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Conférence de Montréal sur Haïti - Feuille de route

Pour un trémolo meurtrier de 30 secondes, il faudra une décennie entière de reconstruction. La première rencontre qui s'est déroulée hier à Montréal a confirmé Haïti, pays dévasté mais volontaire, pour le commandement de cette renaissance. Il s'agissait d'une décision nécessaire, dans laquelle réside un formidable défi, tant pour Haïti que pour ses pays partenaires.

La «réunion de travail» — pour reprendre l'expression du premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive — qui s'est déroulée hier à Montréal a convenu qu'Haïti, malgré l'extraordinaire gageure que cela comporte, serait maître d'oeuvre de sa remise à neuf. Pour ce pays déjà affaibli, le défi est prodigieux, car, au-delà de la reconstruction matérielle, le gouvernement devra rassurer la population sur la solidité de ses bases. Voilà certes un domaine où, par le passé, il n'a pas particulièrement excellé.

Agglutinés autour du premier ministre Bellerive, les pays «amis d'Haïti» semblaient faire consensus sur l'importance de placer ce pays au coeur de sa reconstruction. Ils cautionnent le principe, dont la charge symbolique est grande, mais les «partenaires» semblent réticents à lâcher totalement les rênes. Haïti fut grevé par les dictatures, les conflits; sa démocratie est rapiécée, son économie faible; l'instabilité politique y règne encore, la corruption aussi. Le pays aura besoin du soutien de l'ONU, à qui l'on confie le rôle crucial de coordonnateur des opérations, pour se redessiner lui-même jusque dans sa gouvernance. Mais il faudra, avec l'apport de ses communautés d'ici et de là-bas, lui faire confiance.

Une autre pierre est importante dans ces nouvelles fondations, et il s'agit de l'engagement formulé par les «amis» de rester présents, même quand les caméras seront braquées sur un autre drame. Dix ans.

Voilà l'échéancier minimal lié à cette feuille de route. Une prochaine rencontre — menée au siège social de l'ONU, à New York — aura lieu en mars pour préciser les besoins, qui seront mieux connus alors.

Le premier ministre haïtien a évoqué sa préférence pour le concept de «relance» plutôt que de «reconstruction». Il ne s'agit pas d'un caprice sémantique. Il évoque là le fait que le pays est à refaire avec bien plus que du béton. Au-delà des gravats à balayer, des entreprises, bâtiments publics, résidences, infrastructures à reconstruire, le pays doit connaître un nécessaire second souffle. Nation exsangue, Haïti était déjà au tapis bien avant ce énième cataclysme.

Dépendant des importations pour 40 % de son alimentation, le pays doit miser sur une économie alimentaire autonome — le soutien des États-Unis à l'agriculture est une bonne nouvelle, non seulement pour l'immédiat, car la saison des semis approche, mais aussi pour l'avenir. Ce renouveau est aussi l'occasion de miser sur l'éducation, que l'on sait le coeur du développement d'une nation. Ce sont des pas de géant qu'Haïti doit franchir là, car, avant la catastrophe, qui a détruit les écoles, 40 % des enfants n'allaient pas du tout en classe.

La «réunion de travail» d'hier ne changera rien aux immenses failles encore visibles dans l'aide d'urgence, dont doivent se prévaloir 400 000 familles haïtiennes sans abri. Mais elle ouvre la porte, pour le peuple, à un peu d'espoir dans cette infinie tragédie. Un «nouvel Haïti», dont le futur repose sur une organisation efficace, un soutien financier imposant et durable et des assises politiques plus solides.

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machouinard@ledevoir.com
 
 
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