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Menacé d'expulsion - Charkaoui nie l'implication d'al-Qaïda dans les attentats du 11 septembre

Oussama ben Laden et le réseau al-Qaïda ne disposaient pas des moyens nécessaires pour commettre les attentats du 11 septembre 2001, selon Adil Charkaoui, qui a évoqué la possibilité d'un complot des haut gradés militaires américains, des milices d'extrême droite et même des juifs dans ses entrevues de sécurité avec le SCRS.

Les résumés de ces entretiens, rendus publics hier, lèvent en partie le voile sur la personnalité de M. Charkaoui, résidant permanent du Canada. Propriétaire d'une pizzeria à Montréal-Nord et étudiant à la maîtrise à l'Université de Montréal, M. Charkaoui a déjà passé cinq mois au Pakistan en 1998 pour y étudier le Coran. Il a surtout séjourné à Karachi, dans les madrassas (écoles coraniques), ces institutions qui ont enfanté le régime taliban.

M. Charkaoui s'est également rendu au Maroc, son pays natal, pour une période de deux mois à partir de décembre 2000. Des agents de la GRC ont fouillé ses effets personnels avant son départ, un geste répété par les autorités marocaines lors de son arrivée à Casablanca. Les douanes marocaines n'ont rien trouvé, si ce ne sont deux démarreurs à distance.

Lors de son voyage de retour, il a transité par New York, où des agents du FBI l'attendaient à l'atterrissage. La police fédérale lui a dit qu'il serait intercepté et fouillé à chacune de ses entrées en sol américain puisque son nom figure sur une liste de terroristes internationaux recherchés pour leurs activités de soutien à la cause.

Lors de ses entrevues avec le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), M. Charkaoui a reconnu qu'il connaissait plusieurs personnes soupçonnées d'appartenir à al-Qaïda. Il a par contre nié l'allégation selon laquelle il avait livré le djihad (guerre sainte) en Afghanistan sous le nom de combattant de Zubeir al-Maghrebi.

Ottawa veut expulser M. Charkaoui au Maroc en raison de la menace qu'il représente pour la sécurité nationale du pays. Selon le SCRS, il s'agit d'un «agent dormant» d'al-Qaïda «pouvant être activé en tout temps». Le solliciteur général, Wayne Easter, et le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Denis Coderre, ont émis un certificat de sécurité contre M. Charkaoui, une procédure qui permet d'expulser un ressortissant étranger simplement si les ministres ont «des motifs raisonnables de croire qu'il constitue un danger pour la sécurité nationale».

M. Charkaoui et ses avocats n'auront donc pas accès à une bonne partie des preuves colligées par le SCRS, sous prétexte que leur divulgation porterait atteinte à la sécurité du pays. Même la nouvelle loi antiterroriste offre plus de chances qu'un accusé obtienne un procès juste et équitable.

M. Charkaoui se dit victime de harcèlement de la part des policiers, qui ont tenté de le recruter comme informateur à maintes reprises parce qu'il connaît plusieurs membres de la communauté nord-africaine de Montréal.

Une douzaine de membres de la communauté musulmane de Montréal ont subi des pressions similaires de la part du SCRS, a déclaré hier Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal. M. Elmenyawi envisage même un recours collectif contre le gouvernement fédéral pour ces manoeuvres d'intimidation et de harcèlement répétées des agents du SCRS. «Les musulmans sont ciblés plus que jamais depuis les attentats du 11 septembre 2001, a-t-il dit. Le SCRS les menace d'expulsion s'ils refusent d'espionner d'autres musulmans.»

Détenu depuis le 21 mai, Adil Charkaoui subira son enquête sur remise en liberté les 2 et 3 juillet en Cour fédérale. L'un de ses avocats, Rocco Galati, a mis Ottawa au défi de révéler toute les preuves retenues contre son client, dénonçant au passage un recours obscurantiste et médiéval. «C'est une procédure qui vient de l'Inquisition catholique», a-t-il dit.

Le juge Simon Noël trouve la loi «assez spéciale». Il s'est montré fort préoccupé par la recherche «d'un semblant d'équilibre» entre le maintien de la sécurité nationale et le droit de M. Charkaoui à un procès public.
 
 
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