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Stephen Harper est-il vraiment l'ami d'Israël?

Christian Nadeau - Département de philosophie de l'Université de Montréal  3 juin 2010  Actualités internationales
Un soldat israélien gardant à vue les navires humanitaires attaqués lundi.
Photo : Agence Reuters Uriel Sinai
Un soldat israélien gardant à vue les navires humanitaires attaqués lundi.
L'assaut de Tsahal contre la flottille humanitaire qui se dirigeait vers la bande de Gaza lundi 31 mai a provoqué l'indignation partout dans le monde. Partout? Non, car un gouvernement résiste encore et toujours à l'opinion commune ou au simple bon sens. Armés d'une potion magique dont le principal ingrédient est l'indifférence des citoyens, Stephen Harper et son gouvernement se permettaient, encore une fois au nom de tous les Canadiens, d'exprimer de timides regrets pour les pertes de vies humaines entraînées par l'assaut de l'armée israélienne. Mais aucune condamnation, aucune demande d'enquête ne se fit entendre alors même que Benjamin Nétanyahou était devant lui au moment des événements.

Dans un article paru le mardi 1er juin dans le journal Haaretz, le chroniqueur Gideon Levy qualifiait l'événement de «mini-opération Plomb durci». Selon lui, l'assaut de Tsahal contre la flottille humanitaire a été justifié par le même genre de discours proclamé par les autorités israéliennes au moment de la dernière guerre contre Gaza. En résumé, si le gouvernement d'Israël regrette le nombre de victimes, la partie à blâmer est en face. Nous avons en effet pu entendre les mêmes justifications.

Tout d'abord, Israël n'aurait pas agi en premier, mais en réaction à un acte illégal. Le porte-parole du premier ministre Benjamin Nétanyahou, Mark Regev, a affirmé à l'AFP que les militants de la flottille, y compris les militants du navire Mavi Marmara, arraisonné lundi à l'aube, «ont déclenché les violences». Nous avons pu entendre le même message du côté du ministre de la Défense, Éhoud Barak. Reste à voir ce qui est légal ou non dans les circonstances. Le blocus de Gaza, condamné partout dans le monde et même en Israël? Le contrôle des eaux territoriales de la bande de Gaza? Selon les accords de paix d'Oslo de 1993, Israël s'est imposé comme le gardien des côtes de Gaza sur une distance de 20 milles (32 km). Mais en dehors de la légitimité même d'un tel accord, faut-il rappeler que l'assaut eut lieu en dehors des eaux territoriales?

Bavure?

Ensuite, les manifestations de violence des passagers de la flottille auraient justifié l'assaut, puisqu'elles prouvent les intentions belliqueuses des prétendus militants humanitaires. Mais dans ce cas, comment expliquer qu'il n'y ait aucune victime du côté de Tsahal? Et surtout, n'est-ce pas le rôle même de l'armée, dans une opération de ce genre, d'agir avec toutes les précautions possibles? Il y aurait eu environ une dizaine de morts du côté des militants. On ne parle pas ici de blessures légères, mais de mort d'homme. Peut-on encore parler de bavure ou de dommages collatéraux?

Comme l'écrit Gideon Levy, personne ne s'est posé en haut lieu la question de savoir pourquoi une telle chose. En quoi cette opération était-elle nécessaire? Elle ne servait certainement pas à rétablir l'image d'Israël à l'étranger. Faut-il alors y voir précisément la volonté du gouvernement Nétanyahou: montrer, envers et contre tous, la croyance en l'adage selon lequel la raison du plus fort est toujours la meilleure? Mais un tel credo mène à l'autodestruction d'Israël, ou en tout cas, conduit à un État dont ne voudront plus bientôt les Israéliens eux-mêmes. En quatre ans, le blocus de Gaza n'a absolument rien apporté de positif à Israël. En revanche, ce blocus ne peut laisser qu'un goût amer dans la bouche de tous ceux qui persistent à croire en la possibilité d'un État israélien légitime.

Le Canada, un allié


Dans ce cas, pourquoi Harper s'entête-t-il à appuyer les pires politiques israéliennes? Cet appui, disons le tout net, est moins fondé sur des motivations stratégiques que sur des principes partagés entre notre gouvernement et la coalition au pouvoir en ce moment en Israël. Certes, Stephen Harper est connu pour ses nombreux appuis aux politiques les plus critiquables de l'État hébreu quant au droit international, par exemple au moment des conflits récents au Liban et à Gaza.

