Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Des camps à dresser pour un million de déplacés

    Hillary Clinton se dit blessée par les critiques formulées à l'endroit des États-Unis

    Des milliers d’Haïtiens affamés étaient agglutinés hier devant le commissariat de Cité Soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince, où des denrées sont distribuées. Des bousculades sont venues ponctuer leur attente.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Thony Belizaire Des milliers d’Haïtiens affamés étaient agglutinés hier devant le commissariat de Cité Soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince, où des denrées sont distribuées. Des bousculades sont venues ponctuer leur attente.
    Deux semaines après le séisme qui a ravagé Haïti, une des priorités hier était la création de camps de toile destinés à accueillir jusqu'à un million de sinistrés. Un terrain de cinq hectares au nord de la ville accueillera le premier campement sur la demi-douzaine qui doit être érigée pour abriter les réfugiés avant le début des pluies du printemps et la saison des ouragans. Les autorités haïtiennes et des organisations internationales s'affairaient à constituer une immense ville de toile.

    À Port-au-Prince, des centaines de milliers de personnes ont perdu leur logement dans le séisme de magnitude 7 du 12 janvier où, depuis, plus 150 000 morts ont été enterrés.

    L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que 100 000 tentes de grande taille sont nécessaires puisque selon les Nations unies, jusqu'à un million de personnes sont sans-abri.

    Le président haïtien, René Préval, avait pour sa part lancé lundi un appel pour la fourniture d'urgence de 200 000 tentes, demandant que les avions transportant cette aide puissent atterrir en priorité à l'aéroport encombré de Port-au-Prince.

    Helen Clark, administratrice du Programme des Nations unies pour le développement, souligne que fournir des abris aux sinistrés est une urgence qui nécessite des solutions innovantes. «La Chine par exemple a installé 400 000 maisons semi-permanentes après le séisme du Sichuan [en 2008]. Des initiatives similaires devront être envisagées et soutenues pour Haïti», a-t-elle souligné.

    Des casques bleus ont une nouvelle fois tiré hier des bombes lacrymogènes et des bombes au poivre pour tenter de contrôler une foule de sinistrés lors d'une distribution de vivres dans l'enceinte du palais présidentiel à Port-au-Prince. «Ils ne sont pas violents, seulement désespérés. Ils veulent seulement à manger. Le problème est qu'il n'y a pas assez de nourriture pour tout le monde», a fait remarquer Fernando Soares, un colonel brésilien.

    Hillary Clinton insultée

    La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, s'est dite «profondément meurtrie» hier par les critiques envers l'opération de secours américaine en Haïti, expliquant que les États-Unis faisaient tout leur possible pour aider ce pays.

    «Je suis profondément meurtrie par ceux qui s'en prennent à notre pays, à la générosité de notre peuple et à l'effet d'entraînement [qu'a eu] notre président pour tenter de répondre à une catastrophe historique après le séisme», a affirmé Mme Clinton, qui n'a pas précisé à quelles critiques elle faisait allusion. Elle a estimé qu'«une partie de la presse internationale a soit mal compris, soit délibérément mal interprété» les intentions des États-Unis.

    Les Forces américaines déployées en Haïti pourraient entamer leur retrait dans de trois à six mois, lorsque les organisations internationales seront en mesure de prendre le relais en matière d'aide et de sécurité, a-t-on appris hier.

    L'état-major table sur «une plage de six mois [...] de soutien intensif» aux victimes du séisme du 12 janvier, a déclaré le contre-amiral Alan Thompson, à la tête de l'agence chargée de la logistique militaire. «C'est sans doute un bon calendrier logistique, mais l'armée américaine est décidée à rester là-bas aussi longtemps qu'il le faudra», a ajouté le porte-parole de l'état-major, John Kirby.

    Des soldats américains ont retiré hier un homme vivant d'un immeuble écroulé à Port-au-Prince, deux semaines après le séisme d'une magnitude de 7 sur l'échelle de Richter qui a dévasté Haïti.

    L'homme, âgé de 35 ans, couvert de poussière et ne portant que des sous-vêtements, a été allongé sur une civière. Il ne semblait souffrir d'aucune blessure grave. Des soldats évoquaient toutefois la possibilité qu'il s'agisse d'un pillard ayant fait une chute il y a quelques jours.

    Les Haïtiens craignent de ne pas voir la couleur de l'aide

    Les survivants de la secousse qui a détruit Port-au-Prince et plusieurs autres villes s'attendent à ce qu'une bonne partie de l'aide promise pour la reconstruction et le développement d'Haïti finisse dans les poches des dirigeants d'un pays classé comme un des plus corrompus et inefficaces au monde par l'ONG Transparency International.

    À Port-au-Prince, Clifford Rouzeau, copropriétaire de trois restaurants, a entrepris de distribuer chaque jour gratuitement de la nourriture à un millier de personnes démunies, au lieu de reprendre ses affaires comme si rien ne s'était passé. Il dit souhaiter que le drame tourne la page de la longue histoire des détournements de fonds par les pouvoirs publics. «J'espère. Je touche du bois. Les gens ici méritent mieux que ce qu'ils ont. Le gouvernement vole tout et ne donne rien au pays», se désole-t-il.

    «Les gens ont besoin de nourriture. Ils ont besoin d'être logés et d'envoyer leurs enfants à l'école. Les responsables du gouvernement ne vont certainement pas être assez méchants pour prendre cet argent», rétorque la ministre du Commerce et de l'Industrie d'Haïti, Josseline Colimon Féthière. «Après une si grosse catastrophe, il serait impossible que l'argent n'aille pas où il doit aller», ajoute-t-elle. Les partisans du président René Préval soulignent les efforts qu'il a entrepris contre la corruption depuis le début de son mandat, en 2006.

    *****

    Avec Reuters, l'AFP et l'AP












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.