Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Reconstruire

    Aujourd'hui à Montréal, le monde se porte au chevet d'Haïti et prépare une grande conférence internationale — sans doute en mars ou en avril — qui aura lieu tout juste un an après un autre exercice du même genre, à Washington en avril 2009, qui avait abouti à des promesses de 350 millions de dollars. Promesses dont on attendait toujours la concrétisation à la veille du séisme.

    Espérons que cette réunion de Montréal — et celles qui s'ensuivront — sera davantage qu'un festival international de la compassion, un défilé de coqs humanitaires, avec un gouvernement fédéral canadien tout excité de se retrouver — l'espace d'une journée — au coeur de la diplomatie mondiale. Devant un tel drame, les rivalités et petites vanités étatiques sont particulièrement déplacées.

    Question essentielle: le court terme, oui, mais quid du long terme? Aider les Haïtiens à passer les prochains mois avec suffisamment d'eau, de vivres et de soins, voilà qui sera beaucoup plus facile que de remettre sur pied sérieusement une société détruite, et pas seulement dans ses infrastructures physiques.

    Propos de Donald Steinberg, vice-président de l'International Crisis Group, réputé think tank d'analyse internationale: «Ceux qui croient qu'il s'agit simplement de reconstruire des hôpitaux, des écoles et des habitations, se trompent complètement. Les pays donateurs doivent comprendre qu'il s'agit de reconstruire le système politique et le tissu économique du pays.»

    «Reconstruction»: le mot a des significations multiples. C'est la remise en ordre des infrastructures élémentaires comme les routes ou les circuits d'eau potable et d'électricité. Mais c'est aussi la construction d'un véritable État au milieu de ruines physiques et morales.

    Peut-on espérer que cette tragédie, l'expérience inouïe d'une destruction sans précédent, sera une chance pour Haïti? Oui, on le peut, et cette idée générale devrait même guider les initiatives qui suivront.

    Mais, pour ce faire, il faudra une profonde prise de conscience — à la fois par les pays étrangers et les élites haïtiennes — de l'inadéquation de presque tout ce qui a été tenté jusqu'alors. De l'aide, oui, et massive. Mais concrète, ciblée, efficace, qui exige des résultats du récipiendaire et induise une sorte de révolution culturelle en Haïti et dans les circuits de l'aide au développement.

    Mais il faut faire vite: l'intérêt universel autour d'Haïti ne durera que quelques semaines. À Montréal et ailleurs, on doit s'engager décisivement, fouiller nous-mêmes le fond de nos poches et de nos coeurs... et de notre imagination.

    ***

    Un petit erratum...

    Retour sur un autre petit pays, lui aussi plus important que sa taille physique: le Rwanda. Dans mon avant-dernière chronique du lundi, j'ai péché par omission en écrivant que la France était le seul pays où l'on avait osé mettre en cause le rôle des représentants du pouvoir tutsi de Kigali dans les massacres et violences politiques des années 1990 et 2000, au Rwanda et en Afrique centrale.

    C'était inexact: il y a aussi la justice espagnole qui avait lancé, début 2008, des procédures qui mettent en cause «l'autre camp» dans ce drame: le camp du dictateur tutsi Paul Kagamé, assis sans vergogne sur la mémoire du génocide, et dont plusieurs dizaines de collaborateurs ont à cette occasion été accusés de crimes et massacres divers. Alors que les poursuites françaises ont été abandonnées, les recours judiciaires espagnols sont toujours actifs.

    Il y a quelques jours, une femme courageuse est retournée dans son pays: la leader de l'opposition Victoire Ingabiré, qui prétend se présenter à l'élection présidentielle d'août prochain. Défiant de façon inouïe le régime actuel qui ne tolère qu'une version de l'Histoire, elle a visité le mémorial du génocide et déclaré que «le chemin de la réconciliation est encore long. Ce mémorial ne rappelle que le génocide perpétré contre les Tutsis, alors qu'il y a eu aussi des massacres de Hutus». Nette allusion aux crimes du Front patriotique rwandais (FPR), aujourd'hui au pouvoir.

    La réponse ne s'est pas fait attendre. Dénonçant Mme Ingabiré comme «négationniste» — ce qu'elle n'est manifestement pas, voir la citation précédente —, le vice-président de la chambre des députés a lancé: «Quiconque nie le génocide et prétend être rwandais n'est pas un véritable Rwandais. Une telle personne est disqualifiée pour gouverner le pays.»

    Ce qui donne une idée du niveau de tolérance politique en vigueur aujourd'hui à Kigali. Malheureusement, ce régime bénéficie toujours d'une extraordinaire complaisance en Occident.

    ***

    François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

    ***

    francobrousso@hotmail.com












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.