Afghanistan - Le volet militaire a fait son temps
Les Afghans prendront plus de responsabilités
Photo : Agence France-Presse
Le premier ministre britannique Gordon Brown et le président afghan Hamid Karzaï font leur entrée à la Conférence de Londres sur l’Afghanistan.
La conférence de Londres sur l'Afghanistan s'est conclue hier sur un constat limpide: il est temps que la politique, la diplomatie et les questions de gouvernance tiennent le haut du pavé. Malgré l'envoi de renforts des pays de l'OTAN, l'avenir de ce pays ne passe pas par une solution militaire.
Les 70 pays réunis dans la capitale britannique ont accouché d'un plan de transition qui devrait permettre au gouvernement afghan une prise en charge plus importante des défis dans ce pays en guerre.
Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, s'est réjoui de ce nouvel élan. Le communiqué final diffusé hier par la communauté internationale parle d'ailleurs d'une «nouvelle phase» vers la pleine souveraineté afghane.
Le Canada a toutefois préféré investir hier dans la lutte contre le trafic de la drogue en Afghanistan (25 millions de dollars), plutôt que dans le nouveau fonds pour la réconciliation nationale du président afghan, Hamid Karzaï, qui servira à financer les négociations de paix avec les talibans modérés.
Au bureau du ministre Cannon, on explique vouloir analyser ce nouveau fonds et ses mécanismes avant d'y investir. «La réconciliation est une des priorités du Canada en Afghanistan», a toutefois rappelé le ministre.
Le Canada, qui va retirer toutes ses troupes d'Afghanistan en 2011, a visiblement perdu de l'influence dans ce type de rencontres internationales. Le Canada est encore félicité et montré en exemple pour sa contribution, mais il n'est plus le joueur incontournable qu'il était, surtout depuis l'arrivée massive des États-Unis dans la région de Kandahar.
Par exemple, le fonds pour la réconciliation nationale a été mis sur pied par le président Karzaï avec l'aide de la Grande-Bretagne, du Japon et des États-Unis. Le Canada a été mis au courant de ce fonds à la dernière minute et n'a pas eu la chance d'en connaître les détails à l'avance.
N'empêche, Ottawa est très favorable à une politisation des enjeux afghans, telle que décidée hier à Londres. Le représentant spécial de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide — qui cédera sa place dans les prochaines semaines —, a d'ailleurs soutenu hier que l'approche centrée uniquement sur le volet militaire a fait son temps.
«Malheureusement, la stratégie politique est devenue une annexe de la stratégie militaire, a-t-il dit quelques minutes avant le début de la conférence. Il faut démilitariser la stratégie en Afghanistan. Il faut un plan politique avec une composante militaire, pas le contraire.»
Kai Eide a ajouté que la seule manière d'arriver à ce que les Afghans ne se sentent pas comme des étrangers dans leur propre pays, c'est de les impliquer davantage. «On a trop souvent traité l'Afghanistan comme un no man's land. On a développé des stratégies à des milliers de kilomètres de distance, sans suffisamment consulter», a-t-il dit.
Transition militaire
La communauté internationale a lancé hier cette «afghanisation» du conflit avec une série de mesures. D'abord, l'OTAN va transférer progressivement la responsabilité de la sécurité de plusieurs provinces aux forces afghanes dès la fin de 2010, et en 2011. «L'armée afghane devra conduire la majorité des opérations dans les zones dangereuses dans un délai de trois ans», peut-on lire dans la déclaration finale. Les provinces plus stables du nord et de l'ouest du pays sont prioritaires. Présentement, l'armée nationale afghane a uniquement la responsabilité de la capitale, Kaboul.
Il a également été convenu d'augmenter et d'accélérer la capacité des forces de sécurité afghane. L'armée devrait ainsi passer de 134 000 à 171 600 soldats d'ici octobre 2011, alors que la police devrait passer de 109 000 à 134 000 agents dans la même période.
Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a tenu à souligner que la «transition» ne cache pas une «stratégie de sortie» de la communauté internationale. D'ailleurs, aucun calendrier de retrait des alliés n'est fixé. «La mission va continuer tant et aussi longtemps que les Afghans ne seront pas capables d'assurer seuls la sécurité de leur pays», a-t-il dit.