Rappelons également la crise au sein de Droits et Démocratie, à la suite du refus par notre gouvernement de venir en aide à des organismes soupçonnés de trop d'affinités avec les mouvances propalestiniennes. Les membres du Congrès juif canadien ont honoré Harper en mai dernier pour son engagement dans la cause d'Israël. De son côté, l'organisation B'nai Brith vient de lancer une campagne pour féliciter notre gouvernement pour son appui indéfectible à Israël. Tout pousse à voir dans le Canada l'un des principaux alliés de la cause sioniste. Est-ce bien le cas? Voilà qui demande une plus ample réflexion.

Les conservateurs ne sont peut-être pas aussi pro-sionistes qu'on pourrait le croire et ils ne le seraient probablement pas du tout si les colombes et non les faucons dominaient la Knesset. On le sait, depuis l'élection de Harper, le Canada vit, à sa mesure, dans un univers proche à plusieurs égards de celui des États-Unis sous George Bush. Ce qui compte, pour notre gouvernement comme pour celui de Benjamin Nétanyahou, est la raison du plus fort. Or, à défaut d'être vraiment fort, le mieux pour le Canada, du moins dans la logique du gouvernement actuel, est de le laisser croire.

Choisir ses amis

En hurlant avec les loups, nous espérons régler nos comptes avec tous les agneaux qui oseraient se désaltérer sans notre permission. Nous ne nous imposons pas par survie, mais par principe, par volonté d'affirmer un changement d'identité: nous ne sommes plus des agents de la paix, mais des acteurs crédibles des rapports de force entre les puissances internationales. Cette manifestation de force a ses petits effets à l'extérieur, par exemple avec Israël, et à l'intérieur, comme en témoignent l'augmentation du budget de l'armée canadienne ou encore les sommes hallucinantes consacrées à la sécurité lors du prochain sommet du G8 et du G20.

En appuyant de manière inconditionnelle les actions de Tsahal et les décisions de Benjamin Nétanyahou, Stephen Harper montre qu'il n'est pas un ami d'Israël. On ne saurait logiquement se prétendre tel en appuyant les autorités israéliennes, lesquelles bloquent toutes possibilités d'un accord équitable entre elles et le peuple palestinien. On se saurait se montrer pro-Israélien en encourageant tout ce qui conduit à la poursuite des violences, au maintien du blocus de Gaza et à l'occupation des territoires palestiniens. On ne saurait appuyer l'État d'Israël en nettoyant le revolver avec lequel il joue à la roulette russe depuis trop longtemps. Stephen Harper ne se soucie manifestement guère d'Israël. Ce qui compte pour lui est de jouer les durs, et ce, peu importe le prix à payer. Avec de tels amis, le peuple israélien a beaucoup plus à perdre qu'à gagner.

***

Christian Nadeau - Département de philosophie de l'Université de Montréal
Un soldat israélien gardant à vue les navires humanitaires attaqués lundi. À la suite de l’assaut de Tsahal contre une flotille humanitaire, aucune condamnation, aucune demande d’enquête n’a été faite par Stephen Harper alors même que Benjamin Nétanyahou était devant lui au moment des événements.
 
 
 
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  • Michel Habib
    Inscrit
    jeudi 3 juin 2010 09h44
    Courage de M. Harper!
    M. Nadeau,
    Votre article est vraiment biaisé, car vous ne tenez aucunement compte de la position Israelienne. Je concède qu'ils auraient pû employer une autre stratégie pour détourner ces navires de leur objectif, surtout que les navires étaient en zone internationnale.
    Mais vous et moi, regardons cet événement étant assis confortablement dans nos salons et bureau. Savez-vous ce que c'est d'avoir un voisin qui menace constamment de vous tirer dessus, à tirer sur vos enfants, vos parents?? Vous feriez tout en votre pouvoir pour vous protéger, même en resistant à ceux qui veulent aider votre voisin. Ces situations, il est vrai, ouvrent la porte à des abus des deux côtés.

    Je me demande pourquoi vous ne critiquez pas ces militants franchement provocateurs, qui défient volontairement Israel, et dont les buts sont bien plus politiques qu'humanitaires! Il leur a été offert de déposer au port Israelien tous les produits «humanitaires», qui seraient ensuite acheminés à Gaza par les Israeliens...mais non, ils provoquent la querelle dans l'espoir de faire mal parraître Israel. J'ai vu hier soir des vidéos montrant clairement les militants entrain de battre violemment les soldats descendants un à un de l'hélicoptère, avec des bars de fer et autres objets.
    La perte maheureuses des vies humaines doit être également attribuée aux militants eux-mêmes. Israel doit se défendre et se faire respecté, pas selon notre vision occidentale des choses, mais selon leur contexte.
    J'ose dire bravo à notre premier ministre qui a le courage de ne pas hurler avec les loups, sans discernement.

