Santé maternelle - Le Canada ne rallie pas le G8
Seulement 5 milliards de dollars en cinq ans sont promis, dont 22 % proviendront d'Ottawa
Photo : Agence France-Presse
Rencontre au sommet à Huntsville, au nord de Toronto. Silvio Berlusconi, Barack Obama, Nicolas Sarkozy, Stephen Harper, Dmitri Medvedev, Angela Merkel, Herman Van Rompuy et David Cameron fraternisent avant d’entreprendre leurs discussions au sommet du G8.
Le Devoir à Toronto - Le projet-signature de la présidence canadienne du sommet du G8, l'amélioration de la santé des mères et de leurs jeunes enfants, a pris forme hier alors que les engagements financiers ont été dévoilés. Les résultats sont toutefois jugés décevants par les organisations non gouvernementales, les pays du G8 ayant seulement promis collectivement de consacrer 5 milliards de dollars en cinq ans aux femmes en âge de procréer.
Le Canada se retrouve du coup à assumer la part du lion de cette initiative (22 %), lui qui s'est engagé à verser 1,1 milliard de dollars en cinq ans. Il s'agit d'une légère majoration par rapport au milliard de dollars dont faisaient état les rumeurs depuis quelques jours. Cette somme, promet Ottawa, s'ajoutera aux 1,75 milliard $ que le Canada consacre déjà à la santé des femmes dans les pays en voie de développement, soit au total 2,85 milliards d'ici 2015.
Le premier ministre Stephen Harper a dévoilé cet engagement au début de sa rencontre avec les sept pays africains invités à discuter avec le G8. «C'est un engagement pour qu'un jour les femmes ne souffrent plus et ne meurent plus en raison de leur grossesse et leur accouchement», a-t-il déclaré plus tard en conférence de presse.
En retranchant ce 1,1 milliard des 5 milliards promis, cela laisse à peine 3,9 milliards pour les sept autres pays du G8 restant, y compris les États-Unis, dont la population est dix fois plus importante que celle du Canada. Au moment de mettre sous presse, le Canada n'avait pas fourni la ventilation des engagements. Une tournée des diverses délégations a permis d'apprendre que le Japon consacrerait 500 millions de dollars et la Russie, 75 millions en trois ans.
«Tous les pays ont contribué, a toutefois assuré M. Harper. C'est vrai que certains pays ont pris des engagements relativement plus importants que d'autres, mais cela reflète les priorités différentes ainsi que les situations financières différentes.» M. Harper a souligné que le Canada avait la meilleure situation financière des pays du G8, ce qui pouvait expliquer sa plus grande générosité. Il a reconnu que la part canadienne était «disproportionnée».
Au total, l'initiative en santé maternelle du Canada a accumulé des promesses totalisant 7,3 milliards $, soit 5 milliards $ du G8 et 2,3 milliards des pays hors G8 que sont les Pays-Bas, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, l'Espagne et la Suisse. Les montants engagés par ces derniers ne peuvent cependant pas être énormes, puisque de ce 2,3 milliards $, 1,5 milliard $ proviennent de la fondation Bill et Melinda Gates.
Les organisations non gouvernementales se sont dites très déçues de ce montant. «Cinq milliards, ce n'est pas beaucoup. On a évalué qu'il faudrait 30 milliards $ d'ici cinq ans pour atteindre l'objectif du millénaire [soit réduire de 75 % la mortalité maternelle]», déplore Cicely McWilliam, coordonnatrice d'Aide à l'enfance.
«Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un grand nombre de mères et d'enfants n'auront pas d'aide à cause de cet engagement», soutient pour sa part Dave Toycen, de Vision mondiale. La coalition ONE parle d'une initiative qui «manque singulièrement de souffle». «Elle reste très insuffisante par rapport aux besoins», a déclaré le directeur français Guillaume Grosso.
Cinq pays visés
Le gouvernement canadien indique qu'il réservera l'aide aux pays dont les besoins sont les plus criants, notamment Haïti, l'Afghanistan, le Mali, le Mozambique et la Tanzanie. En fait, 80 % de l'enveloppe canadienne ira aux pays d'Afrique subsaharienne.
On ignore toutefois comment l'argent sera dépensé. Divers scénarios circulent. Le premier veut que chaque pays dépensera lui-même les sommes qu'il réserve pour la santé des femmes selon les priorités qui lui sont propres. Cela permettrait à chaque pays de décider si oui ou non l'argent peut servir, par exemple, à financer l'avortement dans les pays en voie de développement. L'autre scénario veut que l'argent soit placé dans un fonds commun. Le mystère plane alors quant à la façon dont l'argent serait dépensé. En effet, puisque le Canada refuse que ses dollars financent des avortements, cela aurait-il pour conséquence d'interdire le financement d'avortements avec la totalité de l'enveloppe internationale? Ces questions n'ont pas trouvé de réponse hier soir au cours de la conférence de presse.
Au Mali et en Tanzanie, l'avortement n'est permis que lorsque la grossesse menace la vie des femmes. Au Mozambique, l'avortement est permis depuis 1981 lorsque la grossesse résulte d'une défaillance des moyens de contraception, une excuse suffisamment permissive pour entraîner une augmentation du nombre d'avortements légaux au pays et réduire d'autant la mortalité reliée aux avortements clandestins.
Chose certaine, les divers pays du G8 ne semblaient pas obnubilés par cette question de la santé maternelle en général, et celle de l'avortement en particulier. Lorsque interrogés, par exemple, les représentants japonais n'ont pas pu dire s'ils accepteraient que l'argent servent à financer des avortements à l'étranger.