Lors d'une entrevue à la BBC, le président Karzaï a affirmé que son pays aurait besoin d'une aide militaire pour les 5 à 10 prochaines années et d'une aide financière substantielle pendant encore de 10 à 15 ans.
Les alliés de l'Afghanistan et le gouvernement Karzaï ont annoncé une série de mesures pour contrer la corruption. Ainsi, le gouvernement afghan devra mettre sur pied d'ici 30 jours un bureau de lutte contre la corruption qui devra «enquêter et sanctionner les responsables corrompus».
Une équipe internationale anticorruption sera mise sur pied et effectuera sa première visite d'ici trois mois. De plus, un nouveau programme verra le jour pour former 12 000 fonctionnaires. «Combattre la corruption sera la priorité de mon second mandat», a dit Hamid Karzaï.
Négocier avec les talibans
Par ailleurs, le président afghan a réussi à rallier la communauté internationale à sa nouvelle stratégie de la «main tendue» aux talibans repentis. «Nous devons tendre la main à tous nos compatriotes, en particulier à nos frères désabusés qui ne sont pas membres d'al-Qaïda ou d'une autre organisation terroriste», a déclaré M. Karzaï en présentant son plan de réconciliation qui propose argent, travail et éducation aux insurgés modérés s'ils déposent les armes.
Un fonds international est créé pour soutenir la réintégration. L'objectif est de 500 millions de dollars. Hier, les engagements ont atteint 140 millions. Le Japon, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l'Allemagne sont les plus grands contributeurs.
Le président afghan a appelé les pays voisins, en particulier le Pakistan et l'Arabie saoudite, à soutenir son plan de réconciliation, ajoutant qu'il convoquerait une conférence à Kaboul ce printemps pour discuter des propositions.
Les talibans seront invités à la conférence de la réconciliation à Kaboul, a soutenu Hamid Karzaï. Les talibans ont rejeté les conclusions de la conférence de Londres, qu'ils ont qualifiées de «propagande». «Les tentatives de l'ennemi pour acheter les moudjahidine en leur offrant de l'argent et des emplois afin qu'ils abandonnent le djihad sont vaines», indique le Conseil du commandement des talibans afghans dans un communiqué mis en ligne sur un site islamiste.
Les 70 pays réunis dans la capitale britannique ont accouché d'un plan de transition qui devrait permettre au gouvernement afghan une prise en charge plus importante des défis dans ce pays en guerre.
Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, s'est réjoui de ce nouvel élan. Le communiqué final diffusé hier par la communauté internationale parle d'ailleurs d'une «nouvelle phase» vers la pleine souveraineté afghane.
Le Canada a toutefois préféré investir hier dans la lutte contre le trafic de la drogue en Afghanistan (25 millions de dollars), plutôt que dans le nouveau fonds pour la réconciliation nationale du président afghan, Hamid Karzaï, qui servira à financer les négociations de paix avec les talibans modérés.
Au bureau du ministre Cannon, on explique vouloir analyser ce nouveau fonds et ses mécanismes avant d'y investir. «La réconciliation est une des priorités du Canada en Afghanistan», a toutefois rappelé le ministre.
Le Canada, qui va retirer toutes ses troupes d'Afghanistan en 2011, a visiblement perdu de l'influence dans ce type de rencontres internationales. Le Canada est encore félicité et montré en exemple pour sa contribution, mais il n'est plus le joueur incontournable qu'il était, surtout depuis l'arrivée massive des États-Unis dans la région de Kandahar.
Par exemple, le fonds pour la réconciliation nationale a été mis sur pied par le président Karzaï avec l'aide de la Grande-Bretagne, du Japon et des États-Unis. Le Canada a été mis au courant de ce fonds à la dernière minute et n'a pas eu la chance d'en connaître les détails à l'avance.
N'empêche, Ottawa est très favorable à une politisation des enjeux afghans, telle que décidée hier à Londres. Le représentant spécial de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide — qui cédera sa place dans les prochaines semaines —, a d'ailleurs soutenu hier que l'approche centrée uniquement sur le volet militaire a fait son temps.
