Initiative sur la santé maternelle - Le Canada ne peut faire fi de l'avortement, selon Clinton
Photo : Agence Reuters Chris Wattie
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, au côté de son homologue canadien, Lawrence Cannon, lors de la rencontre ministérielle du G8 qui s’est terminée hier à Gatineau.
Ottawa — S'il existait encore quelque ambiguïté sur ce que devrait inclure l'initiative canadienne de promotion de la santé maternelle dans les pays en développement, elles ont volé en éclat hier. La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a parlé avec émotion de l'importance d'inclure la planification familiale, la contraception et l'avortement dans toute stratégie d'amélioration de la santé des femmes et des enfants.
«Je ne vais pas commenter ce que le Canada décide, mais j'ai travaillé beaucoup dans ce domaine et vous ne pouvez pas avoir de santé maternelle sans santé reproductive. Et la santé reproductive comprend la contraception, la planification familiale et l'accès légal et sécuritaire à l'avortement», a déclaré Mme Clinton lors de la conférence de presse de clôture de la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du G8. La réunion de deux jours s'est terminée hier à Gatineau.
«Le taux extraordinaire de mortalité maternelle que l'on peut voir dans les pays où les femmes n'ont pas accès à la planification des naissances demeure une grande tragédie, a continué Mme Clinton. La promotion de la planification familiale et de la contraception est une façon de prévenir les avortements. Alors si l'avortement vous inquiète, les femmes doivent avoir accès à la planification familiale.»
La secrétaire d'État a paru avoir ce sujet vraiment à coeur, répondant pendant deux minutes et demie à la question posée. En outre, elle a soutenu que bien qu'il était «légitime» d'avoir des avis personnels sur ces questions en fonction de sa «conscience, sa religion ou autre», il ne revenait pas aux gouvernements de s'immiscer dans ces décisions personnelles très intimes. Elle en veut pour preuve la politique de l'enfant unique en Chine ayant conduit aux avortements forcés, ou encore la politique des cinq enfants en Roumanie communiste ayant entraîné l'abandon d'un grand nombre d'enfants.
«Cet enjeu m'interpelle beaucoup, ainsi que mon gouvernement, et c'est pourquoi nous faisons la promotion d'une initiative mondiale sur la santé des mères et des enfants, et faisons la promotion d'un accès accru à la contraception, autant pour les hommes que pour les femmes. Nous explorons aussi les moyens d'offrir le choix aux femmes afin d'éviter l'avortement ou, si on en vient à cela, d'offrir un appui pour cela [les avortements].»
Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, qui était assis à côté de Mme Clinton pendant la conférence de presse, n'a pas ajouté un mot. En tant qu'hôte des sommets du G8 et du G20 cette année, le premier ministre Stephen Harper a choisi de faire de la santé maternelle dans les pays pauvres une de ses priorités.
Au départ, les troupes conservatrices avaient indiqué qu'il ne s'agissait que d'offrir de l'eau potable, des suppléments alimentaires ou encore des médicaments aux femmes et aux enfants pour réduire leur taux de mortalité. Les groupes pro-vie les avaient félicités. Rapidement, les groupes oeuvrant à l'étranger ont fait valoir que, bien que bénéfiques, ces interventions devaient s'accompagner de tout l'éventail des mesures de planification familiale. Une femme condamnée à enfanter une fois l'an est une femme plus susceptible de mourir en bas âge et de laisser derrière elle de nombreux orphelins, disaient-ils.
Le gouvernement conservateur a alors entretenu le flou, répétant sans arrêt que le but de l'initiative était de «sauver des vies». Le ministre Cannon avait affirmé en comité parlementaire que «cela n'a rien à voir, d'aucune manière, avec la planification familiale, puisque le but est de sauver des vies».
Deux jours plus tard, le gouvernement changeait de cap. Stephen Harper déclarait que le Canada «ne ferme la porte à aucune option, y compris la contraception». Mais il ajoutait: «Nous ne voulons pas un débat, ici ou ailleurs, sur l'avortement.»
Les États-Unis, et Mme Clinton en particulier, ne sont pas étrangers à ce genre de débat. L'administration de George Bush père avait coupé les vivres à tout organisme d'aide internationale faisant aussi la promotion de la contraception ou de l'avortement. Quand Bill Clinton, le mari de la secrétaire d'État actuelle, est arrivé au pouvoir, il a annulé cette politique. Le manège a recommencé avec la succession de Bush fils et d'Obama.
Les partis d'opposition se félicitaient de ce commentaire de Mme Clinton hier. Le Parti libéral, qui a tenté en vain de faire adopter une motion à la Chambre des communes obligeant le gouvernement à considérer la contraception, jubilait.
«Dans le monde d'aujourd'hui, l'ordre du jour néo-conservateur du gouvernement ne suscitera pas de consensus, ni avec les Européens, ni avec les Américains», estime le député Bob Rae, qui croit que la crédibilité d'Ottawa a été entachée par tous ces revirements.
Sur un ton ironique, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a lancé: «Je ne sais pas si M. Harper l'a excommuniée.» Selon lui, «il faudrait que M. Harper s'éloigne de la droite religieuse et comprenne qu'il y a autre chose dans la vie que son créneau très étroit de référence idéologique». Le chef du NPD, Jack Layton, a seulement émis le souhait que Stephen Harper «reconsidère son approche».