    Michel Habib.

  • Marie-Claude Huot
    Abonné
    jeudi 3 juin 2010 11h04
    effectivement...
    Effectivement, si Harper était vraiment l'ami du PEUPLE israélien, il essaierait de contribuer au processus de paix, plutôt que d'appuyer tous les gestes et décisions du gouvernement israélien, sans égard aux conséquences. Comme plusieurs, je rêve de la paix au Moyen-Orient... mais je ne crois pas malheureusement que je verrai ça de mon vivant.

  • Jean-Guy Poupart
    Abonné
    jeudi 3 juin 2010 12h01
    Harper sioniste!
    J'ai beaucoup apprécié votre analyse M. Nadeau.
    Depuis une dizaine d'année, j'ai lu différents livres sur la situation au moyen orient. Spécialement sur la création d'Israel.
    1-Israel est devenu un état après avoir utilisé le terrorisme pour chasser les britanniques. (lire Ô Jérusalem de Lapierre et Collins).

    2-Depuis 1948, Israel a joui de l'aide internationale (surtout US) pour se maintenir à flot.
    Israel a opprimé les palestiniens et le fait encore en occupant des terres palestiniennes., en faisant de Gaza un ghetto, ni plus ni moins que ça.
    Moins pire que Varsovie, mais ghetto quand même.

    3-Je considère les palestiniens comme des résistants face à l'occupant Israélien. Tsahal pour moi a des comportements de SS.

    4-Que le Canada supporte Israel après que ce dernier ignore des résolutions de l'ONU (disponibles sur Wikipédia). Ça m'échappe!

    Le Canada devrait demander à Israel :
    1-de mettre en place les résolutions de l'ONU, longtemps ignorées.
    2-de se retirer des territoires occupés immédiatement!
    3-d'avoir une inspection régulière par des membres de l'ONU de GAZA et du traitement de l'aide humanitaire acheminée vers Gaza
    Merci!

  • Marc André Bélanger
    Inscrit
    jeudi 3 juin 2010 12h47
    @ M. Habib
    "Savez-vous ce que c'est d'avoir un voisin qui menace constamment de vous tirer dessus, à tirer sur vos enfants, vos parents? Savez-vous ce que c'est d'avoir un voisin qui menace constamment de vous tirer dessus, à tirer sur vos enfants, vos parents?" Vous voulez dire, ce que c'est d'habiter Gaza et d'avoir l'armée Israélienne qui vous menace constamment?
    "ces militants franchement provocateurs, qui défient volontairement Israel" et donc mérite la mort?
    "les produits «humanitaires», qui seraient ensuite acheminés à Gaza par les Israeliens..." Bonne idée de laisser le geôlier distribuer les vivres à sa guise.
    "Israel doit se défendre et se faire respecté, pas selon notre vision occidentale des choses, mais selon leur contexte." C'est-à-dire en faisant fi du droit international et des droits de l'homme? Comme, par exemple, lorsqu’ils ont volontairement bombardé des heures durant un poste d’observation de l’ONU?

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 3 juin 2010 19h47
    Changement d'identité: étrangers à ce pays
    "...nous ne sommes plus des agents de la paix, mais des acteurs crédibles des rapports de force entre les puissances internationales", fait dire M.Nadeau à ce Canada. Voilà donc ce que S.Harper voudrait laisser croire au reste du monde. Mais qui ça le Canada, les quelques 30% de la population qui ont voté pour lui, qui lui permettent d'usurper le pouvoir? Les 70% autres deviennent étrangers à ce pays, à ce que devient ce pays, captifs d'un gouvernement qui ne les représentent pas. Juste la photo de ces deux ravisseurs de leur population respective est désolante, vulgaire: les deux personnages se serrent la main fermement, se regardant dans les yeux, semblant se dire, lèvres serrées: nous sommes d'accord et nous entendons bien pour en dire le moins possible. Harper ne sert pas sa population, il fait de sa population des figurants dans son ascension vers des ambitions qui ne regardent que lui. Il gouverne au-dessus de nos têtes. Il fait peur.

