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Quand le showbiz s'empare d'Haïti

Fabien Loszach - Doctorant en sociologie à l'UQAM  26 janvier 2010  Actualités internationales
Il y aurait, selon certains observateurs, trop de journalistes sur le terrain en Haïti, ce qui ralentirait le travail des secouristes et des ONG. Cela fait débat. Pourtant, s'il y a bien un terrain qui est occupé, c'est celui de la charité, et par les vedettes du show-business. Et c'est ici que ça se passe.

La chose semble entendue: à chaque grande catastrophe humanitaire, outre les collectes de fonds menées par les associations caritatives, le monde du show-business se «mobilise» pour organiser une pléthore de spectacles-bénéfice, de mégashows solidaires et humanitaires.

On dirait que les organisateurs de ces grand-messes culturelles sont déjà dans les starting-blocks avant même que les catastrophes n'aient eu lieu et qu'ils les voient venir comme les animaux anticiperaient les tremblements de terre. Ainsi, quelques heures après l'annonce du tremblement de terre, les gérants de spectacle et les artistes organisaient les premiers préparatifs. Attention, il ne faut pas louper le train de la générosité; quand il est en marche, il ne s'arrête plus (on l'oublie, c'est différent).



Pour vous tirer des larmes

Le catéchisme collectif prend de multiples formes et est extensible à l'infini: spectacles en tous genres, concerts, théâtre, cirque, et bien sûr, comme de juste, la fameuse chanson qui regroupe un pot-pourri de tout de qui se fait de mieux comme bonnes âmes solidaires. À Montréal, on pouvait aller se recueillir, cette semaine, au Gesù en compagnie d'Ariane Moffatt pour un spectacle intitulé L'union fait la force au profit de l'organisme Médecins sans frontières. Le lendemain, si vous étiez encore en forme, le festival de l'altruisme se transportait dans votre salon puisque «L'habituelle concurrence des grandes chaînes de télévision et de radio québécoises [faisait cette fois] place à l'entraide», et l'on pouvait regarder sur tous les postes le spectacle Ensemble pour Haïti, coanimé par France Beaudoin et Luck Mervil.

En France, des chanteurs et acteurs se sont «mobilisés» autour du rappeur oublié Passi, de Charles Aznavour, Anthony Kavanagh et Ophélie Winter (sic) entre autres, pour enregistrer la désormais classique chanson du temps de crise humanitaire. La chanson, musicalement indigeste, est à placer à la suite d'une longue série de mièvreries solidaires: en 1985 en pleine crise éthiopienne, Michael Jackson et Lionel Richie écrivent We Are the World, la même année, Renaud et les Chanteurs sans frontières (français, mais vivant parfois en Suisse) interprètent la chanson Éthiopie. Plus près de nous à la même époque la fondation Québec Afrique enregistre Les Yeux de la faim.

Toujours le même leitmotiv: vous tirer les larmes des yeux en ne parlant que des enfants qui souffrent, exit la politique et les vrais responsables de la famine (la junte militaire de Mengistu).



Mobilisation de vedettes

Laurence Haim, correspondante à Washington pour la chaîne d'information iTélé raconte que l'«on n'a jamais vu autant de journalistes se mettre en scène, et de stars se mobiliser pour Haïti». Elle cite l'exemple de Jennifer Lopez qui a fait la veille à la télévision américaine un téléthon en direct où elle répondait elle-même en direct et en sanglots pour dire sa peine.

Elle n'était pas la seule sur le créneau du téléthon puisque George Clooney Madonna, Steven Spielberg, Julia Roberts, Alicia Keys, Shakira, Bruce Springsteen et Stevie Wonder entre autres ont aussi organisé le leur. Enfin, à Toronto, c'est notre Céline Dion nationale (pourquoi était-elle là-bas plutôt qu'ici?), James Cameron et Michael J. Fox qui ont uni leurs forces pour lancer un appel aux Canadiens (on n'oubliera pas dans les médias d'ici de comparer la générosité réticente des Canadiens et celle sans commune mesure du peuple québécois, plus altruiste et entretenant avec Haïti une vraie relation fraternelle...),

Pour Laurence Haim, «c'est comme si les stars d'Hollywood découvraient que depuis des années, voire des siècles, Haïti est un des pays les plus pauvres du monde». Cela est «très gênant pour tout observateur indépendant de voir ce mélange de star-système et de vedettes journalistiques se mettre en scène...».


