Le défi quotidien des équipes médicales
À Léogâne, une ONG canadienne soigne les plaies dans des conditions épouvantables
À Haïti, alors que les derniers miraculés ont été extirpés des décombres, il faut maintenant soigner les milliers de blessés qui attendent dans les pitoyables conditions d'hygiène des camps de réfugiés. À Léogâne, une des villes les plus sérieusement touchées, une équipe de médecins canadiens s'active au chevet de la population.
Le Dr Donna Smith se concentre, penchée sur le pied droit d'une jeune habitante de Leogâne. Le front perlé de sueur, la chirurgienne de Vancouver recoud avec application le pied de l'adolescente, qu'elle vient tout juste d'amputer d'un orteil. Quelques instants plus tôt, deux répliques de 4,8 et 4,9 sur l'échelle de Richter ont agité les installations de l'hôpital de campagne du Canadian Medical Assistance Teams (CMAT), ouvert depuis le mercredi 20 janvier.
Léogâne, une ville de 200 000 habitants située à l'est de Port-au-Prince, à une heure de route, a été détruite à près de 80 %, et le nombre des victimes y dépasse les 10 000. Quelques jours après la catastrophe, le CMAT a envoyé une équipe d'évaluation de six personnes. En arrivant à Léogâne, les médecins et infirmières de l'ONG canadienne ont vite mesuré l'ampleur du désastre: une ville coupée de tout et peuplée de blessés sans eau et sans nourriture. «L'échelle de ce drame est absolument catastrophique», souffle Bill Coltart, aide médical et coordonnateur. Le lundi 18, une équipe de dix personnes atterrissait en Haïti pour entreprendre la construction d'un hôpital de campagne, avec l'aide inespérée de la marine canadienne. «Nous étions prêts à être autosuffisants», explique Valery Rebka, chef d'équipe, «mais nous sommes chanceux que l'armée nous aide, car la logistique est un cauchemar».
Aide insuffisante
La marine, partie de Halifax le 15 janvier et arrivée le 19 à Léogâne, a pris en main l'approvisionnement en nourriture et en eau potable, ainsi que les télécommunications et la sécurité du camp. «Cela nous permet de travailler à pleine capacité», avoue Valery Rebka. Pour autant, l'aide reste encore tragiquement insuffisante par rapport aux besoins d'une population qui manque de tout. Macanzie Spadie, 17 ans, et Judel Dort, 23 ans, deux voisins dont le quartier a été rasé, sont venus chercher un peu d'eau potable à la clinique, installée sur le terrain de football de l'école Bono. C'est le sous-lieutenant Philip Rumsay qui se charge de leur annoncer la mauvaise nouvelle: «Désolé, on n'a pas d'eau ici. Il y en a juste assez pour les médecins.»
Ces derniers, sur le pied de guerre dès six heures du matin, traitent plus de 150 patients par jour. «La première journée, nous avons dû effectuer huit opérations chirurgicales, ainsi qu'un accouchement», explique Bill Coltart. Les soins les plus courants concernent des plaies ouvertes de toutes tailles, ainsi que de nombreuses fractures des membres inférieurs. Le plus inquiétant reste cependant le suivi. Les patients vivent pour la plupart dans la rue, dans des conditions d'hygiène inexistantes. «Les risques d'infection sont considérables», avoue le Dr Smith.
Pour limiter les problèmes, les médecins privilégient la pose de broches extérieures pour les fractures, et les patients repartent chez eux avec antibiotiques et rendez-vous de contrôle, pour les cas les plus sérieux. Les nombreux marins francophones jouent le rôle de traducteurs entre le créole des Haïtiens et l'anglais du personnel médical. Le marin Petitpas, un Montréalais ayant vécu en Haïti, où il a appris à parler créole, est sollicité sans relâche pour traduire symptômes et posologies.
Dans les blocs opératoires improvisés, on essaie de maintenir une zone stérile, même si les patients sont couchés sur une civière étendue sur des parpaings. «Les deux tiers de notre équipe sont habitués à fonctionner dans ce type de conditions. Nous sommes une machine bien huilée», explique Valery Rebka.
Le CMAT, une organisation non gouvernementale basée en Ontario et fondée il y a 15 ans sous le nom de Canadian Relief Foundation, s'est restructuré en 2005 lors du tsunami qui a dévasté l'Asie du Sud-est. L'équipe, en poste pour deux mois, est la première à être arrivée à Léogâne depuis l'étranger. Beaucoup trop occupés à la clinique, les membres du CMAT n'ont pas le temps de se déplacer au chevet des patients incapables de bouger, une problématique que l'arrivée prochaine de dix nouveaux sauveteurs pourrait aider à résoudre.
À quelques centaines de mètres, les jeunes étudiants de la Faculté des sciences infirmières de Léogâne s'activent sans arrêt depuis le soir de la catastrophe du 12 janvier. Aujourd'hui, ils rendent visite à la clinique du CMAT, et en repartent avec des sacs de bandages et de compresses. «Maintenant, nous recevons l'aide de médecins américains et japonais, mais il y a encore beaucoup de patients à traiter dans la cour de la faculté.»
Devant l'affluence, le CMAT est obligé de fermer ses portes à 13h, et ne finit de traiter la file d'attente qu'en début de soirée. Le matin, les patients sont en premier lieu inspectés et triés par un aide médical qui répartit les cas en trois catégories: vert pour les plaies bénignes, jaune pour les problèmes graves et rouge pour les interventions chirurgicales immédiates.
