L'occasion manquée
Avec son consensus autour de la réduction à moyen terme des déficits publics et la poursuite, à court terme, des plans de relance économique, le G20 a démontré une fois de plus qu'il a bel et bien ravi au G8 le titre de véritable forum des puissances économiques mondiales. Quand vient le temps d'agir avec «cohésion» pour éviter de replonger dans la crise, c'est vraiment là que ça se passe.
Le G8, qui se cherche maintenant une nouvelle vocation, a en revanche déçu ceux qui espéraient assister à une mobilisation des pays les plus riches du globe en faveur des femmes et des enfants les plus vulnérables. Après tout, le premier ministre Stephen Harper avait fait de l'amélioration de la santé maternelle et infantile dans les pays les plus pauvres LA priorité du sommet de Muskoka.
Son «projet-signature» était l'occasion parfaite de prouver que le club de riches qu'est le G8 demeurait pertinent. Mais le riche éléphant a accouché une souris. Pour prendre toute la mesure de cet état de fait, il suffit de comparer l'ampleur du problème aux engagements pris.
Chaque année, il y a entre 350 000 et 500 000 mères qui meurent en couches et 9 millions d'enfants de moins de cinq ans qui décèdent. Avec ses maigres cinq milliards sur cinq ans, le G8 devrait prévenir la mort de 1,3 million d'enfants et de 64 000 mères... sur cinq ans. Une différence, certes, mais lilliputienne. On parle d'une réduction d'à peine 2,6 % de la mortalité maternelle et de 2,9 % de la mortalité infantile, calculaient mes collègues du Devoir en fin de semaine.
Or, la communauté internationale s'est donné des Objectifs du millénaire pour le développement qui prévoient, d'ici 2015, une réduction de 75 % de la mortalité maternelle et de 67 % de la mortalité infantile, par rapport aux taux de 1990. Selon une analyse réalisée par le groupe de recherche sur le G8 de l'Université de Toronto, il faudrait 30 milliards de plus pour en arriver là, et c'est sans compter les 650 millions qui manquent pour atteindre les objectifs en matière de soins pédiatriques pour le VIH-sida et les 5,9 milliards qu'il faudrait pour prévenir la transmission du sida de la mère à l'enfant.
Le G8, lui, n'offre que cinq milliards. Six autres pays, qui ne sont pas membres du club, et la fondation de Bill et Melinda Gates ont accepté de participer à cette Initiative de Muskoka à hauteur de 2,3 milliards sur cinq ans, mais la Fondation Gates versera à elle seule 1,5 milliard de cette somme. Si les pays les plus riches ne sont pas capables d'apporter une juste contribution, qui le sera?
***
Le Canada a le mérite d'avoir mis ce sujet à l'ordre du jour et d'avoir promis une importante contribution (bien que la somme de 1,1 milliard promise soit inférieure à la facture prévue — 1,2 milliard — des deux sommets). Mais en faisant de cet enjeu sa priorité, il a créé des attentes auxquelles il n'a pu répondre. Et son incapacité à convaincre les autres membres du G8 est en partie un échec pour Stephen Harper.
Et la rhétorique du communiqué définitif n'arrivera pas à nous faire oublier cette pingrerie. «Ces décès nous attristent profondément et mettent en exergue l'urgente nécessité d'une action collective. Nous réaffirmons notre indéfectible volonté de réduire sensiblement le nombre de décès chez les mères, les nouveau-nés et les enfants de moins de cinq ans, car cela constitue pour nous une préoccupation immédiate d'ordre humanitaire et développemental», osent-ils affirmer.
(Jamais ils ne disent être à court de moyens, mais ils refusent, collectivement, de se prononcer en faveur de mécanismes alternatifs, comme cette idée de taxe sur les transactions financières, dite taxe Robin des Bois. D'à peine 0,05 %, elle ne toucherait que les acteurs du marché financier et donc, surtout, les spéculateurs, ceux-là mêmes qui ont contribué à plonger la planète dans la crise économique et financière de 2008. Les promoteurs de cette taxe, fort populaire en Europe, suggèrent de consacrer les milliards en revenus qu'elle générerait à la lutte contre la pauvreté et contre les changements climatiques.)
Le nouveau dada du G8 est la transparence et la reddition de comptes, ce qui est louable et même nécessaire pour avoir un brin de crédibilité, mais quand la barre est mise si bas, ce n'est pas bien difficile d'affirmer que l'on a atteint ses objectifs.
Par ailleurs, à quoi bon avoir un rapport si l'on n'en tire pas les conséquences qui s'imposent? Il y a une semaine, le G8 a fait un premier bilan de ses engagements passés. On y voyait une série de promesses plus ou moins respectées, dont celle de doubler l'aide à l'Afrique. Trois pays seulement ont tenu parole, dont le Canada, mais, dans l'ensemble, seulement la moitié du chemin a été parcourue.
Le sommet du G8 n'a pourtant pas cru nécessaire de réitérer ses engagements antérieurs, sauf en matière de sécurité alimentaire. En fait, les pays participants ont bien évité de dire comment ils allaient combler l'écart creusé entre leurs promesses et leurs réalisations. Comme si en faire le constat était suffisant avant de détourner le regard et de passer à autre chose.