Une fête avec le Bien

Car c'est bien de cela qu'il s'agit: la mise en scène de la charité et de la solidarité et de la mise en spectacle du Bien par des artistes vertueux, pleins de bons sentiments et de compassion, censés nous sensibiliser du haut de leur humanisme (consubstantiel à leur identité d'artiste). À la manière des féministes qui dans les années 60 criaient «ne me libérez pas, je m'en charge», j'aimerais leur dire «ne me sensibilisez pas, je vous en prie, j'y arrive très bien tout seul».

«Quand j'étais enfant», racontait cet automne Pierre Foglia dans La Presse, «le Bien se faisait discrètement. On faisait l'amour à son prochain comme on le faisait à son épouse, sans gymnastique particulière, à la missionnaire si j'ose dire, et surtout sans en parler sur la place publique». Aujourd'hui, il faut que le bien devienne une fête, qu'il s'affiche et puis il faut de l'émotion, beaucoup d'émotion, à en vomir; il faut montrer des enfants parce que les enfants incarnent le bien absolu, le «passe-partout intouchable» (Philippe Muray); il faut que Céline pleure aussi: Take a Kayak!

Peut-on remettre en doute la bonne foi et la générosité des vedettes du show-business? Qui oserait le faire publiquement sans craindre le courroux? A-t-on le droit de soupçonner l'opportunisme de quelques-uns? Sûrement pas et, dans ces moments extrêmement tragiques, le monde médiatique devient si consensuel que le moindre pas de côté vous assure un lynchage.


Évangile médiatique

Pourquoi? Simplement parce que l'artiste incarne la conscience morale de notre société, c'est le citoyen contestataire et le rebelle solidaire au grand coeur par excellence. Voilà le nouvel évangile médiatique: l'artiste fait le bien, sa mission est juste, et comme dans tout bon évangile, elle n'accepte aucune critique sous peine d'excommunication.

Pourtant, ces galas de bienfaisance sont une bonne publicité pour les vedettes, publicité qui demande peu d'investissement et qui permet une belle rétribution en capital sympathie et donc en ventes futures... La solidarité est-elle un placement sans risque à taux élevé? Un rêve de financier, une réalité du show-business.

Foglia explique qu'en son temps, la guerre contre la pauvreté se menait individuellement, dans la retenue et sur le terrain politique, à travers des mesures sociales, une idéologie... Pourquoi personne n'a milité pour un impôt exceptionnel, une taxe solidarité perçue au prorata des capacités de chacun? À cause de l'urgence de la situation? Non, mais parce que notre société a déserté le monde de la politique pour le spectaculaire et le médiatique. Imaginez Céline Dion sur TVA en train de montrer que, rationnellement, il est plus efficace de collecter l'impôt: exit l'émotion, exit la chanson, exit les larmes... et l'investissement sans risque à taux élevé.

*****

Fabien Loszach - Doctorant en sociologie à l'UQAM
 
 
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  • Pierre Leyraud - Abonné
    26 janvier 2010 07 h 25
    La grande misère "extraordinaire "
    Je partage tout à fait le point de vue de F Loszach et je félicite Le Devoir de publier son texte.Tout se passe en effet comme s'il existait pour un ensemble de pays un état de grande misère "ordinaire" tout à fait tolérable dont on connait les causes ( exploitation, domination,colonisation ...) contre lesquelles on ne fait rien.Cela fait en quelque sorte partie de l'ordre du monde. Il faut alors qu'un évènement quelconque rende cet intolérable quotidien vraiment intolérable pour que,pendant un certain temps, un grand mouvement de générosité et de compassion se fasse. Bien sûr il faut aider Haïti c'est important et c'est urgent mais ,je vous en prie ,arrêter les surenchères médiatiques, arrêter de faire couler la guimauve !!!
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  • Pataflore - Inscrit
    26 janvier 2010 07 h 33
    Quand le showbiz s'empare d'Haiti
    Merci monsieur

