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    Inde - Répit dans le métro

    Le métro de New Delhi triomphe des préjugés

    Elattuvalapil Sreedharan (au centre), fonctionnaire de carrière des cheminsa de fer indiens, maître d’œuvre de l’agrandissement du métro de New Delhi devenu gloire nationale en Inde.
    Photo : Agence France-Presse (photo) Prakash Singh Elattuvalapil Sreedharan (au centre), fonctionnaire de carrière des cheminsa de fer indiens, maître d’œuvre de l’agrandissement du métro de New Delhi devenu gloire nationale en Inde.
    Dans un pays dont le nom est synonyme pour beaucoup, y compris parmi les Indiens, de malpropreté, de pagaille et de retards bureaucratiques, le métro de Delhi, dont les travaux d'agrandissement à vitesse grand V mettent actuellement la capitale sens dessus dessous, fait figure d'exception. Delhi savoure son triomphe sur les préjugés.

    New Delhi — Il fait 45 degrés Celsius ces temps-ci à Delhi, la canicule est permanente. Pour ceux qui ont les moyens d'échapper à la chaleur et à la poussière de cette ville immensément étalée de 16 millions d'habitants, il y a les vacances à la montagne himalayenne, à Simla, à Darjeeling ou au Cachemire.

    Pour tous les autres, il est toujours possible de se réfugier au calme et à la fraîcheur de son étincelant métro: ses stations impeccablement propres, ses trains spacieux et climatisés, à l'épatante douceur de roulement, qu'on est allé jusqu'à doter de prises de courant pour recharger son téléphone cellulaire et son ordinateur portable.

    Les usagers font sagement la queue pour y embarquer — du moins là où veillent des agents de sécurité. Et il est interdit de cracher son bétel! Le métro de Delhi est l'antithèse de la mêlée de la rue indienne. Il n'y a guère de personnalités étrangères qui ne passent par la capitale sans aller y jeter un coup d'oeil, tant il défie les idées reçues...

    Le plein contrôle

    Son maître d'oeuvre: Elattuvalapil Sreedharan, un fonctionnaire de carrière des chemins de fer indiens qui a pris la tête en 1997 de la Delhi Metro Railway Corporation (DMRC) en exigeant qu'on lui donne le plein contrôle des budgets et des travaux.

    L'homme a une extraordinaire réputation de rigueur et d'incorruptibilité, ce qui le divinise dans une Inde qui croule sous les cas de corruption. Il s'est donné une mission: inculquer au sein de la société publique une nouvelle discipline du travail en même temps que simplifier sa structure administrative pour lui donner plus de souplesse.

    Dans une entrevue accordée à la revue India Today l'année dernière, il citait en exemple l'efficacité des campagnes militaires israéliennes. À son entourage, il a fait distribuer des exemplaires de la Bhagavad Gîta, l'un des grands récits épiques de l'hindouisme où le dieu Krishna convainc le roi Arjuna, un homme brave mais démoralisé, d'aller à la guerre même si tout joue contre lui.

    Des jaloux

    Si bien que Delhi ne fait pas seulement des jaloux à Mumbai, sa grande rivale, où les travaux de construction de son métro sont loin de baigner dans l'huile, mais elle serait en train de se doter de l'un des meilleurs systèmes au monde, disent des experts dithyrambiques. Les travaux consistaient à ajouter 125 kilomètres de rail — souterrains et surélevés — aux 65 qui avaient été construits lors de la première phase de construction du métro, en 2002. Ils seront complétés dans le respect du budget de quelque 6 milliards de dollars — et juste à temps pour le happening des Jeux du Commonwealth (JC), en octobre prochain, pour lesquels la ville cherche obsessivement à se présenter sous son meilleur jour, y compris en chassant des milliers de mendiants.

    Une grande partie du nouveau réseau fonctionne déjà, et ce, sans essuyer de pertes, ce qui est exceptionnel, d'autant que ses tarifs — qui varient entre 20 et 70 cents le ticket — sont parmi les plus bas au monde. Une voie élevée reliera en moins de 20 minutes le centre-ville à l'aéroport international flambant neuf sur près de 23 kilomètres à une vitesse de pointe de 135 km/h. Ouf! Pas sûr que la ville y serait arrivée, dit-on ici, sans le coup de pied au derrière que représentait l'échéance des JC.

    Une réussite sur toute la ligne?

    M. Sreedharan a 77 ans. Il a récemment été hospitalisé pour des problèmes cardiaques. Il prend sa retraite à l'automne. On lui cherche un successeur pour poursuivre son oeuvre, puisque le réseau doit encore être allongé de plus de 200 kilomètres d'ici 2021.

    Non pas qu'il ait été à l'abri de toute controverse. Les travaux accusaient un inquiétant retard de deux mois au milieu de 2009. Il a été rattrapé. Ensuite, deux graves accidents de travail ont mis à mal la crédibilité de la DMRC, dont l'un a coûté la vie à sept travailleurs en juillet dernier. M. Sreedharan s'est senti moralement responsable et a remis sa démission. On l'a convaincu de rester.

    Enfin, l'extension s'inscrit dans un incroyable effort de rénovation générale qui a transformé la ville en gigantesque chantier. Les critiques dénoncent le fait qu'à faire vite, très vite, en prévision des JC, on a escamoté toute une série de problèmes environnementaux et résidentiels. Ils trouvent que le plan de transport en commun aurait pu bien mieux intégrer le nouveau métro, si sensationnel soit-il, au vaste réseau de transport par autobus. Autant de problèmes qui persisteront, préviennent-ils, quand les Jeux seront terminés et que la poussière sera retombée.

    Un «delhicide»

    «C'est un delhicide», écrit dans la revue Outlook Salman Haidar, ex-ambassadeur indien au Royaume-Uni. «Le métro, notre joie et notre fierté, ajoute aux dommages. On lui a permis de faire surface là où il aurait dû rester souterrain. Il va aggraver la pollution par le bruit et ruiner la vie de certaines zones résidentielles. Personne ne pose de questions, le métro impose sa loi.»

    Reste que, pour le moment, les citoyens de Delhi sont plutôt sous le charme. La capitale est déjà un bric-à-brac de quartiers sans grande cohésion. L'historien et écrivain Mukul Kesavan voit dans le métro l'occasion pour les Delhiites de développer une plus grande «connectivité urbaine». Environ 900 000 usagers par jour le prenaient en 2009, contre 500 000 en 2005, et la fréquentation est en croissance. Près du cinquième d'entre eux, selon une étude municipale, sont des automobilistes qui ont renoncé à utiliser leur voiture pour aller au travail.

    Phénomène passager? Delhi sens dessus dessous est lancée en parallèle dans de grands travaux de réfection routière qui gênent considérablement la circulation automobile. Pendant que l'on construit un métro, il se trouve qu'en même temps, la circulation automobile dans la capitale, boom économique aidant, croît de mille voitures par jour...
    Elattuvalapil Sreedharan (au centre), fonctionnaire de carrière des cheminsa de fer indiens, maître d’œuvre de l’agrandissement du métro de New Delhi devenu gloire nationale en Inde. Trajet inugural, en janvier dernier, d’une rame du métro de New Delhi, dont les voitures ont été fabriquées par Bombardier.
     
     
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