Libre opinion - Qui veut la peau d'Omar Khadr?
Omar Khadr est le seul ressortissant occidental toujours détenu à la prison de Guantánamo Bay, les autres ayant tous été rapatriés. Le gouvernement américain de Barack Obama, qui n'a pas fermé ladite prison comme il l'a pourtant promis, semble bien disposé à remettre Khadr aux autorités canadiennes, advenant une demande du gouvernement canadien.
Mais le premier ministre Stephen Harper s'y refuse, s'entêtant à répéter que les accusations sont graves. Soit. Khadr doit être amené devant les tribunaux. Plus que de l'indifférence, je crois que le gouvernement Harper démontre ainsi sa doctrine conservatrice: punir, peu importe l'âge des contrevenants ou les circonstances.
Minimalement, les conservateurs devraient faire preuve d'un souci de justice, car être accusé ne veut pas dire être coupable. Je m'étonne que certains Canadiens l'aient déjà condamné avant même la tenue de son procès. Il n'est d'ailleurs pas prouvé que Khadr soit celui qui a lancé la grenade, mais étant le seul survivant de ce combat, on l'a accusé. Il faut bien un survivant pour lui faire la peau!
Évidemment, les autorités américaines ne devraient pas le relâcher sans procès. Par contre, détenir quelqu'un et le maltraiter pendant des années pour forcer ses aveux est barbare! Rappelons qu'Omar Khadr croupit en prison depuis 2002, alors que les audiences préliminaires ont commencé seulement la semaine dernière. Huit ans de prison, avant même de déterminer sa culpabilité ou son innocence! Ce n'est pas digne de pays civilisés! La Cour suprême du Canada a d'ailleurs conclu que les droits de Khadr avaient été violés et a demandé réparation au gouvernement canadien.
À défaut d'être rapatrié, Khadr devrait être jugé par un tribunal civil américain. Je ne crois pas à l'impartialité des tribunaux militaires, pour juger de tel cas. Leur vision est trop dichotomique. Prenons le cas de l'officier canadien Robert Semrau, accusé du meurtre d'un insurgé afghan alors que celui-ci était blessé et non armé. Selon La Presse canadienne, un juge militaire a consenti à ce qu'il réintègre les Forces canadiennes jusqu'à la tenue de son procès.
J'ignore si Semrau est innocent ou coupable (il allègue avoir agi par compassion), mais je m'étonne qu'on le laisse ainsi vaquer à ses occupations régulières dans l'attente de son procès. Évidemment, Semrau a droit à la présomption d'innocence, à un traitement humain, à un procès dans des délais raisonnables, et à une défense équitable. Il doit en être ainsi de tout accusé. Je ne crois pas que les droits de la personne et les règles de justice doivent varier selon le «camp» de l'accusé.
En plus d'un tribunal civil, j'estime que le juge qui entendra la cause de Khadr doit tenir compte de l'âge de l'accusé au moment des faits reprochés, soit 15 ans. L'ONU reconnaît Omar Khadr comme un enfant-soldat et craint que son procès ne crée un dangereux précédent qui porterait préjudice contre d'éventuels mineurs accusés dans des contextes de guerre. La jeunesse ne rend pas automatiquement innocent, mais si Omar Khadr est reconnu coupable, hors de tout doute, d'avoir tué le soldat américain, le juge devrait tenir compte de cet élément dans son jugement.
***
Marie-Claude Huot - Halifax
Mais le premier ministre Stephen Harper s'y refuse, s'entêtant à répéter que les accusations sont graves. Soit. Khadr doit être amené devant les tribunaux. Plus que de l'indifférence, je crois que le gouvernement Harper démontre ainsi sa doctrine conservatrice: punir, peu importe l'âge des contrevenants ou les circonstances.
Minimalement, les conservateurs devraient faire preuve d'un souci de justice, car être accusé ne veut pas dire être coupable. Je m'étonne que certains Canadiens l'aient déjà condamné avant même la tenue de son procès. Il n'est d'ailleurs pas prouvé que Khadr soit celui qui a lancé la grenade, mais étant le seul survivant de ce combat, on l'a accusé. Il faut bien un survivant pour lui faire la peau!
Évidemment, les autorités américaines ne devraient pas le relâcher sans procès. Par contre, détenir quelqu'un et le maltraiter pendant des années pour forcer ses aveux est barbare! Rappelons qu'Omar Khadr croupit en prison depuis 2002, alors que les audiences préliminaires ont commencé seulement la semaine dernière. Huit ans de prison, avant même de déterminer sa culpabilité ou son innocence! Ce n'est pas digne de pays civilisés! La Cour suprême du Canada a d'ailleurs conclu que les droits de Khadr avaient été violés et a demandé réparation au gouvernement canadien.
À défaut d'être rapatrié, Khadr devrait être jugé par un tribunal civil américain. Je ne crois pas à l'impartialité des tribunaux militaires, pour juger de tel cas. Leur vision est trop dichotomique. Prenons le cas de l'officier canadien Robert Semrau, accusé du meurtre d'un insurgé afghan alors que celui-ci était blessé et non armé. Selon La Presse canadienne, un juge militaire a consenti à ce qu'il réintègre les Forces canadiennes jusqu'à la tenue de son procès.
J'ignore si Semrau est innocent ou coupable (il allègue avoir agi par compassion), mais je m'étonne qu'on le laisse ainsi vaquer à ses occupations régulières dans l'attente de son procès. Évidemment, Semrau a droit à la présomption d'innocence, à un traitement humain, à un procès dans des délais raisonnables, et à une défense équitable. Il doit en être ainsi de tout accusé. Je ne crois pas que les droits de la personne et les règles de justice doivent varier selon le «camp» de l'accusé.
En plus d'un tribunal civil, j'estime que le juge qui entendra la cause de Khadr doit tenir compte de l'âge de l'accusé au moment des faits reprochés, soit 15 ans. L'ONU reconnaît Omar Khadr comme un enfant-soldat et craint que son procès ne crée un dangereux précédent qui porterait préjudice contre d'éventuels mineurs accusés dans des contextes de guerre. La jeunesse ne rend pas automatiquement innocent, mais si Omar Khadr est reconnu coupable, hors de tout doute, d'avoir tué le soldat américain, le juge devrait tenir compte de cet élément dans son jugement.
***
Marie-Claude Huot - Halifax
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

