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L'urgence permanente

Il y a de ces expressions qui résument tout. C'est le cas de l'expression employée par un représentant de la Croix-Rouge française qui faisait le bilan de six mois de travail en Haïti: «Nous sommes encore dans l'urgence permanente.»

Certes, le séisme fut énorme, les dégâts, difficiles à imaginer, le défi de l'urgence et de la reconstruction, probablement sans précédent. Mais que nous soyons encore dans l'«urgence permanente», cela constitue une sorte d'aveu. Les Haïtiens ne sont pas encore sortis des lendemains du séisme et la reconstruction demeure pour le moment plus un avenir lointain qu'une réalité qu'on voit poindre à l'horizon.

Quel bilan font les principaux acteurs? Le 12 juillet, le président Préval s'est félicité du fait qu'on avait réussi à éviter les épidémies et les désordres sociaux. Il a aussi annoncé qu'on entrait dans la phase de reconstruction. Il a tout simplement oublié de mentionner qu'il n'existait pas l'ombre d'un plan d'ensemble d'action globale pour la reconstruction. Pensée magique encore, fuite en avant toujours; spécialité de la classe politique haïtienne. Comment peut-on reconstruire quand seulement 10 % des débris qui jonchent la capitale ont été ramassés? Mais voilà, quelques jours auparavant, le président avait annoncé la tenue des élections le 28 novembre et la priorité, c'est de se maintenir au pouvoir. Jusqu'à quand l'avenir meilleur qu'on peint résistera-t-il aux assauts de la réalité?

Les ONG se situent dans une position ambiguë. Elles sont malheureusement prises entre l'écorce des donateurs et l'arbre du gouvernement. Les donateurs espèrent des résultats tangibles et les ONG, pour expliquer la lenteur des progrès, ne peuvent partir en guerre contre les vrais responsables des dysfonctionnements avec lesquels elles doivent composer quotidiennement, c'est-à-dire les autorités haïtiennes. Elles insistent sur les petites victoires, mais ne dénoncent pas. On vient de découvrir que tous les matériaux et toutes les denrées qui entraient en Haïti depuis le 12 janvier faisaient l'objet d'une taxe à l'importation de 20 % et qu'elles reposaient, bureaucratie oblige, durant des semaines dans les entrepôts de la douane. Aux 20 % de taxe s'ajoutaient donc de lourds frais d'entreposage. On pourrait dire que les douanes haïtiennes ont inventé toutes les formes de la corruption et de l'extorsion légales. Politique de l'État pour renflouer ses coffres ou initiatives personnelles de ces douaniers pourris? Probablement un consensuel mélange des deux. Pour que cette situation soit mise au jour et dénoncée, il a fallu qu'une équipe de CNN qui transportait avec elle une cargaison humanitaire d'une valeur de 5000 $ se voie imposer un droit d'entrée de 1000 $. Confronté par le réseau américain, le président a exprimé son étonnement et s'est engagé à faire cesser cette pratique qui durait au vu et au su de tous les acteurs depuis six mois.

***

Après six mois, la communauté internationale n'est pas fière, mais elle ne désespère pas. Le secrétaire général de l'ONU se plaint de la lenteur des progrès. L'ex-président Bill Clinton, coprésident de la Commission internationale chargée de gérer les 5 milliards de dollars promis en mars par la communauté internationale, regrette poliment que les pays retiennent les sommes promises. Cet organisme, maître d'oeuvre de la reconstruction, ne dispose actuellement que de 90 millions en fonds propres. Le Canada, malgré les habituelles arguties et demi-mensonges de Lawrence Cannon, n'a pas déboursé un sou. Mais aussi, parmi les retardataires, ce grand révolutionnaire bavard, Hugo Chávez, qui avait promis 1,2 milliard de dollars. La France, soucieuse de redorer son image dans son ancienne colonie, préfère, pour sa part, des arrangements directs avec le gouvernement haïtien plutôt que de voir ses précieux euros noyés dans la masse anonyme de la communauté internationale. Par contre, on peut comprendre les réticences des bailleurs de fonds devant l'incapacité du gouvernement à développer une politique globale et crédible et aussi devant l'incertitude quant aux résultats de l'élection.

