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Traité de non-prolifération nucléaire - Entre espoirs et incertitudes

Barthélémy Courmont - Professeur invité à l'UQAM et titulaire par intérim de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques  4 mai 2010  Actualités internationales
Rendez-vous quinquennal de la non-prolifération, la conférence d'examen du Traité de non-prolifération (TNP) s'est ouvert hier à New York dans un climat particulier. Les multiples initiatives de l'administration Obama au cours des 18 derniers mois et les espoirs d'un monde exempt d'armes nucléaires conjugués aux inquiétudes concernant les programmes iranien et nord-coréen en font une rencontre étonnante et inédite depuis la signature du TNP, en 1968.

Si les conférences précédentes ont été essentiellement consacrées aux efforts contre la prolifération, celle-ci propose en effet un double agenda, en reprenant les objectifs initiaux du traité en matière de désarmement.

Désarmement bilatéral

L'accord signé il y a quelques semaines à Prague entre Moscou et Washington, et qualifié à tort de START II, a marqué une nouvelle étape dans le désarmement bilatéral entre les deux principales puissances nucléaires, au point mort depuis quelques années. Cet accord, plus symbolique qu'autre chose, si l'on regarde le contenu, est un message envoyé aux États proliférants. L'Iran et la Corée du Nord en tête.

En «donnant l'exemple» en s'engageant sur la voie du désarmement, Washington et Moscou souhaitent responsabiliser ces États et faire preuve de plus de crédibilité sur le terrain de la lutte contre la prolifération. Le désarmement ne serait dès lors qu'un moyen de renforcer les dispositifs en matière de non-prolifération, qui reste la priorité en matière de contrôle des armements. Les États-Unis se montrent particulièrement actifs sur ce terrain, estimant que ce n'est qu'en concertation avec les autres puissances nucléaires que la lutte contre la prolifération sera plus effective.

D'une certaine manière, l'administration Obama ravive les accords nucléaires de la guerre froide, qui limitèrent en leur temps les risques de prolifération. Initiative louable, mais dont on peut s'interroger sur les effets, compte tenu de la difficulté à convaincre les proliférants. Autre initiative des États-Unis: la mobilisation contre les risques de terrorisme nucléaire, comme en a témoigné la récente conférence de Washington sur le sujet. La conférence d'examen du TNP a donc été préparée par les États-Unis comme jamais depuis la fin de la guerre froide.

Entre utopie et objectifs politiques

La résolution du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée en septembre dernier sur la dénucléarisation totale est une avancée importante puisqu'elle a reçu le soutien des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, qui sont par ailleurs les cinq puissances nucléaires reconnues par le TNP. Pour la première fois, il y a donc un accord unanime sur la nécessité d'aller vers une dénucléarisation totale.

Cette situation a été rendue possible par les appels en ce sens de la nouvelle administration américaine, notamment le discours de Barack Obama à Prague en avril 2009, la volonté de mettre de côté les divergences entre les grandes puissances, et la volonté de traiter des questions de prolifération nucléaire en favorisant des actions multilatérales.

Plus qu'une déclaration de principes, il s'agit d'un véritable engagement de la communauté internationale. Cela étant, de tels objectifs, qui ne datent pas d'hier puisqu'ils figurent dans le TNP, vieux de plus de 40 ans, ne seront pas atteints avant plusieurs années, et l'évolution de cet engagement dépendra également de l'évolution des équilibres de puissance internationaux. À ce titre, on peut mentionner les rivalités russo-américaines, qui connaissent des hauts et des bas que le récent accord de désarmement masque difficilement, le rôle de la Chine, qui est aujourd'hui la seule puissance nucléaire officielle qui continue de renforcer ses capacités, et le refus des puissances nucléaires «moyennes» qui, comme la France, ne souhaitent pas désarmer tant que Moscou et Washington n'auront pas fait des efforts allant nettement au-delà des promesses.

Il est donc difficile de savoir si, pour certains, cet engagement ne relève pas plus de la rhétorique que d'une action réelle. Quel but servirait donc cette déclaration? Là aussi, la lutte contre la prolifération et un message adressé aux candidats à l'arme suprême, sans aucun doute. Avec des résultats sans doute contrastés, tant les proliférants semblent peu réceptifs à ce qu'ils estiment être de fausses promesses.

Quelle priorité?

Finalement, cette conférence pose une question que les précédentes n'avaient pas le luxe de soulever: faut-il placer le désarmement avant la lutte contre la prolifération, ou l'inverse? La Corée du Nord et l'Iran, États montrés du doigt pour leurs activités proliférantes, sont bien évidemment au coeur de tous les débats, mais les méthodes proposées pour les convaincre d'abandonner leurs rêves nucléaires diffèrent.

Si les États-Unis estiment désormais, une fois n'est pas coutume, qu'il faut montrer l'exemple en désarmant et inciter ainsi les proliférants à cesser leurs activités, d'autres pensent au contraire qu'il est d'abord nécessaire de réduire tous les risques de prolifération avant de pouvoir envisager le désarmement. Un débat sans doute nécessaire, mais qui semble loin de trouver une réponse, et pendant ce temps, Pyongyang et Téhéran continuent leurs gesticulations.

***

Barthélémy Courmont - Professeur invité à l'UQAM et titulaire par intérim de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques
 
 
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