    J'ignorais ce qui me rongeait l''esprit depuis quelque temps. Merci pour cette thérapie. "Il faut battre l'artiste quand il est show... business"
    Pendant ce temps-là, pour "d'autres" l'aide humanitaire c'est comme la démocratie: ils l'apportent sur une civière et à la pointe d'un fusil

    Florent
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  • Michele - Inscrite
    26 janvier 2010 09 h 19
    La montée en puissance des médias
    À mon avis, c'est plutôt la collusion entre les médias et le show business qui fait problème. Le show business sans le support des médias n'aurait pas le même impact.
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  • jacques noel - Inscrit
    26 janvier 2010 09 h 45
    Céline n'était pas à Toronto
    Céline Dion n'était pas à Toronto. Elle était en Floride
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  • Benoît Gravel - Inscrit
    26 janvier 2010 09 h 47
    Tout ce showbiz devient apolithique, Haiti
    Merci de cet article,

    J'en avais moi-même mal au coeur de tout ce voyeurisme en direct. Cet argent dépensé eut été de beaucoup plus profitable en solide ou en jus de bras...
    Tel que dit par Foglia, la charité, la guerre contre la pauvreté se menait individuellement, dans la retenue et sur le terrain politique...

    La moyenne des artistes bénéficiant de cette fenêtre gratuite ne sait absolument rien du politique et autre problémes structuraux inhérents à Haiti (Plus aucun arbre, agriculture déficiente, ...) Je n'ai pas encore entendu une fois le terme Immigration Environnementale, ce qui décrit bien ou se situe ce pays physiquement assis sur tous les cataclismes possible.
    Et si un autre tremblement de terre de magnitude 7.5 survenait dans 2 ans, après tous ces efforts, quel est le plan B?

    Quant à nos journalistes, c'est du même au pareil. On nourrit tous les Twitter et les pages frontispices de ce monde instantanément. Quiconque a fait de la gestion de projet sait pertinemment ou mettre ses priorités (sauver les personnes encore vivantes) alors que l'on n'entendait que les ''Secours n'arrivent pas assez vite'', ce qui prend temps, organisation/logistique et routes physiquement accessibles.

    Encore une fois, on se drape dans l'instantané de la thérapie médiatique alors que ce peuple doit et devra assurer sa destinée, soit en Haiti, soit ailleurs!
    Qui les aidera alors que la majorité de leurs cerveaux, la diaspora, sont ailleurs?

    Benoît Gravel
    Laval
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  • Marc O. Rainville - Inscrit
    26 janvier 2010 10 h 25
    Céline Dion à TVA
    Elle s'est retenue. ''Take a canoo!''
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  • Marco - Inscrit
    26 janvier 2010 10 h 35
    Collusion vous dites?...
    Le show biz et les médias ont toujours été comme 2 larons en foire qui ont toujours su danser au rythme des évènements dramatiques.

    Peut-on imaginer l'existence des médias sans la possibilité de diffusion d'un évènement d'une certaine importance? Ou peut-on imaginer un organisme culturel ne faisant pas appel aux médias?

    Dans le cas d'Haïti, connivence et complaisance allaient de pair? C'est très clair! Et ça toujours été...

    We are the World! We are the World!... Vous vous rappelez?!...

    Une autre catastrophe S.V.P.!! The show must go on!!...
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  • Jerome Letnu - Inscrit
    26 janvier 2010 11 h 09
    Le peuple carbure à l'émotion
    Écoutez les annonces 30 secondes avants les bulletins de nouvelles, qui annoncent leur contenu, ont vous promet de l'émotion.

    Tel ou tel invité sera à une émission d'entrevue ? Là encore, on vous promet de l'émotion.

