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Le Devoir en Inde
New Delhi — Météo socio-économique: une nouvelle étude conjointe de l'université d'Oxford et du Programme de développement des Nations unies (PNUD), mesurant la pauvreté dans une centaine de pays, montre que huit États indiens abritent ensemble plus de pauvres que toute l'Afrique subsaharienne.
Dans le seul État du Madhya Pradesh, la situation serait pire qu'en République démocratique du Congo, un pays qui peine à sortir d'une guerre civile qui a fait en dix ans des millions de morts. Inde, superpuissance émergente? Pour beaucoup d'Indiens, autre belle occasion de persiflage... Ce n'est pourtant pas que le gouvernement indien n'investit pas dans la lutte contre la pauvreté: les budgets ont été multipliés par quinze depuis quinze ans, disait récemment Mani Shankar Aiyar, vieux politicien du parti du Congrès. Le problème, c'est encore et toujours, se désole ce monsieur, que la plus grande part de ces sommes vont à ce qu'il appelle pudiquement la «bureaucratie». Lire la corruption et l'indifférence... Ainsi, le Hindustan Times jouaient en une, fin juillet, une nouvelle selon laquelle les «autorités» laisseraient pourrir sous des bâches et dans des entrepôts des millions de tonnes de riz et de blé qui pourraient nourrir pendant un mois 140 millions de personnes.
***
Météo cachemirie: autre vent de colère noire cet été dans la vallée musulmane du Cachemire, soumise depuis vingt ans à une occupation militaire indienne qui ne dit pas son nom. Révolte — semi-spontanée — d'une jeunesse qui, depuis juin, descend dans les rues de Srinagar et lance des pierres aux policiers. On dirait des images diffusées depuis les territoires palestiniens. Une intifada qui a fait une vingtaine de morts jusqu'à maintenant, de bien jeunes hommes, pour la plupart, sortant à peine de l'adolescence. Une colère pareille avait éclaté en 2008, et l'année dernière encore. Que Delhi s'empresse comme d'habitude d'attribuer à des groupes extrémistes venus du Pakistan voisin. Thèse éminemment contestable, ou qui appelle, en tout cas, des nuances. «Blâmer le Pakistan, un pays qui est enfoncé dans ses propres crises existentielles, c'est ignorer complètement les réalités de la rue», soutient dans la revue Outlook l'analyste politique cachemiri P. G. Rasool. Bien des observateurs impartiaux partagent ce point de vue.
«Nous voulons la liberté!» scandent les manifestants. De quelle liberté s'agit-il, exactement? Les groupes indépendantistes indo-cachemiris, un assortiment de tendances qui vont des modérés laïques aux radicaux islamiques tenants du rattachement au Pakistan, se sont mis à la remorque du mouvement en tentant de l'utiliser à leurs propres fins. Bien entendu. Évidemment qu'il y a dans cette colère une part de revendication indépendantiste pure. Mais elle reposerait aussi, en bonne partie, sur la frustration croissante qu'éprouvent les Cachemiris devant l'absence de résultats du dialogue indo-pakistanais, dont la relance en 2006 avait suscité de grands espoirs de réconciliation sociale et politique. La séquence, ces dernières années, de «processus» improductifs et de «feuilles de route» déchirées entre Delhi et Islamabad a tué l'optimisme. On en a eu un autre très bel exemple le mois dernier, avec l'échec navrant de la rencontre entre les ministres des Affaires extérieures de l'Inde et du Pakistan, rencontre qui devait relancer au plus haut sommet du pouvoir, et de manière substantielle, les négociations de paix entre les deux pays, complètement gelées depuis les attentats commis à Mumbai, fin 2008.
Alors, maintenant quoi? Je demandais il y a quelques mois au politologue Balveer Arora, ex-recteur de l'université Jawaharlal-Nehru, de m'aider à y voir plus clair dans les relations indo-pakistanaises. Il m'a gentiment répondu: «Vous savez, je suis de nature optimiste. J'ai cessé de m'intéresser à ce dossier, sinon de loin. C'est trop décourageant.»
***
Météo tout court: même les coquerelles donnent l'impression de faiblir sous la chaleur. Elles sillonnent le plancher en traînant la patte. Se laissent plus facilement attraper par la sandale. À la canicule déshydratante d'avril et mai a succédé un temps lourd et humide. La mousson est généralement faible à Delhi, par comparaison. Rien à voir avec Calcutta et Bombay/Mumbai. «Ça ne fait que commencer», me prévient un voisin. L'avantage, c'est que le temps est plus frais — 30-35 degrés. L'eau du robinet d'eau froide est moins carrément chaude. Dans la rue, la pluie fait tomber la poussière et la transforme en boue. Vipin, le propriétaire de l'immeuble, a suspendu ses matchs de cricket dominicaux, un sport qui donne pourtant amplement le temps de reprendre son souffle. L'après-midi, mon quartier roupille. Les rickshaw-walas dorment à l'étroit, pliés en quatre, sur le siège de leur rickshaw. Après, comme l'écrit Nicolas Bouvier dans Le Poisson-scorpion, «chacun [retourne] à ses affaires dont la principale est d'avoir trop chaud».]