Plus de dix jours après la catastrophe, de graves infections, pouvant parfois attaquer les os, forcent les chirurgiens à amputer pour éviter la gangrène. «Les gens hésitent très peu. Ils ont parfaitement conscience des terribles conditions dans lesquelles ils se trouvent, et de ce qu'ils doivent faire pour survivre.»
Le Dr Donna Smith se concentre, penchée sur le pied droit d'une jeune habitante de Leogâne. Le front perlé de sueur, la chirurgienne de Vancouver recoud avec application le pied de l'adolescente, qu'elle vient tout juste d'amputer d'un orteil. Quelques instants plus tôt, deux répliques de 4,8 et 4,9 sur l'échelle de Richter ont agité les installations de l'hôpital de campagne du Canadian Medical Assistance Teams (CMAT), ouvert depuis le mercredi 20 janvier.
Léogâne, une ville de 200 000 habitants située à l'est de Port-au-Prince, à une heure de route, a été détruite à près de 80 %, et le nombre des victimes y dépasse les 10 000. Quelques jours après la catastrophe, le CMAT a envoyé une équipe d'évaluation de six personnes. En arrivant à Léogâne, les médecins et infirmières de l'ONG canadienne ont vite mesuré l'ampleur du désastre: une ville coupée de tout et peuplée de blessés sans eau et sans nourriture. «L'échelle de ce drame est absolument catastrophique», souffle Bill Coltart, aide médical et coordonnateur. Le lundi 18, une équipe de dix personnes atterrissait en Haïti pour entreprendre la construction d'un hôpital de campagne, avec l'aide inespérée de la marine canadienne. «Nous étions prêts à être autosuffisants», explique Valery Rebka, chef d'équipe, «mais nous sommes chanceux que l'armée nous aide, car la logistique est un cauchemar».
Aide insuffisante
La marine, partie de Halifax le 15 janvier et arrivée le 19 à Léogâne, a pris en main l'approvisionnement en nourriture et en eau potable, ainsi que les télécommunications et la sécurité du camp. «Cela nous permet de travailler à pleine capacité», avoue Valery Rebka. Pour autant, l'aide reste encore tragiquement insuffisante par rapport aux besoins d'une population qui manque de tout. Macanzie Spadie, 17 ans, et Judel Dort, 23 ans, deux voisins dont le quartier a été rasé, sont venus chercher un peu d'eau potable à la clinique, installée sur le terrain de football de l'école Bono. C'est le sous-lieutenant Philip Rumsay qui se charge de leur annoncer la mauvaise nouvelle: «Désolé, on n'a pas d'eau ici. Il y en a juste assez pour les médecins.»
Ces derniers, sur le pied de guerre dès six heures du matin, traitent plus de 150 patients par jour. «La première journée, nous avons dû effectuer huit opérations chirurgicales, ainsi qu'un accouchement», explique Bill Coltart. Les soins les plus courants concernent des plaies ouvertes de toutes tailles, ainsi que de nombreuses fractures des membres inférieurs. Le plus inquiétant reste cependant le suivi. Les patients vivent pour la plupart dans la rue, dans des conditions d'hygiène inexistantes. «Les risques d'infection sont considérables», avoue le Dr Smith.
Pour limiter les problèmes, les médecins privilégient la pose de broches extérieures pour les fractures, et les patients repartent chez eux avec antibiotiques et rendez-vous de contrôle, pour les cas les plus sérieux. Les nombreux marins francophones jouent le rôle de traducteurs entre le créole des Haïtiens et l'anglais du personnel médical. Le marin Petitpas, un Montréalais ayant vécu en Haïti, où il a appris à parler créole, est sollicité sans relâche pour traduire symptômes et posologies.
Dans les blocs opératoires improvisés, on essaie de maintenir une zone stérile, même si les patients sont couchés sur une civière étendue sur des parpaings. «Les deux tiers de notre équipe sont habitués à fonctionner dans ce type de conditions. Nous sommes une machine bien huilée», explique Valery Rebka.
Le CMAT, une organisation non gouvernementale basée en Ontario et fondée il y a 15 ans sous le nom de Canadian Relief Foundation, s'est restructuré en 2005 lors du tsunami qui a dévasté l'Asie du Sud-est. L'équipe, en poste pour deux mois, est la première à être arrivée à Léogâne depuis l'étranger. Beaucoup trop occupés à la clinique, les membres du CMAT n'ont pas le temps de se déplacer au chevet des patients incapables de bouger, une problématique que l'arrivée prochaine de dix nouveaux sauveteurs pourrait aider à résoudre.
À quelques centaines de mètres, les jeunes étudiants de la Faculté des sciences infirmières de Léogâne s'activent sans arrêt depuis le soir de la catastrophe du 12 janvier. Aujourd'hui, ils rendent visite à la clinique du CMAT, et en repartent avec des sacs de bandages et de compresses. «Maintenant, nous recevons l'aide de médecins américains et japonais, mais il y a encore beaucoup de patients à traiter dans la cour de la faculté.»
Devant l'affluence, le CMAT est obligé de fermer ses portes à 13h, et ne finit de traiter la file d'attente qu'en début de soirée. Le matin, les patients sont en premier lieu inspectés et triés par un aide médical qui répartit les cas en trois catégories: vert pour les plaies bénignes, jaune pour les problèmes graves et rouge pour les interventions chirurgicales immédiates.
Plus de dix jours après la catastrophe, de graves infections, pouvant parfois attaquer les os, forcent les chirurgiens à amputer pour éviter la gangrène. «Les gens hésitent très peu. Ils ont parfaitement conscience des terribles conditions dans lesquelles ils se trouvent, et de ce qu'ils doivent faire pour survivre.»
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