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Nettoyer avant de reconstruire

Tandis que la poussière retombe sur Port-au-Prince, il faut maintenant dégager les rues, nettoyer les décombres, et reconstruire. Un défi qui semble insurmontable alors que l'OCHA (Office pour la coordination des affaires humanitaires de l'ONU) estime à un million le nombre de déplacés.

Muscles noueux sous un soleil de plomb, Lamy Asso soulève sa masse à bout de bras et assène une dizaine de coups dans une dalle de béton qui finit par se briser le long de sa tige d'acier. En contrebas, cousins et amis s'activent, pieds dans les décombres, dans un nuage de poudre blanche. Pour l'instant, ils sont encore peu nombreux à oser exorciser les démons de leurs maisons écroulées, pelles et pioches à la main.

«La tâche est colossale, et il faudra probablement plus d'un an pour tout déblayer», estime Alberto Wilde, directeur général de la Cooperative Housing Foundation (CHF), une ONG basée à Washington et présente dans plus de 30 pays. La CHF est active en Haïti depuis les années 1990, et a pour objectif de créer des emplois à long terme à travers la formation de conducteurs d'équipement de chantier. C'est donc de manière assez naturelle que l'organisme s'est retrouvé en première ligne du grand effort de nettoyage de la ville.

«Nous avons reçu un budget d'urgence de 500 000 $ de la part de l'USAID», explique Kristie Van de Wetering, porte-parole de la CHF. En une semaine, leurs équipes ont déjà nettoyé plus de 18 sites dans la commune de Delmas, en concertation avec le maire. Peut avant le tremblement de terre, l'ONG achevait la formation de 82 conducteurs d'équipement lourd, qui complètent maintenant leur cursus sous la supervision de quatre techniciens expérimentés, envoyés par Caterpillar. La CHF utilise une dizaine de véhicules, et la CNE (Commission nationale de l'équipement haïtienne) fournit le reste. À eux deux, les organismes se répartissent les sites d'intervention prioritaires. En premier lieu, il s'agit de nettoyer les routes, puis il faudra s'attaquer aux espaces publics, écoles, hôpitaux, avant de pouvoir dégager les terrains des particuliers pour y permettre leur réinstallation. «Nous sommes aussi en discussion pour coordonner le déblaiement des égouts avant l'arrivée de la pluie», ajoute Van de Wetering.

En parallèle aux équipements lourds, la CHF et le gouvernement haïtien ont déployé des équipes armées de pelles et de pioches, et payées entre trois et cinq dollars la journée. Certains sont là pour dégager les gravats, alors que les autres prennent en main le nettoyage des ordures qui jonchent les trottoirs. Ce type de programme «cash for work» a été mis en place par l'ONU dans d'autre situations similaires, telles que le séisme au Cachemire en 2005. «Nous essayerons de recruter environ 3000 travailleurs, hommes et femmes, en partenariat avec les autorités locales», explique Alberto Wilde; une manière de participer à la relance économique et de permettre aux Haïtiens de prendre une part plus active à la restauration du pays.

Les camions, une fois chargés, prennent la direction des sites de décharge, à Cité Soleil ou à Ti Tanyen. Le fer pourra être recyclé, mais pas le béton, en raison de sa faible qualité. «Nous espérons pouvoir en réduire une partie en poussière afin de pouvoir l'utiliser comme base pour reconstruire les routes», explique Wilde. Dans d'autres parties de la ville, les entrepreneurs privés s'activent. Des ruines de la City Bank, aux maisons particulières, en passant par les édifices gouvernementaux, la tâche est colossale, et délicate. Il s'agit de déblayer, certes, mais aussi de récupérer documents et disques durs, ainsi que les corps des victimes qui doivent être restitués à la famille.

En parallèle au déblaiement, la CHF s'est lancée dans un programme de construction d'abris de transition. Milton Fumes, responsable de l'organisme au Honduras, a été appelé en urgence pour superviser la construction de 2000 abris, fabriqués à partir de matériaux locaux, bois, plastique, tôle, en moins d'une journée. «Nous avons déjà testé ce type de logements au Pérou en 2007. Leur construction simple nous permet de former des équipes locales pour assurer la pérennité du projet.» Les abris, qui peuvent durer de deux à trois ans, répondent aux normes minimales du bien-être, soit un maigre 3,5 m2 par personne, bien peu, mais de quoi loger une famille de cinq personnes plus dignement que dans une tente.

Deux mille abris paraissent pourtant bien peu en regard des 200 000 tentes réclamées par l'OIM (Organisation internationale des migrations) pour loger plus d'un million de déplacés. Plusieurs solutions sont actuellement envisagées, dont la réinstallation sur les terrains des particuliers. «À l'heure actuelle, le gouvernement penche vers la construction de gigantesques camps en périphérie de la ville, mais je pense plutôt que nous allons créer des ghettos ingérables», regrette Milton Fumes. «Reconstruire Haïti pourrait prendre de 10 à 15 ans», conclut Alberto Wilde.

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