dimanche 12 février 2012 Dernière mise à jour 23h50
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Comment reconstruire Haïti

Robert B. Zoellick - Président du Groupe de la Banque mondiale  5 février 2010  Actualités internationales
Le séisme dévastateur qui a frappé Haïti a donné lieu à un déversement massif d'aide internationale. La priorité était de sauver des vies, autrement dit d'acheminer de l'eau, des vivres, des abris, des médicaments et d'autres fournitures essentielles aux victimes. Ces premières interventions d'urgence devront être appuyées par une chaîne logistique permanente qui devra fonctionner pendant de nombreux mois.

Toutefois, alors même que nous sommes en train de stabiliser les interventions humanitaires, nous devons commencer à mettre en place l'acheminement des services essentiels et la reconstruction. C'est pourquoi le moment est opportun pour tirer les enseignements de l'expérience passée. En dépit de cinq missions de maintien de la paix et de milliards de dollars d'aide, les indicateurs du développement humain en Haïti demeurent parmi les pires de la planète.

Nous savons pourtant qu'une amélioration est possible.

Avant les ouragans de 2008, puis à nouveau avant le séisme survenu durant le mois, Haïti avait bien progressé, comme en témoignent le bon aboutissement d'élections paisiblement menées, la stabilisation de l'insécurité chronique, l'amélioration de la perception des recettes et l'accroissement des investissements.

Pour tirer profit de ces avancées, il faudra un engagement à long terme afin d'assurer la reconstruction en Haïti. Une fois que les caméras auront quitté le pays, comme elles commencent déjà à le faire, les bailleurs de fonds ne doivent pas leur emboîter le pas. Par le passé, en effet, la lassitude qu'inspirait la situation du pays constituait un obstacle au développement au moins aussi important que les catastrophes naturelles. [...]

L'expérience passée

Haïti ne saurait être reconstruite par des étrangers bien intentionnés. Les bailleurs de fonds doivent travailler de concert avec le gouvernement et le peuple haïtien, tandis que les pouvoirs publics et le Parlement doivent tracer la voie à suivre et s'engager à travailler la main dans la main.

L'aide des donateurs à la reconstruction doit être apportée sous forme de dons. Un volume plus important de capitaux doit être alloué par le biais du budget national afin que ces fonds puissent être rattachés aux objectifs du pays et servir à développer les capacités nationales, même si les premières phases de reconstruction reposent sur les interventions des partenaires régionaux et internationaux. [...]

Nous pouvons appuyer la transition de l'aide humanitaire à la reconstruction au moyen de programmes de travail rétribué en vivres ou en espèces afin que les Haïtiens soient rémunérés pour déblayer et reconstruire les infrastructures et planter des arbres. Des projets communautaires peuvent être engagés afin de relancer les petites exploitations agricoles qui, avec le temps, commenceront à produire avant de prendre le relais des programmes d'aide alimentaire. Avec un investissement modéré en fournitures et en équipements, Haïti peut recréer des entreprises de construction qui fourniront des emplois.

Régulièrement frappé par des catastrophes naturelles, Haïti est victime de sa situation géographique. Pourtant, cette même situation pourrait aussi devenir une ouverture stratégique. Situé à quelque 900 km des États-Unis d'Amérique, le pays présente un énorme potentiel. Il a accès au marché américain en vertu de la loi HOPE II et pourrait développer les secteurs du vêtement et de l'agriculture, et créer ainsi des emplois. Haïti peut également promouvoir le secteur privé en instaurant un climat propice à l'investissement et en reconstruisant les réseaux de distribution électrique ainsi que les infrastructures routières et portuaires.

Sécuriser le développement

De tels succès ont déjà été remportés. La Société financière internationale, notre intervenant auprès du secteur privé, a investi chez Digicel, favorisant ainsi une expansion de la couverture de téléphonie mobile. Une zone de libre-échange à proximité de la frontière avec la République dominicaine a attiré des entreprises américaines de vêtement, ce qui a entraîné la création de milliers d'emplois. D'autres zones de ce type pourraient être mises en place ou développées.

Les téléspectateurs ont vu, et ils comprennent maintenant à quel point l'État haïtien était démuni. Il ne s'agit pas simplement du manque d'équipements lourds pour déblayer les gravats, mais aussi de l'insuffisance de policiers et de magistrats, et d'un État sans grandes capacités ou moyens financiers pour assurer la protection de la population ou lui apporter les services essentiels.

Nous devons «sécuriser le développement», c'est-à-dire lui donner une assise suffisante pour rompre le cycle de la vulnérabilité, de la pauvreté et de la violence. Une fois que seront instaurés la stabilité politique, la sécurité et un gouvernement doté des moyens nécessaires, l'investissement et le développement pourront progresser. [...]

Les Haïtiens ne veulent pas être des victimes, pas plus que nous ne le souhaiterions nous-mêmes. Avec un solide leadership haïtien et une aide régionale et internationale coordonnée, uniforme et efficace, nous pouvons transformer le sensationnalisme de quelques jours d'actualités en des décennies d'exemples de réussites.

***

Robert B. Zoellick - Président du Groupe de la Banque mondiale
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • André Loiselet
    Abonné
    vendredi 5 février 2010 14h07
    Le bois salvateur
    Le bois aurait dû être employé depuis toujours mais, avec des politiciens qui font passer leur richesse personnelle avant l'essentiel besoin de leur propre peuple qu'il méprisent, c'est compréhensible mais pas acceptable. La planche et le madrier seront toujours moins lourds et plus souples qu'une tonne de ciment et de pierres.
    Le bois protégeant les berges fut arraché en ce pays...Au Québec, nous avons tellement de forêts qu'on se permet d'y faire des coupes à blanc. Les haïtiens sont déjà en train de rebâtir avec le rocher qui leur est tombé sur la tête...
    En passant, à quand l'annulation de la dette haïtienne par les pays qui disent vouloir aider...?
    Et je souhaite que les sous se rendent à bon "port" afin qu'ils ne se retrouvent pas dans les goussets suisses d'un autre Duvalier.
    Qu'attend donc la France de Sarko pour faire procès et encabaner Bébé Doc, afin que Haïti le récupère et le châtie? Ce serait un autre pas important dans la bonne direction après avoir obligé la Suisse à remettre le bien que ce traître à pillé.

  • Marie-France Legault
    Inscrit
    dimanche 7 février 2010 11h40
    Reconstruire?
    Il faudra beaucoup de vigilance et de surveillance de la part des "donateurs"...Nous savons que Haïti a une tradition de corruption.

    Surveiller l'utiliation des argents et des bois pour construire des maisons....et non pour chauffer les poëles de fortune. La désertification de Haïti s'est faite parce qu'on a coupé les arbres pour se chauffer avec...

    La reconstruction doit être une affaire de concertation, de structures, de vision globle à long terme. Se reconstruire sur la FAILLE m'apparaît insensé et imprudent...

    Même si tout doit se faire en collaboration avec le gouvernement haïtien, celui-ci est il capable de planification, d'organisation, de concertation?

    Toutes des questions qu'il faut OSER mettre sur le tapis!!!

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012