    Une émission documentaire sera diffusée prochainement ? Soyez-y, il y aura de l'émotion !

    Le peuple veut de l'émotion ? Les médias se chargent de lui en fournir, puisque c'est bon pour les cotes d'écoute.

    Pendant ce temps, les élites se frottent les mains, puisque les émotions, ça ne coute pas cher à produire, et pendant que le peuple s'émeut, il est éloigné des enjeux politiques.
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  • France Marcotte - Abonnée
    26 janvier 2010 11 h 19
    Bravo pour votre liberté de pensée
    Ce texte critique du sociologue Loszach a d'autant plus de valeur qu'il concerne un événement très récent sur lequel nous n'avons pas encore de recul et que les médias tendent à se subtituer dans l'immédiat des événements à la conscience des gens; on les laisse réfléchir à notre place ou bien ils parlent si fort qu'on ne s'entend plus penser; on est emporté dans le tourbillon médiatique si on ne fait pas une réflexion personnelle avant de s'y abandonner. M. Loszach suggère même que le showbiz regarde les choses avec un certain détachement: "On dirait que les organisateurs de ces grand-messes culturelles sont déjà dans les starting-blocks avant même que les catastrophes n'aient eu lieu..." dit-il. Quand on y pense, c'est vrai que le show de dimanche par exemple était drôlement bien rodé pour une improvisation. Et les nuances de toutes les premières impressions individuelles devant ce malheur sont gommées par la grande vague médiatique uniformisante. J'aurais aimé mieux donner sans être manipulée.
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  • Tania Kontoyanni - Inscrit
    26 janvier 2010 12 h 25
    Quand le sociologue délaisse Haïti.
    M. Loszach,
    vous critiquez, dans votre lettre d'opinion, des artistes qui, en se mettant sous les projecteurs, deviennent des proies bien faciles, me semble-t-il, pour un doctorant en sociologie. Croyez-vous vraiment que George Clooney, Madonna, Steven Spielberg et tous les autres guettaient les malheurs d'Haïti pour en profiter et mousser leurs ventes? Ou cherchez-vous à vous faire un nom en vous servant de ceux de ces vedettes locales ou ces stars internationales que vous citez? La question vous choque, peut-être?

    Aurait-il été préférable que ces artistes restent confortablement assis devant leur téléviseurs, témoins passifs de cette tragédie? Pourquoi ne pas pointer ceux qui n'ont pas levé le petit doigt alors que leur notoriété leur aurait permis de déplacer des montagnes? Demandez un peu à Médecins Sans Frontières s'ils sont outrés que Ariane Moffat organise une soirée dont les profits leur sont destinés. Ou encore à la diaspora Haïtienne si elle trouve choquant cet élan de solidarité.

    Loin de moi l'idée de vous lyncher (vous vous en protégez fort bien dans votre lettre après avoir vous-même jugé tous ceux que vous mettez dans le même panier), mais n'aurait-il pas été plus utile de votre part, en tant que sociologue, de prendre justement pour cible la politique et les vrais responsables de la crise Haïtienne qui, eux, se gardent bien de s'exposer sous les projecteurs?

    Quant à la sincérité de certains intervenants, ne vous en faites pas, M. Loszach, le public a l'intelligence du coeur. Il sait distinguer les opportunistes parmi ceux qui agissent en toute bonne foi.

