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Des mirages au milieu des ruines

Certaines commerces et entreprises ont résisté au séisme, et la vie y reprend son cours... pas tout à fait normal

Les Haïtiens manquent de tout: d’eau, d’abris, de nourriture. Mais cet enfant a apparemment mis la main sur une petite mine d’or dans un marché public détruit à Pétionville.
Photo : Agence Reuters Jorge Silva
Les Haïtiens manquent de tout: d’eau, d’abris, de nourriture. Mais cet enfant a apparemment mis la main sur une petite mine d’or dans un marché public détruit à Pétionville.

À retenir

    Le Canada et Haïti
    • Décès confirmés: 21.
    • Canadiens retrouvés: 1953.
    • Ressortissants en Haïti: plus de 6000.
    • Nombre de personnes évacuées: 2582 sur 28 vols.
    • Aide canadienne: fournitures médicales, fournitures de logistique, véhicules, matériel de communication, rations alimentaires de base, eau, trois systèmes de purification d’eau.
    • Contributions du gouvernement: 60 millions de dollars à l’appel des Nations unies; au moins 67 millions pour égaler les dons des particuliers; 11,5 millions à six ONG; 8,5 millions à la Croix-Rouge internationale; 5 millions pour de la nourriture, des tentes, des couvertures, de l’eau, pour l’assainissement et la protection; 1 million à l’hôpital de campagne de la Croix-Rouge.
    • Contributions des particuliers: plus de 67 millions.
    • Présence militaire canadienne: 950 soldats, marins et membres d’équipage sur la terre ou au large de la côte. Ce chiffre devrait doubler d’ici deux semaines.
    • Ressources militaires canadiennes: les navires Halifax et Athabaskan, un hélicoptère Sea King, six hélicoptères Griffon, un avion de transport lourd C-17, un avion-cargo
    • C-130, des centaines de véhicules et un hôpital de campagne militaire.
Port-au-Prince — Plateau géant et ordinateurs, marbre brillant et montres de luxe, tailleurs et air conditionné: des îlots de travail émergent dans la capitale haïtienne, tels des mirages au milieu des ruines.

On ne peut pas la rater à Port-au-Prince, ravagé par le séisme du 12 janvier: la tour de 11 étages de la compagnie de télécommunications Digicel est intacte. Dans les étages, c'est l'effervescence. Sur les plateaux, des dizaines d'employés tapotent sur leur ordinateur, dans les bureaux les réunions se multiplient.

Quand la terre a tremblé, l'immeuble, construit selon des normes antisismiques, était plein. Tous les employés présents en sont sortis vivants. Mais tous ont perdu leur maison ou un proche.

«On a appris la résistance: dès le soir du séisme, des employés sont venus, des équipes de techniciens ont travaillé jour et nuit pour que la population puisse communiquer. Le lendemain, on leur a donné des kits de survie; le surlendemain, le personnel recommençait à travailler», raconte Bryan Gonzales, directeur des ressources humaines.

Entre ceux qui ont tout perdu et ceux qui ont quitté Port-au-Prince, le recensement des employés n'est pas fini, mais la direction table sur 650 personnes au travail en fin de semaine — sur 860, dont au moins quatre morts hors de la tour.

La société fait le maximum pour les aider: deux repas quotidiens, assistance matérielle et séances d'information post-traumatique. «Il faut apprendre à gérer cette nouvelle réalité: d'abord accepter, évacuer le stress, rebâtir et aller de l'avant. Il faut apprendre de cette expérience», explique Tatiana Policard, directrice du marketing.

Le contraste quand on sort du bâtiment cerné de métal et de béton broyés est saisissant. «Quand je traverse la ville pour aller travailler, c'est ravageant. Je suis bien habillée, maquillée et je vois les ruines, toutes ces personnes démunies», raconte Joane François, 24 ans, qui dort dans la rue et trimballe dans son sac à main verni ses produits de première nécessité au cas où cela recommencerait.

Pour atteindre le rayon lunettes du grand magasin Optika, il faut passer par les sacs, les parfums et les montres de luxe. Le marbre brille, les vitrines scintillent.

Le magasin a rouvert lundi. «C'est pour les lunettes, pour que les gens qui les ont perdues puissent voir, pas pour le business. Ne pas rouvrir ne serait pas sérieux», explique le patron, François Rousseau, qui a perdu trois autres magasins mais aucun de sa cinquantaine d'employés.

Ici aussi ils se sont présentés dès le premier jour. Le patron leur a avancé leur salaire. Les retrouvailles entre collègues ont donné lieu à des scènes d'émotion. «Tu es vivant!»

Aujourd'hui, l'ambiance est triste, le magasin vide. Des clients sont morts, d'autres ont disparu. Des commandes restent en plan et les employés sont désoeuvrés. Ils sont inquiets pour leur emploi. «Tant que je peux les garder je les garde; ici, c'est comme une famille. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas continuer, la vie doit reprendre», se rassure M. Rousseau.

Devant le bâtiment aux pierres blanches et aux vitres fumées de l'Unibank, une longue file s'étend. À l'entrée, une hôtesse en tailleur propose de patienter dans un salon à l'air conditionné et aux fauteuils douillets.

«Ça fait un peu bizarre d'être ici, mais on n'a pas le choix, il faut travailler, les gens veulent récupérer leur argent», dit Rachèle Alexandre, 23 ans.
Les Haïtiens manquent de tout: d’eau, d’abris, de nourriture. Mais cet enfant a apparemment mis la main sur une petite mine d’or dans un marché public détruit à Pétionville. Les employés de Digicel, à Port-au-Prince, ont repris le travail, leur entreprise ayant résisté au séisme.
 
 
 
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