Pas une tente, un vrai toit!
Des Haïtiens veulent bien quitter Port-au-Prince, mais pas pour vivre dans un village en toile
Photo : Agence Reuters Sophia Paris
Le travail de ces femmes qui nettoient les décombres avec des balais de paille peut sembler dérisoire, mais illustre bien la capacité du peuple haïtien à ne pas se laisser abattre par les malheurs.
Port-au-Prince — «Je ne veux pas de tente, je veux un toit»: les sans-abri haïtiens étaient sceptiques hier quant au projet du gouvernement de les reloger dans de vastes camps de toile à l'extérieur de Port-au-Prince.
Le ministre haïtien de la Santé, Alex Larsen, a indiqué lundi que les autorités disposaient de 400 000 tentes familiales pouvant chacune accueillir de cinq à dix personnes et que les sinistrés devraient abandonner les campements de fortune anarchiques qui pullulent dans la ville en raison des risques d'épidémies.
Vingt mille sinistrés vont être accueillis dans un premier temps, et à plus long terme, un million de sans-abri vont être relogés sous des tentes, dans des «minivilles», a-t-il dit.
Deux terrains ont été choisis, l'un près de Port-au-Prince et l'autre à Croix-de-Bouquets, une ville située à une quinzaine de kilomètres de la capitale.
«Partir à Croix-de-Bouquets? Pas de problème, s'il y a de la sécurité», dit Israël Jeanclaude, 62 ans, qui n'a plus de toit et vit dehors, près du palais présidentiel.
Israël ne cesse d'aller et venir entre son campement et sa maison détruite, dans la rue principale de Port-au-Prince, pour y récupérer des vêtements pour sa famille. Sa principale inquiétude concerne ses trois adolescentes, pour lesquelles l'année scolaire vient abruptement de se terminer.
La famille Jeanclaude a reçu mardi une première aide, sous la forme d'un sac de riz, de la part des soldats américains. «Nous n'avons plus rien. Nos vêtements, voilà, c'est tout. Je ne veux pas de tente, je veux un toit», dit Israël.
Ni lui ni son fils aîné n'ont entendu parler des programmes pour déblayer les décombres, qui pourraient leur permettre de gagner un peu d'argent.
Comment sortir de la misère
«Moi, je ne vais ni à Croix-de-Bouquets ni nulle part. Demain, je recommence à travailler», affirme Martine Désir, 24 ans, qui vit elle aussi avec sa famille de neuf personnes près du palais présidentiel, dans un campement que le ministre de la Santé voudrait voir disparaître en priorité.
Martine travaille comme télé-opératrice dans une société téléphonique locale. Elle est très fière du message reçu sur son téléphone portable: «Veuillez contacter Betty ou Yasmine pour confirmer que vous êtes disponible avant mercredi.»
Ce travail, payé 100 gourdes brutes de l'heure (trois dollars), pourrait la sortir de la misère et lui assurer une vie décente, ainsi qu'à sa famille. «Je ne peux pas partir si loin, impossible», dit-elle.
Le cas de Martine est un peu particulier parmi les sans-abri, dont peu ont un travail. Avant le séisme, 70 % des Haïtiens étaient sans emploi et 80 % vivaient avec moins de deux dollars par jour.
Manassé Osny, 33 ans, et sa mère dorment sous une bâche dans la rue, dans le quartier de Delmas. La maison qu'ils louaient est en ruines, ils manquent de tout et n'ont pas d'argent.
«Nous sommes 39 familles à habiter dans la rue», dit Manassé. Les habitants bloquent l'artère chaque soir afin de pouvoir s'y installer pour dormir, comme le font ceux de centaines d'autres rues de Port-au-Prince, ce qui crée des tensions avec les conducteurs.
«Je ne sais pas si j'irai à Croix-de-Bouquets. Le gouvernement dira», dit-il avec indifférence.
Quant à l'autre village de tentes, il pourrait s'ériger non loin de l'ambassade des États-Unis, selon les informations divulguées lundi par le ministre de la Santé. Le regard de Manassé s'illumine d'un coup. «Près de l'ambassade des États-Unis, dites-vous?»
Le ministre haïtien de la Santé, Alex Larsen, a indiqué lundi que les autorités disposaient de 400 000 tentes familiales pouvant chacune accueillir de cinq à dix personnes et que les sinistrés devraient abandonner les campements de fortune anarchiques qui pullulent dans la ville en raison des risques d'épidémies.
Vingt mille sinistrés vont être accueillis dans un premier temps, et à plus long terme, un million de sans-abri vont être relogés sous des tentes, dans des «minivilles», a-t-il dit.
Deux terrains ont été choisis, l'un près de Port-au-Prince et l'autre à Croix-de-Bouquets, une ville située à une quinzaine de kilomètres de la capitale.
«Partir à Croix-de-Bouquets? Pas de problème, s'il y a de la sécurité», dit Israël Jeanclaude, 62 ans, qui n'a plus de toit et vit dehors, près du palais présidentiel.
Israël ne cesse d'aller et venir entre son campement et sa maison détruite, dans la rue principale de Port-au-Prince, pour y récupérer des vêtements pour sa famille. Sa principale inquiétude concerne ses trois adolescentes, pour lesquelles l'année scolaire vient abruptement de se terminer.
La famille Jeanclaude a reçu mardi une première aide, sous la forme d'un sac de riz, de la part des soldats américains. «Nous n'avons plus rien. Nos vêtements, voilà, c'est tout. Je ne veux pas de tente, je veux un toit», dit Israël.
Ni lui ni son fils aîné n'ont entendu parler des programmes pour déblayer les décombres, qui pourraient leur permettre de gagner un peu d'argent.
Comment sortir de la misère
«Moi, je ne vais ni à Croix-de-Bouquets ni nulle part. Demain, je recommence à travailler», affirme Martine Désir, 24 ans, qui vit elle aussi avec sa famille de neuf personnes près du palais présidentiel, dans un campement que le ministre de la Santé voudrait voir disparaître en priorité.
Martine travaille comme télé-opératrice dans une société téléphonique locale. Elle est très fière du message reçu sur son téléphone portable: «Veuillez contacter Betty ou Yasmine pour confirmer que vous êtes disponible avant mercredi.»
Ce travail, payé 100 gourdes brutes de l'heure (trois dollars), pourrait la sortir de la misère et lui assurer une vie décente, ainsi qu'à sa famille. «Je ne peux pas partir si loin, impossible», dit-elle.
Le cas de Martine est un peu particulier parmi les sans-abri, dont peu ont un travail. Avant le séisme, 70 % des Haïtiens étaient sans emploi et 80 % vivaient avec moins de deux dollars par jour.
Manassé Osny, 33 ans, et sa mère dorment sous une bâche dans la rue, dans le quartier de Delmas. La maison qu'ils louaient est en ruines, ils manquent de tout et n'ont pas d'argent.
«Nous sommes 39 familles à habiter dans la rue», dit Manassé. Les habitants bloquent l'artère chaque soir afin de pouvoir s'y installer pour dormir, comme le font ceux de centaines d'autres rues de Port-au-Prince, ce qui crée des tensions avec les conducteurs.
«Je ne sais pas si j'irai à Croix-de-Bouquets. Le gouvernement dira», dit-il avec indifférence.
Quant à l'autre village de tentes, il pourrait s'ériger non loin de l'ambassade des États-Unis, selon les informations divulguées lundi par le ministre de la Santé. Le regard de Manassé s'illumine d'un coup. «Près de l'ambassade des États-Unis, dites-vous?»
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page