    Tania Kontoyanni
    Montréal.
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  • Stéphane Martineau - Abonné
    26 janvier 2010 13 h 14
    Et quand l'émotion sera retombée ?
    La grande majorité du peuple haïtien sera encore pauvre, dans la plus grande indifférence de leurs anciens donateurs...qui continueront à consommer jusqu'à plus soif....
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  • Jonathan charron - Inscrit
    26 janvier 2010 13 h 33
    t avais rien d autre a parler
    Moi j aurais honte si j avais une pensé comme la votre toi pis tes chum. J aimmerai savoir c quoi vous avez fais toi pis ta gang de bébé gâtés, vous vous couchez le ventre plein le soir, ca ce voit bien, Ton espece ou ta race m écoeur, toujours pret a piler sur la tête des gens qui font de quoi de bon , en pensant qu elle le font en leur interet . Mais moi je crois plus que, c toi qui a rien a parler et TU CHERCHEquoiuoiuse moi j avais oublié, tu te cherche encore. si etre sociologue ca te fait mal a tête lâche ta job mon ennemi, pis Madame marcotte il a toujours une limite à dire:BRAVO POUR VOTRE LIBERTÉ DE PENSÉE. YO, sur quelle planète vous vivez!!!!!!! Bon si vous arrettiez d`analyser les faits et geste de bonne personne
    et ferriez de quoi de bon pour l`humanité prend ta gang pis va vivre sur ile dans nord canadiens .
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  • Michel Bédard - Inscrit
    26 janvier 2010 13 h 44
    Marc-O. Rainville.
    Wow, je te redécouvre, comment vas-tu vieille branche ? Heureux de te savoir encore parmi nous, vivant et toujours debout. Comment vont Michel, et ta progéniture ? Mon adresse est ebmmichel@hotmail.com Oh, j'oubliais... l'artcle est super.
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  • Georges Paquet - Abonné
    26 janvier 2010 14 h 28
    S'amuser du malheur des autres
    L'insensibilité de ce Fabien Loszach, doctorant en Sociologie, parfumé à l'eau de rose, que les odeurs des morts Haïtiens n'atteint pas, fait pitié à voir.
    Devant la catastrophe, dont l'ONU dit qu'elle est la plus terrible de son histoire, M. Loszach et ses admirateurs nous disent qu'ils en ont assez vu. Ils veulent retourner à leur émissions de variétés. Ils ne veulent pas être dérangés quand ils écoutent leur musique préférée. Surtout ne leur parlez pas de la misère des autres. Et surtout ne leur demandez pas de contribuer financièrement à l'effort que font leurs concitoyens pour retirer des décombres quelques uns des malheureux sinistrés.

    Le peuple veut de l'émotion. Disent-ils.

    Pour eux, Haïti, c'est un spectacle comme un autre. Mais pas orchesré à leur goût.
    Ils auraient préféré qu'il y ait un peu moins de bruit de tremblement de terre et de cris de détresse et un peu plus de musique.

    Quelqu'un peut-il encore supporter le discours de ces insensibles et hautains individus?

    Georges Paquet
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  • Ginger Walsh - Inscrit
    26 janvier 2010 15 h 57
    Bravo monsieur Fabien Loszach!
    Si j'étais votre directeur/directrice de thèse de doctorat,
    je vous l'accorderais de suite avec mention excellente!

    Je n'aurais jamais osé écrire cela, mais vous l'avez fait avec brio... MERCI.

    Ginger
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  • Frédéric Chiasson - Abonné
    26 janvier 2010 17 h 08
    Spectacles humanitaires efficaces ? Huxley et l'alter-égoïsme
    Personnellement, j'ai trouvé le texte de Loszach très amusant et quand même pertinent. Contrairement à Jonathan Charron et Georges Paquet, je suis loin de croire que notre doctorant en sociologie soit «parfumé à l'eau rose» et «insensible et hautain». Au contraire, je crois qu'il exprime très bien l'effet pervers que cause cet amoncellement de concerts, reportages spéciaux, campagnes de dons et autres activités caritatives : un émoussement de notre sympathie pour la cause.

    Un point à ajouter des plus importants : est-ce que ces nombreuses campagnes médiatiques sont vraiment efficaces à régler les problèmes auxquels ils nous sensibilisent. Le message sous-jacent à ces campagnes semble dire ceci : plus vous donnez d'argent, plus vous réglez le problème. Si cela était vrai, toute l'Afrique serait devenu un exemple de développement social et économique depuis longtemps !