Dans le seul État du Madhya Pradesh, la situation serait pire qu'en République démocratique du Congo, un pays qui peine à sortir d'une guerre civile qui a fait en dix ans des millions de morts. Inde, superpuissance émergente? Pour beaucoup d'Indiens, autre belle occasion de persiflage... Ce n'est pourtant pas que le gouvernement indien n'investit pas dans la lutte contre la pauvreté: les budgets ont été multipliés par quinze depuis quinze ans, disait récemment Mani Shankar Aiyar, vieux politicien du parti du Congrès. Le problème, c'est encore et toujours, se désole ce monsieur, que la plus grande part de ces sommes vont à ce qu'il appelle pudiquement la «bureaucratie». Lire la corruption et l'indifférence... Ainsi, le Hindustan Times jouaient en une, fin juillet, une nouvelle selon laquelle les «autorités» laisseraient pourrir sous des bâches et dans des entrepôts des millions de tonnes de riz et de blé qui pourraient nourrir pendant un mois 140 millions de personnes.
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Météo cachemirie: autre vent de colère noire cet été dans la vallée musulmane du Cachemire, soumise depuis vingt ans à une occupation militaire indienne qui ne dit pas son nom. Révolte — semi-spontanée — d'une jeunesse qui, depuis juin, descend dans les rues de Srinagar et lance des pierres aux policiers. On dirait des images diffusées depuis les territoires palestiniens. Une intifada qui a fait une vingtaine de morts jusqu'à maintenant, de bien jeunes hommes, pour la plupart, sortant à peine de l'adolescence. Une colère pareille avait éclaté en 2008, et l'année dernière encore. Que Delhi s'empresse comme d'habitude d'attribuer à des groupes extrémistes venus du Pakistan voisin. Thèse éminemment contestable, ou qui appelle, en tout cas, des nuances. «Blâmer le Pakistan, un pays qui est enfoncé dans ses propres crises existentielles, c'est ignorer complètement les réalités de la rue», soutient dans la revue Outlook l'analyste politique cachemiri P. G. Rasool. Bien des observateurs impartiaux partagent ce point de vue.
«Nous voulons la liberté!» scandent les manifestants. De quelle liberté s'agit-il, exactement? Les groupes indépendantistes indo-cachemiris, un assortiment de tendances qui vont des modérés laïques aux radicaux islamiques tenants du rattachement au Pakistan, se sont mis à la remorque du mouvement en tentant de l'utiliser à leurs propres fins. Bien entendu. Évidemment qu'il y a dans cette colère une part de revendication indépendantiste pure. Mais elle reposerait aussi, en bonne partie, sur la frustration croissante qu'éprouvent les Cachemiris devant l'absence de résultats du dialogue indo-pakistanais, dont la relance en 2006 avait suscité de grands espoirs de réconciliation sociale et politique. La séquence, ces dernières années, de «processus» improductifs et de «feuilles de route» déchirées entre Delhi et Islamabad a tué l'optimisme. On en a eu un autre très bel exemple le mois dernier, avec l'échec navrant de la rencontre entre les ministres des Affaires extérieures de l'Inde et du Pakistan, rencontre qui devait relancer au plus haut sommet du pouvoir, et de manière substantielle, les négociations de paix entre les deux pays, complètement gelées depuis les attentats commis à Mumbai, fin 2008.
Alors, maintenant quoi? Je demandais il y a quelques mois au politologue Balveer Arora, ex-recteur de l'université Jawaharlal-Nehru, de m'aider à y voir plus clair dans les relations indo-pakistanaises. Il m'a gentiment répondu: «Vous savez, je suis de nature optimiste. J'ai cessé de m'intéresser à ce dossier, sinon de loin. C'est trop décourageant.»
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Météo tout court: même les coquerelles donnent l'impression de faiblir sous la chaleur. Elles sillonnent le plancher en traînant la patte. Se laissent plus facilement attraper par la sandale. À la canicule déshydratante d'avril et mai a succédé un temps lourd et humide. La mousson est généralement faible à Delhi, par comparaison. Rien à voir avec Calcutta et Bombay/Mumbai. «Ça ne fait que commencer», me prévient un voisin. L'avantage, c'est que le temps est plus frais — 30-35 degrés. L'eau du robinet d'eau froide est moins carrément chaude. Dans la rue, la pluie fait tomber la poussière et la transforme en boue. Vipin, le propriétaire de l'immeuble, a suspendu ses matchs de cricket dominicaux, un sport qui donne pourtant amplement le temps de reprendre son souffle. L'après-midi, mon quartier roupille. Les rickshaw-walas dorment à l'étroit, pliés en quatre, sur le siège de leur rickshaw. Après, comme l'écrit Nicolas Bouvier dans Le Poisson-scorpion, «chacun [retourne] à ses affaires dont la principale est d'avoir trop chaud».]
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