. S'il n'avait pas constitué une armée rebelle en Ouganda pour attaquer le Rwanda dès le début des années 1990, le génocide n'aurait probablement jamais eu lieu. On se doute que c'est le FPR, conduit par Paul Kagamé, qui a abattu l'avion présidentiel au printemps 1994, ce qui a mis le feu aux poudres. On sait aussi que les troupes de Kagamé ont poursuivi ensuite leurs attaques meurtrières au Congo voisin. Je connais des témoins, réfugiés au Canada, qui ont participé à ces massacres d'hommes, de femmes et d'enfants. Le silence complice de l'Occident, en effet, en dit long à ce sujet : tant qu'on peu continuer à piller les ressources du Congo, pourquoi devrait-on s'inquiéter des populations locales?

    Cela dit, rien n'excuse un Hutu de s'en prendre à un Tutsi. Cependant, Les Rwandais avaient sous les yeux l'exemple su Burundi voisin où les Tutsis ont pratiqué plusieurs génocides à l'égard des Hutus, notamment en 1972 : 200 000 victimes, dont nombre de mes élèves.

    Pour comprendre la situation dans son ensemble et les causes profondes des événements de 1994, je recommande la lecture du livre de Melchior Mbonimpa, qui enseigne à l'Université de Sudbury : «La Pax Americana en Afrique des Grands Lacs», publié aux Éditions Vents d'Ouest.

  • andre twahirwa
    Inscrit
    mercredi 4 août 2010 11h46
    Paul Kagame , un dictateur?!
    Le Rwanda est considéré comme le pays le moins corrompu de la région et au-delà. Il revient de loin ! 16 ans après le génocide de 1994, le Rwanda est aussi leader reconnu de la région et au-delà dans bien d'autres domaines: santé(mutuelle obligatoire pour tous moyennant 1,50euros par personne); scolarisation (9 enfants sur 10); ADSL par fibre optique; sécurité ; environnement(zéro sac plastique; rues de la capitale 100% "clean"; reboisement …) ;les infrastructures routières et énergétiques; croissance autour de 6%...
    En politique stricto sensu : coexistence entre génocidaires et victimes sur la même colline;peine de mort abolie; seul pays du monde où les femmes, bien représentées dans toutes les instances du pouvoir, sont majoritaires au Parlement etc. Bien sûr ,beaucoup reste encore à faire ; mais que de chemin parcouru en si peu de temps et dans un contexte exceptionnellement difficile.
    Explication de ces succès: la bonne gouvernance c’est-à-dire la démocratie "réelle", la politique pragmatique et néanmoins visionnaire d’un véritable grand homme politique: Paul Kagame. Un dictateur uniquement pour certaines ONG occidentales et leurs mentors ou leurs relais à travers le monde, y compris au Rwanda même. En 1994, les mêmes réclamaient des élections «libres et transparentes» alors que des milliers de cadavres jonchaient encore tout le pays.

  • René Girard
    Abonné
    jeudi 5 août 2010 04h24
    Un négationniste
    Ce texte est de la propagande pour protéger les véritables coupables. Victoire Ingabire a été arrêtée et accusée en avril pour 'complicité avec une organisation terroriste' et pour 'négation du génocide'.

    http://www.france24.com/fr/20100421-arrestation-op

    Son parti n'a pas été agréé par le parquet de même que le Parti démocratique vert où siégeait le vice-président, assassiné. 'Selon le porte-parole de la police, Eric Kayiranga, le défunt était propriétaire d’un bar à Butare, qu’il avait quitté « vers 2H du matin. Il avait passé la soirée avec ses amis. » Le défunt s’est ensuite rendu chez sa sœur pour lui remettre une partie d’une somme d’argent qu’il avait sur lui, puis a continué son chemin, a expliqué le porte-parole, ajoutant que les enquêtes détermineront ce qui lui est arrivé'.

    http://www1.voanews.com/french/news/rwandan-opposi

    Accuser le régime de Kigali comme Hakizimana le fait est un peu rapide. Mais toutes ces fausses accusations n'ont qu'un but : discréditer le régime de Kagame afin de bénéficier d'un abri pour couvrir ses propres responsabilités dans le génocide en le niant.

    Si l'UQAM ne savait pas qui elle a engagé, maintenant elle le sait. Pour connaître une partie de ce qui s'est vraiment passé au Rwanda avant que le FPR arrête le bain de sang qui durait depuis trois mois écoutex ceci :

    http://www.dailymotion.com/video/x731u3_rwanda-un-

    Mais si la direction de l'UQAM le savait et qu'elle l'a engagé quand même alors elle est aussi coupable que lui.

  • Gaetan SEBUDANDI
    Inscrit
    jeudi 5 août 2010 17h37
    Mieux vaut le silence que l'amalgame sans preuves sur le Rwanda.
    L'analyse d'un brillant universitaire sur le Rwanda, qui réduit le génocide de 1994 à la non-intervention de la Communauté internationale, est suffisamment éloquente pour discréditer son auteur. Georges Paquet a raison de le souligner.

    Le but de Hakizimana n'était pas d'éclairer l'opinion publique sur la réalité rwandaise d'aujourd'hui. C'était, avant tout, de masquer les responsabilités des anciens dirigeants qui ont conduit le pays au génocide. C'était surtout de dénigrer le régime actuel et le Président Kagame, qui ont su reconstruire l'espoir du pays et de tous ses habitants, 16 ans seulement après l'hécatombe. Il oublie, entre autres, de souligner que le président du FPR, lors de la prise du pouvoir en juillet 1994, était un colonel hutu. Tout comme aujourd'hui le vice-président du parti est aussi un hutu. C'est dire que les aspirations et les intérêts de chaque composante de la population rwandaise sont pris en compte, à leur juste mesure, par le régime actuel. Ce qui n'est pas toujours du goût des nostalgiques de l'ancien régime.

    Quant à la remarque faite par un ancien enseignant au Burundi, Gilbert Troutet, qui dénonce les génocides commis au Burundi contre les Hutus par des Tutsis, notamment en 1972, il oublie simplement de préciser qu'avant la répression contre les rebelles hutus, ces derniers avaient massacré des villageois tutsis sans défense, femmes, enfants et vieillards sans distinction, notamment dans le Sud du pays. Des massacres qui ont fait, au moins, 200.000 victimes. Malheureusement les deux groupes ethniques n'ont pas lésiné dans l'horreur des massacres fratricides.

    Gaétan Sebudandi, Cologne

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