Pendant ce temps, pour les 1,6 million de réfugiés qui languissent dans 1300 campements temporaires, s'annonce la saison des cyclones. Il existe bien un plan et des fonds pour construire 125 000 abris plus solides, en bois ou en tôle, mais seulement 3700 de ces abris ont été construits. Et malheureusement, le gouvernement ne parvient pas à fournir les terrains nécessaires. Pas question évidemment d'exproprier les propriétaires terriens qui soutiennent ce gouvernement. La transformation de ces campements d'urgence en sites semi-permanents, dotés de services comme l'eau, les soins de santé et la distribution d'aliments, entraîne aussi des effets pervers. Des gens démunis dont la maison n'a pas été détruite vont s'installer dans ces camps pour profiter de cette manne providentielle.

Le bilan le plus éloquent, je l'ai trouvé dans une anecdote recueillie par un journaliste du quotidien Le Monde. C'est le témoignage d'une jeune femme, Nadine Beaujour, qui vit sous une tente. Nadine est enceinte et dit: «Je suis arrivée au terme, mais le bébé ne veut pas sortir, sans doute parce qu'il sait que je n'ai rien à lui donner à manger.» Haïti, le pays qui a des enfants qui refusent de naître. Voilà le véritable bilan six mois plus tard.
 
 
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  • Godefroy
    Abonné
    samedi 17 juillet 2010 00h59
    C'est la faute à qui ? A Préval
    C'est toujours la faute à Préval, à droite comme à gauche ! Un autre Coup d'État peut-être pour se débarasser de cet incapable ? Comme le calamiteux curé qui l'a précédé ?

  • Georges Paquet
    Abonné
    samedi 17 juillet 2010 06h24
    Voyez comment fonctionne ce qu'on appelle "La Communauté internationale"...
    C'est encore et toujours, chacun pour soi. Tout le monde dit, écrit et proclame: Il faut que l'ONU obtienne les moyens nécessaires et qu'elle joue son rôle, central et essentiel, dans la reconstruction et l'avenir politique et économique d'Haïti. Mais parmi les "pays amis", comme nous l'apprend Gil Courtemanche, "la France, soucieuse de redorer son image dans son ancienne colonie, préfère, pour sa part, des arrangements directs avec le gouvernement haïtien plutôt que de voir ses précieux euros noyés dans la masse anonyme de la communauté internationale." Que l'ONU s'arrange pour cordonner ce qu'elle pourra.
    Ça nous rappelle 1990, quand la France, contre toute attente, a présenté et soutenu jusqu'à la victoire, Jean-Bertrand Aristide dans la course à la présidence pour laquelle l'ONU avait tenté de préparer du mieux possible, la classe politique les partis et les autres candidats.

  • Normand Carrier
    Abonné
    samedi 17 juillet 2010 07h07
    L'urgence permanente et perpétuelle .....
    Voila un titre qui résume ce qui se passe en Haiti depuis des décennies car les Haitiens sont en mode survie depuis longtemps et c'est triste pour ce peuple qui n'a jamais élu ou eu des dirigeants aptes a les faire progresser et améliorer leur sort ......
    Il faut espérer qu'aucun cataclyste va encore les frapper alors qu'il n'ont pas réussi a surmonter le dernier tremblement de terre ! Souhaitons que Dieu leur vienne en aide cette fois .....

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    samedi 17 juillet 2010 11h05
    Politicaillerie
    Il n'est pas étonnant que ça ne fonctionne pas... Dans tous les pays impliqués, y compris Haïti, ce sont les politiciens qui font des promesses et qui ensuite disposent des fonds selon que cela est à leur avantage politique. Ne nous méprenons pas, les grandes promesses des politiciens pour aider le peuple haïtien sont faites par des politiciens, que ce soit Chavez, Sarkozy ou Harper parce qu'ils y voient un avantage politique et électoral et non par abnégation et générosité. Mais quand vient le temps de joindre l'action à la promesse, il y a moins de capital politique à se faire et on « oublie » de faire les paiements...

    C'est la même chose du côté d'Haïti où les politiciens et les fonctionnaires tentent de prendre avantage de la situation pour leur gain personnel et/ou politique. L'ONU est prise entre tous ces politiciens et reste impuissante face à l'inertie et la corruption politique car ses ressources aussi proviennent des états, c'est-à-dire des politiciens qui n'y voient qu'un avantage politique. Il y a 2 000 ans à Rome, on disait « où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie »... Rien n'a changé sur notre bonne vieille terre!

  • ghislaine fortin
    Inscrit
    samedi 17 juillet 2010 14h13
    pourquoi un don?
    Je n'ai pas donné et je ne donnerai pas.....c'est toujours la même chose. Je donne aux démunis de mon coin et je suis sûre que mon argent se rend à la bonne place et fait du bien. Il n'engraisse pas les gouvernements véreux qu'ils soient haïtien, africains etc. J'ai déjà donné directement à un cousin missionnaire et le gouvernement africain le harcelait sans relâche pour en avoir une part.....

