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Haïti dévasté - Le deuxième drame se prépare

La courte pluie d'hier laisse présager une saison humide ardue

Haïti
Photo : Agence Reuters
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Ce que tous craignaient a commencé hier: une averse s'est abattue sur Haïti avant l'aube. Il n'a plu qu'une demi-heure, mais les milliers de personnes trempées malgré leurs abris improvisés laissent présager une saison humide difficile.

Un mois jour pour jour après le séisme qui a frappé la Perle des Antilles, il manque toujours des tentes pour abriter des milliers de personnes devenues sans-abri à la suite du séisme. Le «pire est devant nous à Haïti», estime le président de la Croix-Rouge française, Jean-François Mattei, qui croit qu'un «deuxième drame se prépare», celui de la saison des pluies.

Marie-Saint-Fleur Norvely a en effet vécu l'averse comme un drame. Quand le toit de tissu de son abri de fortune a laissé passer l'eau, son petit-fils s'est mis à pleurer. «Il était frigorifié», explique la femme, qui s'est protégée des gouttes d'eau avec une feuille de métal. Heureusement, son voisin a une «vraie» tente, l'une de celles fournies par l'aide internationale. «Les enfants sont allés dans la tente et une voisine m'a prêté cette tôle pour me protéger.»

Le camp de réfugiés où elle vit avec ses six enfants s'est métamorphosé en 30 minutes. L'intérieur de ce camp installé au Champ de Mars, l'esplanade au coeur de Port-au-Prince, était hier une marre de boue. Les gens suspendaient ou surélevaient leurs biens pour éviter qu'ils ne gisent dans le liquide marron qui recouvrait le sol.

Au petit matin déjà, des Haïtiens étaient sortis pour faire entendre leurs demandes. «Ce matin, j'étais mobilisé, je suis allé à la manifestation, à six heures du matin, on y a tous été pour demander qu'on nous aide à trouver une tente», explique Démosthène Wisler, dont les vêtements qu'il portait pendant la nuit pendouillent, trempés, en arrière-plan.

Le responsable de l'unité de soins mobiles de l'association américaine Helping Hands, Richard Kowalske, a reçu en matinée beaucoup d'enfants qui ont pris froid et contracté le rhume. «Avec la pluie, ça va devenir de plus en plus difficile, car les maladies vont se propager», rappelle le médecin, disant craindre davantage de cas de typhoïde.

L'Union européenne a répliqué à l'averse en lançant une opération d'assistance militaire pour fournir des abris supplémentaires. Elle devra toutefois faire vite, puisque la saison des pluies débute généralement en mars. Son porte-parole estime qu'il ne faudra que 10 ou 15 jours pour que commence l'opération sur le terrain.

Pour que les centres de crise restent ouverts

Pendant ce temps, à Montréal, la communauté haïtienne s'est mobilisée pour le maintien des trois centres de crise installés dans les arrondissements de Rivière-des-Pairies, Saint-Michel et Montréal-Nord. Ces centres multiservices, créés trois jours après le séisme, accueillent les personnes qui ont besoin d'aide ou d'informations à tous les niveaux. «On a senti au cours des derniers jours un certain fléchissement au niveau de la volonté de nos partenaires qui nous ont accompagnés à ce jour, on sent une volonté de se désengager», a expliqué le conseiller municipal de Saint-Michel, Frantz Benjamin, en point de presse hier, pointant particulièrement Immigration Canada.

L'affluence n'a pourtant toujours pas diminué dans ces centres, a indiqué la directrice des programmes à la Maison d'Haïti, Marjorie Villefranche: 2050 familles y ont trouvé du réconfort jusqu'à ce jour. Outre Immigration Canada, que le Devoir n'a pas réussi à contacter hier soir, Services Québec, l'Organisation de la sécurité civile du Québec, Immigration Québec, des Centres de santé et de services sociaux et des psychologues y sont toujours présents six jours par semaine. Ils n'ont pas indiqué quand ces guichets de services seront dissous.

M. Benjamin et Mme. Villefranche ont aussi demandé de nouveau au gouvernement conservateur d'accélérer le processus d'accueil des membres de la famille des citoyens canadiens d'origine haïtienne. «Même les dossiers les plus simples ne sont pas encore réglés», a déploré la directrice, qui juge que le gouvernement fédéral «fait la sourde oreille».

Pour amasser des fonds pour l'UNICEF, ils invitent les Québécois à se procurer un bouton noir dans les commerces de la province, en échange d'une contribution volontaire. Le bouton porté à la poitrine symbolise traditionnellement le deuil en Haïti.

***

Avec l'Agence France-Presse
 
 
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