Par ailleurs, la rencontre des ministres a donné lieu à une déclaration sur la non-prolifération nucléaire. Les ministres ont convenu «qu'il est temps que la communauté internationale prenne les mesures qui s'imposent pour exercer des pressions sur l'Iran». Tous les participants ont indiqué que le G8 n'était pas le forum approprié pour convenir de sanctions.
«Je ne vais pas commenter ce que le Canada décide, mais j'ai travaillé beaucoup dans ce domaine et vous ne pouvez pas avoir de santé maternelle sans santé reproductive. Et la santé reproductive comprend la contraception, la planification familiale et l'accès légal et sécuritaire à l'avortement», a déclaré Mme Clinton lors de la conférence de presse de clôture de la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du G8. La réunion de deux jours s'est terminée hier à Gatineau.
«Le taux extraordinaire de mortalité maternelle que l'on peut voir dans les pays où les femmes n'ont pas accès à la planification des naissances demeure une grande tragédie, a continué Mme Clinton. La promotion de la planification familiale et de la contraception est une façon de prévenir les avortements. Alors si l'avortement vous inquiète, les femmes doivent avoir accès à la planification familiale.»
La secrétaire d'État a paru avoir ce sujet vraiment à coeur, répondant pendant deux minutes et demie à la question posée. En outre, elle a soutenu que bien qu'il était «légitime» d'avoir des avis personnels sur ces questions en fonction de sa «conscience, sa religion ou autre», il ne revenait pas aux gouvernements de s'immiscer dans ces décisions personnelles très intimes. Elle en veut pour preuve la politique de l'enfant unique en Chine ayant conduit aux avortements forcés, ou encore la politique des cinq enfants en Roumanie communiste ayant entraîné l'abandon d'un grand nombre d'enfants.
«Cet enjeu m'interpelle beaucoup, ainsi que mon gouvernement, et c'est pourquoi nous faisons la promotion d'une initiative mondiale sur la santé des mères et des enfants, et faisons la promotion d'un accès accru à la contraception, autant pour les hommes que pour les femmes. Nous explorons aussi les moyens d'offrir le choix aux femmes afin d'éviter l'avortement ou, si on en vient à cela, d'offrir un appui pour cela [les avortements].»
Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, qui était assis à côté de Mme Clinton pendant la conférence de presse, n'a pas ajouté un mot. En tant qu'hôte des sommets du G8 et du G20 cette année, le premier ministre Stephen Harper a choisi de faire de la santé maternelle dans les pays pauvres une de ses priorités.
Au départ, les troupes conservatrices avaient indiqué qu'il ne s'agissait que d'offrir de l'eau potable, des suppléments alimentaires ou encore des médicaments aux femmes et aux enfants pour réduire leur taux de mortalité. Les groupes pro-vie les avaient félicités. Rapidement, les groupes oeuvrant à l'étranger ont fait valoir que, bien que bénéfiques, ces interventions devaient s'accompagner de tout l'éventail des mesures de planification familiale. Une femme condamnée à enfanter une fois l'an est une femme plus susceptible de mourir en bas âge et de laisser derrière elle de nombreux orphelins, disaient-ils.
Le gouvernement conservateur a alors entretenu le flou, répétant sans arrêt que le but de l'initiative était de «sauver des vies». Le ministre Cannon avait affirmé en comité parlementaire que «cela n'a rien à voir, d'aucune manière, avec la planification familiale, puisque le but est de sauver des vies».
Deux jours plus tard, le gouvernement changeait de cap. Stephen Harper déclarait que le Canada «ne ferme la porte à aucune option, y compris la contraception». Mais il ajoutait: «Nous ne voulons pas un débat, ici ou ailleurs, sur l'avortement.»
Les États-Unis, et Mme Clinton en particulier, ne sont pas étrangers à ce genre de débat. L'administration de George Bush père avait coupé les vivres à tout organisme d'aide internationale faisant aussi la promotion de la contraception ou de l'avortement. Quand Bill Clinton, le mari de la secrétaire d'État actuelle, est arrivé au pouvoir, il a annulé cette politique. Le manège a recommencé avec la succession de Bush fils et d'Obama.
Les partis d'opposition se félicitaient de ce commentaire de Mme Clinton hier. Le Parti libéral, qui a tenté en vain de faire adopter une motion à la Chambre des communes obligeant le gouvernement à considérer la contraception, jubilait.
«Dans le monde d'aujourd'hui, l'ordre du jour néo-conservateur du gouvernement ne suscitera pas de consensus, ni avec les Européens, ni avec les Américains», estime le député Bob Rae, qui croit que la crédibilité d'Ottawa a été entachée par tous ces revirements.
Sur un ton ironique, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a lancé: «Je ne sais pas si M. Harper l'a excommuniée.» Selon lui, «il faudrait que M. Harper s'éloigne de la droite religieuse et comprenne qu'il y a autre chose dans la vie que son créneau très étroit de référence idéologique». Le chef du NPD, Jack Layton, a seulement émis le souhait que Stephen Harper «reconsidère son approche».
Par ailleurs, la rencontre des ministres a donné lieu à une déclaration sur la non-prolifération nucléaire. Les ministres ont convenu «qu'il est temps que la communauté internationale prenne les mesures qui s'imposent pour exercer des pressions sur l'Iran». Tous les participants ont indiqué que le G8 n'était pas le forum approprié pour convenir de sanctions.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