    Vous rappelez-vous de Live 8, le super-spectacle caritatif en 2006 pour inciter tout le monde à donner encore plus d'argent à l'Afrique ? Est-ce que cela a eu un impact durable sur la situation de l'Afrique ? J'en doute. Mais comme l'écrit Loszach, cela a plus d'impact sur la sympathie que l'on accorde aux vedettes que sur la cause que celles-ci veulent améliorer, avec toutes leurs intentions louables.

    Cela me rappelle beaucoup Aldous Huxley, qui parle beaucoup de l'alter-égoïsme (bien avant l'apparition du terme alter-mondialiste d'ailleurs !). Si pour Huxley, l'égoïsme est le culte de soi, l'alter-égoïsme est le culte d'une cause (nationaliste, religieuse, caritative) qui devient une représentation de soi. La volonté de bien faire pour cette cause devient la valeur par laquelle nous (et les autres) trouvons grâce à nos yeux. L'alter-égoïsme suscite toujours une forte émotion, un fort sentiment d'urgence, voire un fanatisme pour la cause choisie. Selon Huxley, les alter-égoïstes cherchent surtout, à travers leur action et leurs épanchements émotifs, à se donner une épithète de bonté, à se sauver eux-mêmes.

    Huxley condamne vivement l'alter-égoïsme et lui oppose le véritable altruisme, qui lui se distingue par une mortification du «moi», c'est-à-dire l'image que l'on se fait de nous-mêmes. Pour Huxley, il est impossible de faire beaucoup de bien avant d'ÊTRE bien, c'est-à-dire être libéré de ses désirs et de ses peurs (notons que Huxley est bouddhiste !). Si nous ne sommes pas libérés de ces passions, tout ce que nous pourrons faire, c'est «parfois un peu de bien, parfois rien du tout, et souvent beaucoup de mal» ! L'action juste demande d'abord une vision juste de la situation, ce qui est impossible lorsqu'elle est embuée par de grandes émotions. Pour être véritablement bon et vraiment faire du bien, ce désir de se voir bon doit mourir.

    Si l'on regarde les grands altruistes de ce monde (je pense tout de suite à Mère Teresa), jamais on ne les a vus faire de grandes crises de larmes pour inciter les autres à donner à leur cause. D'ailleurs, ils ne demandent pas grand chose ! Ils se démarquent justement par leur absence d'orgueil personnel et leur humilité.

    Ce dont Haïti a le plus besoin, c'est justement d'une vision claire et d'une action juste. Après avoir secouru les habitants, le pays cherche à se bâtir une nouvelle structure sociale. Une vision claire et une réflexion juste aidera plus le pays que toutes les kermesses et l'argent du monde.
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  • René Girard - Abonné
    27 janvier 2010 01 h 21
    Bravo!
    Vous pensez comme moi monsieur Loszach et vous avez trouvé les bons mots pour le dire. Votre texte est criant de vérité. J'admets qu'il peut être choquant pour des gens superficiels qui ne voit pas la charité-business derrière ces shows, ou bien qui sont eux-mêmes partie prenante. Mais qu'ils sachent qu'avec des gens comme vous monsieur Loszach, ces profiteurs sont solidement dénoncés. Merci encore et continuez de diffuser votre libre pensée. Notre monde en a grandement besoin.
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  • M Dubois - Inscrite
    27 janvier 2010 02 h 49
    UN AUTRE RAISONNEMENT TORDU
    Décidément, les intellectuels adorent appliquer leur grille néo-marxiste à tout et n'importe quoi. Retenons que les media Clooney les artistes en France ont permis d'amasser 450$US millions jusqu'ici. Et on nous dit que ce ne sera pas suffisant pour nourrir et reloger tous les sinistrés.

