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L'émergence d'un Iran nouveau

Payam Akhavan - Professeur de droit international à l'Université McGill, ex-procureur pour les Nations unies et cofondateur du Centre de documentation des droits de la personne de l'Iran  12 juin 2010  Actualités internationales
En Iran, ce 12 juin marque le premier anniversaire des élections contestées qui ont incité des millions de personnes à manifester, lançant un appel sans précédent à la démocratie et aux droits de la personne. Le régime d'Ahmadinejad, qui a brutalement étouffé ce «mouvement vert» non violent, soulignera l'occasion par le procès-spectacle de sept dirigeants de la minorité baha'ie persécutée, les accusant d'espionnage pour le compte d'Israël et de complot contre la République islamique. Il s'agit d'une autre tentative désespérée de présenter l'opposition très répandue à l'autoritarisme comme une conspiration étrangère.

Si les adeptes de la ligne dure ont survécu à ce jour, ils ne pourront contrecarrer indéfiniment les aspirations de liberté et de prospérité de la jeune population iranienne. Et pendant que le monde se concentre uniquement sur l'enjeu nucléaire, l'émergence irrésistible d'un Iran nouveau laisse présager une transformation d'une portée considérable au Moyen-Orient.

On doit envisager les récents événements dans le contexte plus large de la transition historique de l'Iran, qui est passé de la tradition à la modernité. Cela n'est pas sans rappeler l'expérience des nations européennes, sauf que la lutte de l'Iran pour la démocratie a dû s'effectuer dans un contexte de domination impériale.

Dès 1906, la Révolution constitutionnelle a réussi à établir un Parlement devant réduire l'absolutisme de la monarchie. Mais son succès fut bref en raison de l'interférence anglo-russe, combinée aux limites d'une population majoritairement analphabète. En 1951, l'élection du premier ministre Mohammad Mossadegh et ses efforts pour mettre fin à l'exploitation britannique en nationalisant la société pétrolière anglo-iranienne constituèrent un autre jalon. Mossadegh fut renversé lors d'un coup d'État commandé par la CIA en 1953. Au cours des années qui ont suivi, la dynastie proaméricaine Pahlavi a adopté une politique de modernisation rapide, laquelle a entraîné prospérité chez les uns et ressentiment chez les autres.

En 1979, une révolution populaire a renversé le shah en promettant un virage vers la démocratie. Au lieu de cela, les militants islamiques ont établi un État totalitaire, sous le leadership de l'ayatollah Khomeiny, en faisant régner terreur et violence. La guerre dévastatrice de 1980-1988 contre l'Irak — dans laquelle l'Ouest soutenait Saddam Hussein — a traumatisé le peuple iranien et contribué à la consolidation du pouvoir du régime islamique. En 1997, l'élection du président réformiste Mohammad Khatami témoignait d'un désir d'une société ouverte. Mais les adeptes de la ligne dure ont même réussi à saper ces modestes tentatives de réforme.

Victoire discutable

En juin 2009, des réformistes ont cru qu'ils pouvaient encore apporter des changements graduels, par l'intermédiaire de fausses élections auxquelles seuls des membres du régime ont été autorisés à se présenter. La victoire discutable d'Ahmadinejad s'est traduite par des protestations pacifiques massives que peu d'observateurs avaient prévues. Au lieu de l'image d'une théocratie autoritaire, une société civile vibrante formée de femmes, d'étudiants, de travailleurs, d'Iraniens religieux et laïques représentait le Nouvel Iran.

Malgré la violente répression à l'égard des manifestations, des millions d'Iraniens se sont éveillés à leur propre pouvoir, dans une lutte historique pour la démocratie. Par opposition au simple «changement de régime», ce profond virage des consciences du mouvement populaire constitue une expression de changement révolutionnaire d'une portée considérable. Malgré les défis qui s'annoncent, on ne peut envisager un retour au passé totalitaire.

Paradoxe

Dans l'Iran d'aujourd'hui, le paradoxe est que, juste sous la surface autoritaire de la République islamique, se trouve la démocratie la plus prometteuse du Moyen-Orient. Et sa promesse n'est en aucune façon confinée au peuple iranien. Avec une population principalement jeune et très scolarisée de 70 millions de personnes, une nouvelle génération cyberfutée et postidéologique engagée envers les changements non violents, des ressources énergétiques abondantes et une situation géopolitique cruciale, un Iran démocratique pourrait devenir une nation puissante apte à transformer fondamentalement la dynamique de toute la région.

Imaginez un Iran pragmatique et libéral jouant le rôle d'épicentre d'un Moyen-Orient intégré, un marché commun s'étirant de Beyrouth à Bagdad, de Damas à Dubaï, de Tel-Aviv à Téhéran, l'interdépendance agissant comme puissant antidote aux divisions arabo-israéliennes ou sunnites et chiites. Bien que les défis immédiats soient énormes et préoccupants, la lutte héroïque pour la démocratie en Iran devrait inspirer la vision d'un avenir différent et meilleur. Après tout, qui aurait pu, dans les années 1930, imaginer l'Union européenne?

Au milieu de l'obscurité qui entoure le Moyen-Orient, on ne doit pas oublier qu'au-delà de l'Iran d'Ahmadinejad se trouve un potentiel radicalement différent, prêt à être développé. À la lumière de cela, les événements très importants du 12 juin 2009 pourraient passer à l'histoire, non seulement comme une élection contestée, mais comme l'aube d'une ère nouvelle.

***

Payam Akhavan - Professeur de droit international à l'Université McGill, ex-procureur pour les Nations unies et cofondateur du Centre de documentation des droits de la personne de l'Iran
 
 
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  • Gebe Tremblay
    Inscrit
    samedi 12 juin 2010 12h55
    shabbat goy
    Vendu

  • Noyan
    Inscrit
    samedi 12 juin 2010 13h07
    Sur la contestation des élections
    La contestation des élections est contestée par les autorités iraniennes et cela va dans le sens de nombreux observateurs étrangers impartiaux, dont des Américains, qui avaient prévu, sondages à l'appui, la victoire d'Ahmadinejad bien avant les élections. Vous parlez des protestations de millions de personnes, d'autres parlent de protestations de quelques centaines. La vérité est peut-être quelque part entre les deux. Il ne faudrait pas tomber dans le piège de noircir l'Iran trop fortement sans bien documenter ses sources. La démocratie existe peut-être déjà en Iran, perfectible comme ailleurs mais pas pire qu'ailleurs, qui sait ? Et ce qui est rassurant c'est que là comme ailleurs, les gens manifestent aussi dans la rue pour exprimer leur opinion.

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