Lettres - Le silence de Renée
Ma cousine Renée ne répond plus, disparue lors de l'effondrement de l'édifice des Nations unies à Port-au-Prince. Son silence, qui faisait partie de sa personnalité, est devenu insupportable aujourd'hui pour ses proches. En ce qui me concerne, je sens une obligation de la faire sortir, pour un court moment, de l'ombre où elle préférait rester. Discrète Renée. Elle me pardonnerait, je suppose, car c'est pour une bonne cause: les jeunes ont besoin de modèles.
Copines pendant l'enfance et l'adolescence, nous nous sommes perdues de vue ensuite. Nous avons grandi. Elle a grandi en force et en courage. Puis, un jour, elle en a eu assez d'un travail sans intérêt. Elle est partie. Déterminée, elle s'était d'abord préparée avec sérieux, avait perfectionné sa formation: français (je pense à un cours par correspondance de l'Université de Montréal qu'elle m'avait fait connaître) et anglais, long séjour aux États-Unis, accueillie par une autre cousine et amie. Puis, le destin. Départ pour New York, sélectionnée pour un poste aux Nations unies. Partie vivre ailleurs. Le travail et les voyages à l'étranger occupaient tout son temps. Beaucoup de travail, j'ai su qu'elle faisait de longues heures. J'ai su aussi qu'elle en était à sa dernière mission, qu'elle se préparait à revenir enfin à Montréal pour se rapprocher de sa famille qu'elle aimait tant. Pourtant, en lisant mon journal la semaine dernière, j'ai compris, après une période de déni, qu'elle ne reviendrait pas.
J'imagine le vacarme à Port-au-Prince, un fracas effrayant. Trop de bruit aussi à Montréal, beaucoup de mots. Je suis pourtant obsédée par ton silence, sobre et audacieuse Renée, celui d'aujourd'hui comme celui d'avant. Pacifique au quotidien par ton attitude, je pense que ce sont des personnes comme toi qui nous permettent de croire que les choses peuvent changer, en Haïti comme ailleurs.
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Line Chabot
Copines pendant l'enfance et l'adolescence, nous nous sommes perdues de vue ensuite. Nous avons grandi. Elle a grandi en force et en courage. Puis, un jour, elle en a eu assez d'un travail sans intérêt. Elle est partie. Déterminée, elle s'était d'abord préparée avec sérieux, avait perfectionné sa formation: français (je pense à un cours par correspondance de l'Université de Montréal qu'elle m'avait fait connaître) et anglais, long séjour aux États-Unis, accueillie par une autre cousine et amie. Puis, le destin. Départ pour New York, sélectionnée pour un poste aux Nations unies. Partie vivre ailleurs. Le travail et les voyages à l'étranger occupaient tout son temps. Beaucoup de travail, j'ai su qu'elle faisait de longues heures. J'ai su aussi qu'elle en était à sa dernière mission, qu'elle se préparait à revenir enfin à Montréal pour se rapprocher de sa famille qu'elle aimait tant. Pourtant, en lisant mon journal la semaine dernière, j'ai compris, après une période de déni, qu'elle ne reviendrait pas.
J'imagine le vacarme à Port-au-Prince, un fracas effrayant. Trop de bruit aussi à Montréal, beaucoup de mots. Je suis pourtant obsédée par ton silence, sobre et audacieuse Renée, celui d'aujourd'hui comme celui d'avant. Pacifique au quotidien par ton attitude, je pense que ce sont des personnes comme toi qui nous permettent de croire que les choses peuvent changer, en Haïti comme ailleurs.
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Line Chabot
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