    Les gens aident comme ils peuvent, certains chantent, d'autres ont du charisme, je voudrais savoir ou est le problème. Coluche a créé il y a plus de 20 ans, avec l'aide des méchants media, les restos du coeur qui servent maintenant des millions de repas aux pauvres de France. Pourquoi toujours soupçonner la générosité des gens et diaboliser les autres ? Je trouve que c'est indigne et que cet étudiant au doctorat devrait se faire les dents sur autre chose que la misère des Haitiens.
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  • René Girard - Abonné
    27 janvier 2010 03 h 26
    Mère Teresa supercherie
    J'invite monsieur Chiasson et tous ceux qui se sont fait bourré le crâne par le spectacle de la fausse sainte qu'était Mère Teresa à regarder ce clip. À moins d'avoir la foi, c'est-à-dire être aveuglé par la foi sans preuves, il est inhumain de glorifier la souffrance. Alors que le simple bon sens nous enseigne de tout faire ce qui est humainement possible de faire pour soulager la souffrance Mère Teresa refusait de donner des médicaments pour soulager la souffrance sous le prétexte insensé de communier aux souffrances du Christ. Elle-même lorsqu'elle tomba malade se fit transporter dans les meilleurs hôpitaux de l'Occident. Regardez bien ce clip avant de juger:

    http://www.youtube.com/watch?v=9WQ0i3nCx60
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  • Celine A. Massicotte - Abonnée
    27 janvier 2010 04 h 51
    à F. Chiasson:
    Comme le chantais si bien Charlebois (God is an american), vos propos me font ch... Non, mère Thésèsa ne pleurait pas, elle se contentait de coucher dans le lit de millionnaires véreux. Beaucoup plus que les artistes elle a bâti réputation (entendre sa sainteté) en entretenant des mourroirs, sans jamais parler des vraies affaires, qui elles sont politiques.

    Quant au bouddhisme... Lui-même se bâtit sur la misère des pauvres à qui des garçonnets de trois quatre et cinq ans sont arrachés pour devenir moines, mais, à cet âge-là, ils sont tout à fait consentants, disent-ils sans rire (ré: le documentaire Les chemins du ciel). Et durant ce temps-là, le dalaïl lama parcourt le monde pour faire sa promotion homophobe et antisexuelle en général (lutter contre la masturbation, au 21e siècle, faut le faire!), dans des conférences qui lui rapportent des millions. Politiquement, il est très modéré. Et durant ce temps-là son peuple continue de crever au propre comme au figuré.

    La politique et le destin d'Haïti eux -mêmes sont grevés par une foule de religions et de sectes qui s'engraissent grâce aux émotions et à la pitié des blancs.

    Les artistes, eux, ne font pas que vampiriser, si tant est qu'il le font, au moins ils créent, et tant au Québec qu'au Canada, la grande majorité d'entre eux ne roulent pas sur l'or, loin de là.
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  • Hélène Fortin - Abonnée
    27 janvier 2010 10 h 53
    Et en Haïti pendant ce temps.:
    -La population vit toujours sous des abris de fortune, quand abri il y a.
    -Les cadavres en décomposition se liquéfient lentement dans la chaleur, sous des monceaux de débris, polluant l'atmosphère.
    -La soif, la faim rendent fou sous un soleil de plomb.
    -La colère monte, la rage s'installe.
    -Partout l'impuissance, l'attente.
    -Les secours arrivent parfois, n'arrivent pas encore, le plus souvent.
    -Certains sont soignés, la majorité endure sa douleur.
    L'argent est là, l'eau, les vivres, les médicaments et les bras aussi...mais le chaos et le gigantesque bordel ambiant paralysent les efforts et les bonnes volontés. Pendant ce temps les caméras tournent, les reporters rapportent...le temps passe, c'est comme si on se hâtait lentement...!
    Et ce matin, je lis ce texte d'un quelconque doctorant qui avoue son raz le bol des shows "pseudo-humanitaires pour ramasser du fric" qui jouent sur la corde émotive des spectateurs, je lis les réactions des lecteurs ...et je désespère. J'ai le goût de dire "qu'importe le flacon pour peu qu'on ait l'ivresse"...les millions récoltés serviront à une juste cause, plus noble que l'enrichissement d'une équipe sportive, d'un groupe rock ou de quelques stars...et je ne suis pas aveugle au point de ne pas voir que certains profitent de la situation pour se faire de la publicité. Et pendant ce temps, là-bas en Haïti, dans les décombres de Port au Prince...sous le soleil, une autre journée se passe...
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  • guy laramée - Inscrit
    27 janvier 2010 18 h 29
    Les sociologues s'emparent d'haïti !
    Merci pour votre excellent article. Malheureusement, votre position a les défauts de la lucidité, et vous nous faites risquer un péril très grand : le cynisme.