  • Guy Fauteux
    Abonné
    samedi 17 juillet 2010 19h04
    Rever de democratie
    Pour ces pays je commence a penser que la democratie est peu etre pas la solution. J'ai remarque que pour ce type de pays un dictateur fait un meilleur Job. Peu etre faudrais t'il favoriser l'administration de ces pays par un Sadam et ou un Fidel ils ont defenitivement fait mieux que la democratie.

  • Les DIPLOMATES
    Inscrit
    dimanche 18 juillet 2010 08h12
    OUBLIER SON PASSÉ, C'EST TUER SES MORTS !
    En effet, les poseurs pavanent drapés d'humanisme alors qu'ils sont en fait plus souvent qu'autrement les instigateurs et actuels bourreaux. Le Canada en tête de liste avec le nez enfoui si profondément dans le derrière de l'oncle Sam que les deux entité ne font plus qu'une ;)

    Haïti : l’étape oubliée dans la croisade de Bush pour la « liberté ».
    http://www.legrandsoir.info/Haiti-l-etape-oubliee-

    Résumé Exécutif
    A VERY CANADIAN COUP IN HAITI :
    The Top 10 Ways Canada Aided the 2004 Coup and its Reign of Terror
    http://coat.ncf.ca/Haiti/Canada_in_Haiti.htm

    Cet info semble introuvable en français. Faut bien garder les apparences de la chaleureuse symbiose Québec /Haiti dans les coeurs à ce prix...

    Lamentable

  • Yves Lanthier
    Abonné
    dimanche 18 juillet 2010 08h33
    G20?...
    Facile à dire, mais si l'ONU avait l'autorité nécessaire sur le G20 (et autres G...) pour obliger les pays participants à consacrer xx % (oui, 2 chiffres) de l'agenda de chaque réunion aux plans d'aide aux régions et pays sinistrés...

  • Dominic Pageau
    Abonné
    dimanche 18 juillet 2010 12h37
    L'ONU n'a rien d'une solution
    L'ONU fait parti du problème, tout comme l'interventionisme de nombreux pays.

    L'ONU a mené des campagnes d'assassinat des Lavallas quand elle est arrivé à Haiti.

    Les américains eux ont fait deux coups d'États contre Aristide qui n'a pas pa pu faire grande chose à cause des courtes périodes où il a été au pouvoir.

    Il a construit quand même plus d'école que tous les régimes qui l'ont précédé. Veillé à la gratuité de l'éducation primaire, fait en sorte que Haiti puisse formé ses propres médecins et c'était en route, les futurs médecins haitiens apprenaient la médecine à l'Université d'Haiti.

    Haiti est soumis à son élite financière qui ont aussi pied à terre aux USA et cette élite a refusé que les Haitiens s'éduquent et encore pire, elles ont refusé qu'Aristide fasse augmenter le salaire minimum.

    Les détracteurs d'Aristide n'ont absolument aucun preuve de ce qu'ils avancent, alors que les manoeuvres américaines, canadiennes et françaises, sont démontrables.

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 18 juillet 2010 16h15
    Déléguée de l'ONU
    Comme les médias nous l'ont appris, la carrière de Michaëlle Jean prendra bientôt un grand virage. Déléguée de l'ONU en Haïti sera-t-elle, son pays d'origine. Comme elle est issue de l'élite dont parle Dominic Pageau ci-dessus, faudra la voir se pencher sur le sort de démunis que cette élite a tenu dans l'ignorance. Une belle saga dont on n'entendra sans doute jamais parler.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Georges Paquet
    Abonné
    dimanche 18 juillet 2010 23h07
    On a rarement vu autant d'erreurs et de mesquineries que celles de Roland Berger et de Dominique Pageau
    Michaëlle Jean n'est pas issue de l'élite haïtienne. Elle n'est pas Déléguée de l'ONU, elle sera la représentantre spéciale pour l'UNESCO en Haïti. Les américains n'ont pas chassé Aristide du pouvoir, ils l'ont plutôt remis en poste en 1994. Les français ne sont pas des détracteurs d'Aristide, ce sont eux qui l'ot présenté et qui l'ont fait élire à la présidence en 1990.

    Le Canada, comme toujours, a été un peu naïf et il n'a participé à aucune élection truquée, ni à aucun renversement du pouvoir.

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