«Malheureusement, la stratégie politique est devenue une annexe de la stratégie militaire, a-t-il dit quelques minutes avant le début de la conférence. Il faut démilitariser la stratégie en Afghanistan. Il faut un plan politique avec une composante militaire, pas le contraire.»
Kai Eide a ajouté que la seule manière d'arriver à ce que les Afghans ne se sentent pas comme des étrangers dans leur propre pays, c'est de les impliquer davantage. «On a trop souvent traité l'Afghanistan comme un no man's land. On a développé des stratégies à des milliers de kilomètres de distance, sans suffisamment consulter», a-t-il dit.
Transition militaire
La communauté internationale a lancé hier cette «afghanisation» du conflit avec une série de mesures. D'abord, l'OTAN va transférer progressivement la responsabilité de la sécurité de plusieurs provinces aux forces afghanes dès la fin de 2010, et en 2011. «L'armée afghane devra conduire la majorité des opérations dans les zones dangereuses dans un délai de trois ans», peut-on lire dans la déclaration finale. Les provinces plus stables du nord et de l'ouest du pays sont prioritaires. Présentement, l'armée nationale afghane a uniquement la responsabilité de la capitale, Kaboul.
Il a également été convenu d'augmenter et d'accélérer la capacité des forces de sécurité afghane. L'armée devrait ainsi passer de 134 000 à 171 600 soldats d'ici octobre 2011, alors que la police devrait passer de 109 000 à 134 000 agents dans la même période.
Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a tenu à souligner que la «transition» ne cache pas une «stratégie de sortie» de la communauté internationale. D'ailleurs, aucun calendrier de retrait des alliés n'est fixé. «La mission va continuer tant et aussi longtemps que les Afghans ne seront pas capables d'assurer seuls la sécurité de leur pays», a-t-il dit.
Lors d'une entrevue à la BBC, le président Karzaï a affirmé que son pays aurait besoin d'une aide militaire pour les 5 à 10 prochaines années et d'une aide financière substantielle pendant encore de 10 à 15 ans.
Les alliés de l'Afghanistan et le gouvernement Karzaï ont annoncé une série de mesures pour contrer la corruption. Ainsi, le gouvernement afghan devra mettre sur pied d'ici 30 jours un bureau de lutte contre la corruption qui devra «enquêter et sanctionner les responsables corrompus».
Une équipe internationale anticorruption sera mise sur pied et effectuera sa première visite d'ici trois mois. De plus, un nouveau programme verra le jour pour former 12 000 fonctionnaires. «Combattre la corruption sera la priorité de mon second mandat», a dit Hamid Karzaï.
Négocier avec les talibans
Par ailleurs, le président afghan a réussi à rallier la communauté internationale à sa nouvelle stratégie de la «main tendue» aux talibans repentis. «Nous devons tendre la main à tous nos compatriotes, en particulier à nos frères désabusés qui ne sont pas membres d'al-Qaïda ou d'une autre organisation terroriste», a déclaré M. Karzaï en présentant son plan de réconciliation qui propose argent, travail et éducation aux insurgés modérés s'ils déposent les armes.
Un fonds international est créé pour soutenir la réintégration. L'objectif est de 500 millions de dollars. Hier, les engagements ont atteint 140 millions. Le Japon, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l'Allemagne sont les plus grands contributeurs.
Le président afghan a appelé les pays voisins, en particulier le Pakistan et l'Arabie saoudite, à soutenir son plan de réconciliation, ajoutant qu'il convoquerait une conférence à Kaboul ce printemps pour discuter des propositions.
Les talibans seront invités à la conférence de la réconciliation à Kaboul, a soutenu Hamid Karzaï. Les talibans ont rejeté les conclusions de la conférence de Londres, qu'ils ont qualifiées de «propagande». «Les tentatives de l'ennemi pour acheter les moudjahidine en leur offrant de l'argent et des emplois afin qu'ils abandonnent le djihad sont vaines», indique le Conseil du commandement des talibans afghans dans un communiqué mis en ligne sur un site islamiste.
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