    Pour être honnête, votre position devrait également poser quelques questions supplémentaires, dont la suivante : combien de thèses de doctorat seront produite sur le phénomène, et donc combien d'intellectuels occidentaux feront carrière sur le plancher de cette catastrophe ?

    Votre position souffre également d'un biais discutable. Vous semblez oublier que l'art est aujourd'hui l'un des seuls lieux de résistance contre la montée de cette nouvelle religion : la science. En rétablissant la subjectivité dans notre vision du monde, l'art lutte à sa manière contre l'hégémonisme des discours objectivistes, hégémonie à laquelle vous semblez souscrire puisque 1-vous participez à la constitution du temple de la science; 2- parce qu'en parlant des "vrais" problèmes, vous semblez refuser d'aller en amont d'une vision socio-politique. Pourquoi les gens sont-ils opportunistes ? Pourquoi pensent-ils à leur intérêt avant celui de la collectivité ? Vous devrez faire la preuve que vous acceptez d'inclure les visions du monde qui ont en leur centre autre chose que le "devoir-être" moral.

    Ceci dit vous touchez à un bobo de taille et votre courage doit être félicité. Mais vous devez aussi faire la preuve que vous demeurez critique face au paradigme dans lequel s'inscrit votre pensée.

    La générosité, comme la science, est toujours maladroite. Elle avance à tâtons. Si vous jetez la pierre aux donneurs, vous devrez la jeter à tout le monde, car tout le monde va s'emparer, d'une façon ou d'une autre, de ce malheur.
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  • Frédéric Chiasson - Abonné
    10 décembre 2010 06 h 27
    @ René Girard et Céline A. Massicotte
    @R.Girard : Il semblerait que même Mère Teresa ferait de la charité spectacle ! Je devrais retirer cet exemple écrit trop vite (entre parenthèses quand même !), quoique je n'ose pas trancher sur la véracité de son dévouement.

    @Mme Massicotte : donc, mes propos vous font «ch...» comme vous écrivez. Commencez par lire mon texte comme il faut. C'est Aldous Huxley qui est bouddhiste, pas moi. Il peut très bien se déclarer comme tel sans suivre tout ce que dit le Dalaï-Lama. Il ne peut plus le faire, étant mort en 1963 ! Pour ce qui est du Dalaï-Lama et l'homosexualité, lisez ce qu'il écrit sur la question avant de commenter (juste sur Wikipédia!).

    Votre commentaire est la parfaite démonstration de ce que Huxley décrivait comme les dangers de l'alter-égoïsme faisant plus de mal que de bien ! Vous parlez des artistes. Vous n'avez vraiment pas vérifié qui j'étais. Juste en tapant mon nom dans Google, vous auriez vu que je fais cette réflexion, car justement JE SUIS UN ARTISTE. Mais je ne veux pas encourager une aide humanitaire qui fait plus de mal que de bien, malgré de bonnes intentions. Un exemple rapporté par le maire de Port-au-Prince : l'armée américaine apporte de l'eau potable mais ne ramasse pas les bidons de plastique contenant cette eau. Résultat : Port-au-Prince fut prise avec des quantités de bidons vides sans pouvoir les ramasser. Autre exemple, on construit une extension pour le choléra près d'une école. À cause de problèmes de communication, les habitants la détruisent de peur que les malades contaminent les enfants.

    Est-ce que mon argent ou ma participation encouragerait d'autres activités de ce genre ? Je préfère donner discrètement à des organismes qui ont fait leurs preuves en offrant selon Huxley une vision et une action justes, respectueuses des habitants, ce que demande les Haïtiens eux-mêmes ! Donc, soyez juste vous-mêmes Mme Massicotte et relisez mon commentaire correctement.
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