Pour assurer sa survie, le G8 doit démontrer qu'il a encore une raison d'être. On aurait pu penser qu'il aurait une année, après ce sommet de Muskoka, pour en faire la preuve. Il a raté sa chance. Avec sa timidité empreinte d'indifférence, il a plutôt alimenté le doute sur sa pertinence.
***
mcornellier@ledevoir.com
Le G8, qui se cherche maintenant une nouvelle vocation, a en revanche déçu ceux qui espéraient assister à une mobilisation des pays les plus riches du globe en faveur des femmes et des enfants les plus vulnérables. Après tout, le premier ministre Stephen Harper avait fait de l'amélioration de la santé maternelle et infantile dans les pays les plus pauvres LA priorité du sommet de Muskoka.
Son «projet-signature» était l'occasion parfaite de prouver que le club de riches qu'est le G8 demeurait pertinent. Mais le riche éléphant a accouché une souris. Pour prendre toute la mesure de cet état de fait, il suffit de comparer l'ampleur du problème aux engagements pris.
Chaque année, il y a entre 350 000 et 500 000 mères qui meurent en couches et 9 millions d'enfants de moins de cinq ans qui décèdent. Avec ses maigres cinq milliards sur cinq ans, le G8 devrait prévenir la mort de 1,3 million d'enfants et de 64 000 mères... sur cinq ans. Une différence, certes, mais lilliputienne. On parle d'une réduction d'à peine 2,6 % de la mortalité maternelle et de 2,9 % de la mortalité infantile, calculaient mes collègues du Devoir en fin de semaine.
Or, la communauté internationale s'est donné des Objectifs du millénaire pour le développement qui prévoient, d'ici 2015, une réduction de 75 % de la mortalité maternelle et de 67 % de la mortalité infantile, par rapport aux taux de 1990. Selon une analyse réalisée par le groupe de recherche sur le G8 de l'Université de Toronto, il faudrait 30 milliards de plus pour en arriver là, et c'est sans compter les 650 millions qui manquent pour atteindre les objectifs en matière de soins pédiatriques pour le VIH-sida et les 5,9 milliards qu'il faudrait pour prévenir la transmission du sida de la mère à l'enfant.
Le G8, lui, n'offre que cinq milliards. Six autres pays, qui ne sont pas membres du club, et la fondation de Bill et Melinda Gates ont accepté de participer à cette Initiative de Muskoka à hauteur de 2,3 milliards sur cinq ans, mais la Fondation Gates versera à elle seule 1,5 milliard de cette somme. Si les pays les plus riches ne sont pas capables d'apporter une juste contribution, qui le sera?
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Le Canada a le mérite d'avoir mis ce sujet à l'ordre du jour et d'avoir promis une importante contribution (bien que la somme de 1,1 milliard promise soit inférieure à la facture prévue — 1,2 milliard — des deux sommets). Mais en faisant de cet enjeu sa priorité, il a créé des attentes auxquelles il n'a pu répondre. Et son incapacité à convaincre les autres membres du G8 est en partie un échec pour Stephen Harper.
Et la rhétorique du communiqué définitif n'arrivera pas à nous faire oublier cette pingrerie. «Ces décès nous attristent profondément et mettent en exergue l'urgente nécessité d'une action collective. Nous réaffirmons notre indéfectible volonté de réduire sensiblement le nombre de décès chez les mères, les nouveau-nés et les enfants de moins de cinq ans, car cela constitue pour nous une préoccupation immédiate d'ordre humanitaire et développemental», osent-ils affirmer.
(Jamais ils ne disent être à court de moyens, mais ils refusent, collectivement, de se prononcer en faveur de mécanismes alternatifs, comme cette idée de taxe sur les transactions financières, dite taxe Robin des Bois. D'à peine 0,05 %, elle ne toucherait que les acteurs du marché financier et donc, surtout, les spéculateurs, ceux-là mêmes qui ont contribué à plonger la planète dans la crise économique et financière de 2008. Les promoteurs de cette taxe, fort populaire en Europe, suggèrent de consacrer les milliards en revenus qu'elle générerait à la lutte contre la pauvreté et contre les changements climatiques.)
Le nouveau dada du G8 est la transparence et la reddition de comptes, ce qui est louable et même nécessaire pour avoir un brin de crédibilité, mais quand la barre est mise si bas, ce n'est pas bien difficile d'affirmer que l'on a atteint ses objectifs.
Par ailleurs, à quoi bon avoir un rapport si l'on n'en tire pas les conséquences qui s'imposent? Il y a une semaine, le G8 a fait un premier bilan de ses engagements passés. On y voyait une série de promesses plus ou moins respectées, dont celle de doubler l'aide à l'Afrique. Trois pays seulement ont tenu parole, dont le Canada, mais, dans l'ensemble, seulement la moitié du chemin a été parcourue.
Le sommet du G8 n'a pourtant pas cru nécessaire de réitérer ses engagements antérieurs, sauf en matière de sécurité alimentaire. En fait, les pays participants ont bien évité de dire comment ils allaient combler l'écart creusé entre leurs promesses et leurs réalisations. Comme si en faire le constat était suffisant avant de détourner le regard et de passer à autre chose.
Pour assurer sa survie, le G8 doit démontrer qu'il a encore une raison d'être. On aurait pu penser qu'il aurait une année, après ce sommet de Muskoka, pour en faire la preuve. Il a raté sa chance. Avec sa timidité empreinte d'indifférence, il a plutôt alimenté le doute sur sa pertinence.
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mcornellier@ledevoir.com
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