Notons enfin que le Canada prend des moyens pour s'assurer que ces promesses ne sont pas que des paroles en l'air en exigeant des pays donateurs un rapport annuel sur la réalisation de leurs engagements. Stephen Harper s'est montré particulièrement confiant que l'argent annoncé sera véritablement versé. Selon lui, à cause de la crise économique, «les leaders sont très, très prudents lorsqu'ils prennent des engagements. Ils ne prennent pas des engagements qu'ils n'ont pas l'intention de respecter ou auquel ils n'ont pas pensé».
Le Canada se retrouve du coup à assumer la part du lion de cette initiative (22 %), lui qui s'est engagé à verser 1,1 milliard de dollars en cinq ans. Il s'agit d'une légère majoration par rapport au milliard de dollars dont faisaient état les rumeurs depuis quelques jours. Cette somme, promet Ottawa, s'ajoutera aux 1,75 milliard $ que le Canada consacre déjà à la santé des femmes dans les pays en voie de développement, soit au total 2,85 milliards d'ici 2015.
Le premier ministre Stephen Harper a dévoilé cet engagement au début de sa rencontre avec les sept pays africains invités à discuter avec le G8. «C'est un engagement pour qu'un jour les femmes ne souffrent plus et ne meurent plus en raison de leur grossesse et leur accouchement», a-t-il déclaré plus tard en conférence de presse.
En retranchant ce 1,1 milliard des 5 milliards promis, cela laisse à peine 3,9 milliards pour les sept autres pays du G8 restant, y compris les États-Unis, dont la population est dix fois plus importante que celle du Canada. Au moment de mettre sous presse, le Canada n'avait pas fourni la ventilation des engagements. Une tournée des diverses délégations a permis d'apprendre que le Japon consacrerait 500 millions de dollars et la Russie, 75 millions en trois ans.
«Tous les pays ont contribué, a toutefois assuré M. Harper. C'est vrai que certains pays ont pris des engagements relativement plus importants que d'autres, mais cela reflète les priorités différentes ainsi que les situations financières différentes.» M. Harper a souligné que le Canada avait la meilleure situation financière des pays du G8, ce qui pouvait expliquer sa plus grande générosité. Il a reconnu que la part canadienne était «disproportionnée».
Au total, l'initiative en santé maternelle du Canada a accumulé des promesses totalisant 7,3 milliards $, soit 5 milliards $ du G8 et 2,3 milliards des pays hors G8 que sont les Pays-Bas, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, l'Espagne et la Suisse. Les montants engagés par ces derniers ne peuvent cependant pas être énormes, puisque de ce 2,3 milliards $, 1,5 milliard $ proviennent de la fondation Bill et Melinda Gates.
Les organisations non gouvernementales se sont dites très déçues de ce montant. «Cinq milliards, ce n'est pas beaucoup. On a évalué qu'il faudrait 30 milliards $ d'ici cinq ans pour atteindre l'objectif du millénaire [soit réduire de 75 % la mortalité maternelle]», déplore Cicely McWilliam, coordonnatrice d'Aide à l'enfance.
«Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un grand nombre de mères et d'enfants n'auront pas d'aide à cause de cet engagement», soutient pour sa part Dave Toycen, de Vision mondiale. La coalition ONE parle d'une initiative qui «manque singulièrement de souffle». «Elle reste très insuffisante par rapport aux besoins», a déclaré le directeur français Guillaume Grosso.
Cinq pays visés
Le gouvernement canadien indique qu'il réservera l'aide aux pays dont les besoins sont les plus criants, notamment Haïti, l'Afghanistan, le Mali, le Mozambique et la Tanzanie. En fait, 80 % de l'enveloppe canadienne ira aux pays d'Afrique subsaharienne.
On ignore toutefois comment l'argent sera dépensé. Divers scénarios circulent. Le premier veut que chaque pays dépensera lui-même les sommes qu'il réserve pour la santé des femmes selon les priorités qui lui sont propres. Cela permettrait à chaque pays de décider si oui ou non l'argent peut servir, par exemple, à financer l'avortement dans les pays en voie de développement. L'autre scénario veut que l'argent soit placé dans un fonds commun. Le mystère plane alors quant à la façon dont l'argent serait dépensé. En effet, puisque le Canada refuse que ses dollars financent des avortements, cela aurait-il pour conséquence d'interdire le financement d'avortements avec la totalité de l'enveloppe internationale? Ces questions n'ont pas trouvé de réponse hier soir au cours de la conférence de presse.
Au Mali et en Tanzanie, l'avortement n'est permis que lorsque la grossesse menace la vie des femmes. Au Mozambique, l'avortement est permis depuis 1981 lorsque la grossesse résulte d'une défaillance des moyens de contraception, une excuse suffisamment permissive pour entraîner une augmentation du nombre d'avortements légaux au pays et réduire d'autant la mortalité reliée aux avortements clandestins.
Chose certaine, les divers pays du G8 ne semblaient pas obnubilés par cette question de la santé maternelle en général, et celle de l'avortement en particulier. Lorsque interrogés, par exemple, les représentants japonais n'ont pas pu dire s'ils accepteraient que l'argent servent à financer des avortements à l'étranger.
Notons enfin que le Canada prend des moyens pour s'assurer que ces promesses ne sont pas que des paroles en l'air en exigeant des pays donateurs un rapport annuel sur la réalisation de leurs engagements. Stephen Harper s'est montré particulièrement confiant que l'argent annoncé sera véritablement versé. Selon lui, à cause de la crise économique, «les leaders sont très, très prudents lorsqu'ils prennent des engagements. Ils ne prennent pas des engagements qu'ils n'ont pas l'intention de respecter ou auquel ils n'ont pas pensé».
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