  • Robert Duchesne
    Inscrit
    lundi 7 juin 2010 00h19
    Notre pleutre national ti-clin Harper
    Arraisonnement violent en eaux internationales d'un convoi pacifiste d'aide humanitaire, neuf morts. Que fait notre ti-clin? En bon lécheur de bottes qu'il est, c'est tout juste s'il n'a pas félicité Netanyahu pour ses conneries indéfendables sauf par des pro-sionistes. Faut-il s'en surprendre? Lors de ce raid en mer, trois Canadiens arrêtés en eaux internationales par Israël. Que fait notre ti-clin, proteste-t-il, s'inquiète-t-il de leur sort? Il ne fait rien, comme d'habitude. Faut-il s'attendre à autre chose de ce trouillard? Rappelons-nous la dernière guerre au Liban. Alors que tous les États concernés rapatriaient déjà leurs citoyens, ti-clin tergiversait encore sur la pertinence de rapatrier les citoyens canadiens coincés au Liban. Sous la pression, il a fini par sauver la face (l'a-t-il vraiment sauvée) en faisant escale à Chypre pour prendre à son bord une poignée de citoyens fuyant le Liban.

    Un enfant-soldat de nationalité canadienne, victime de son propre père, d'Al Quaïda, du régime américain et du gouvernement canadien, pourrit à Guantanamo depuis des années. Les plus grandes instances nationales et internationales en matière de droits de l'homme et particulièrement ceux de l'enfant, des juristes et des organismes à la réputation sans faille et à l'expertise reconnue, clament que ce Canadien est victime de multiples façons (dont la torture) du non respect de ses droits. Que fait notre ti-clin? Après avoir épuisé tous les prétextes, y compris disant que les Américains souhaitent régler ce cas eux-mêmes (hahaha), en passant par une redéfinition personnelle de ce qu'est un enfant-soldat, à l'encontre de la définition claire figurant dans l'entente internationale sur les enfants-soldats, entente à laquelle le Canada a adhéré, après nous avoir fait honte une fois de plus sur la scène internationale et dans notre dignité de citoyen canadien à ne pas secourir un concitoyen en péril, il persiste à dépasser le million et demi de dollars publics déjà dépensés pour éviter de rapatrier Omar Khadr! Il n'a donc tiré aucune leçon de l'affaire Maher Arar.

    D'autres exemples de sa pleutrerie irrécupérable?À Copenhague, on a vu un de ses sous-fifres tapoter l'épaule de S. Guilbeault d'Équi-Terre, disant à celui-ci qu'il devrait aider à trouver des solutions plutôt que de critiquer le gouvernement canadien, alors que tout le monde sait bien que le Canada, celui d Harper et de ses sous-fifres, pas le mien, que le Canada dis-je étais probablement le seul participant à avoir annoncé à l'avance que rien de ce qui allait être dit ou proposé à Copenhague ne le ferait changer sa position. Comme recherche de solution, on repassera. C'est encore une fois où ti-clin nous a fait honte.

    Qu'a fait ti-clin lorsqu'un Canadien condamné à mort aux USA demandait l'aide du canada pour obtenir sa grâce? Un de ses sous-fifres déclara que la grâce ça se mérite. Rien de moins. Et bien sûr, c'est ti-clin et son équipe qui évaluent le mérite, pas la position officielle du Canada sur la peine de mort ni son obligation de porter secours à ses citoyens en péril à l'étranger.

    Chalk Lake River. Une responsable prend la décision de fermer la centrale nucléaire pour quelques mois afin d'y faire des travaux de réfection que l'on remettait depuis longtemps aux calendes grecques. Que fait ti-clin? Il la fait congédier, rouvre la centrale, doit fermer la centrale dix-huit mois plus tard pour une période de quelques années. et là, il nous dit qu'il met sur pieds un comité pour chercher une solution. 18 mois qu'il avait eus pour le faire, mais non, il nous annonce ça comme si rien n'était.

    Faut-il se surprendre qu'aujourd'hui ti-clin Harper ne condamne pas le raid israélien en eaux internationales et l'emprisonnement injustifié de trois citoyens canadiens pacifiques? J'ai honte d'être canadien, et j'en aurai honte tant qu'un tel pleutre irresponsable et ignare (doit-on se rappeler qu'il avait nommé Ministre de la science un certain créationniste et comme Ministre de l'environnement un type qui avait comme mandat albertain de tout faire pour contrer l'entente de Kyoto?), et j'aurai honte de mon pays tant qu'un tel idiot paraîtra en public pour déclarer qu'il me représente.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    dimanche 4 juillet 2010 09h17
    Israël se défend ?
    Le PM israélien a dit qu'Israël s'est défendu contre les participants de la flottille de la paix. Quel culot ! C'est Israël qui a attaqué. En plus, si ces navires qui ont été amenés dans un port israélien avaient contenus des armes et des mutitions, Israël l'aurait fait savoir.

    Je crains que l'attitude pro-sioniste de l'Occident ne déclenche un conflit mondial, à moins que les É.U. ne réussissent à calmer Israël.

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