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    De l'aide, pas la charité

    Conseils venus de Paris en prévision de la conférence de Montréal

    L’aide a beau enfin se rendre jusqu’aux sinistrés, nombreux sont les Haïtiens qui quittent Port-au-Prince, certains profitant des autobus gratuits mis à leur disposition, d’autres, comme cette famille, s’en vont à pied.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Jewel Samad L’aide a beau enfin se rendre jusqu’aux sinistrés, nombreux sont les Haïtiens qui quittent Port-au-Prince, certains profitant des autobus gratuits mis à leur disposition, d’autres, comme cette famille, s’en vont à pied.
    Paris — «Il faut savoir raison garder et faire la différence entre l'aide et la charité. La charité, ça consiste à laver sa conscience. Haïti n'a pas besoin de charité, mais d'aide.» Voilà ce qui devrait inspirer les pays donateurs qui se réuniront lundi prochain à Montréal, a déclaré Jean-Marie Théodat. Ce géographe de la Sorbonne participait hier, à Paris, à une table ronde destinée à préparer la rencontre de Montréal et à lancer la réflexion sur la façon de reconstruire la capitale haïtienne.

    Selon Théodat, il faut cesser de faire des déclarations catastrophistes qui laissent penser qu'Haïti est «aux portes de l'enfer». Au contraire, dit-il, «La bonne nouvelle, c'est qu'aujourd'hui Haïti donne la leçon du contraire. Il y a bien quelques malandrins. Mais les Haïtiens ont fait preuve d'un extraordinaire sens social. Partout, les voisins s'entraident et la population est solidaire.» L'universitaire qui enseigne à Paris et à Port-au-Prince affirme que le slogan de l'heure devrait être: «Still we stand!» (Nous sommes toujours debout!)

    Selon lui, si l'aide internationale sait s'appuyer sur ces forces, elle sera fructueuse. Il ne s'inquiète pas de la prépondérance de l'aide américaine. «C'est le contraire qui aurait été scandaleux.» Selon le géographe, il faut absolument tenir compte du fait que ce n'est pas Haïti au complet qui s'est effondré, mais Port-au-Prince. D'ailleurs, dit-il, les statistiques qui font d'Haïti un des pays les plus pauvres du monde ne reflètent qu'une partie de la réalité. «Car l'essentiel de l'économie haïtienne est informel. Cette économie n'est pas comptabilisée. Mais elle existe. Haïti n'est pas le pays arriéré qu'on imagine. Nous ne sommes pas les Béotiens que l'on croit.»

    Pour le juriste Éric Sauray, les signes les plus inquiétants ne viennent pas de la population, mais de l'inertie de l'État haïtien. «Ce n'est pas seulement un effondrement des lieux, mais aussi celui des hommes qui représentent le pouvoir.» La désorganisation de l'État a d'ailleurs frisé la catastrophe, dit-il. «Si le président René Préval était mort dans l'effondrement du palais présidentiel, il n'aurait pas eu de successeur.» Selon la Constitution, dans ce genre de situation, c'est le président de la Cour de cassation qui prend la succession. Or Préval n'a jamais nommé personne à ce poste.

    «S'il ne veut pas être dépassé, l'État haïtien doit faire un signe et montrer qu'il est là, dit Sauray. L'aide ne peut pas s'appuyer seulement sur le gouvernement. Il faut penser à une forme d'union nationale rassemblant l'opposition et les forces vives du pays.» Le sociologue Laënnec Hurbon était sur place au moment du tremblement de terre. Il a senti la désolation de la population lorsqu'elle a découvert qu'aucun service public ne fonctionnait, même pas les pompiers. «Il faut absolument qu'il y ait un représentant national face à l'aide américaine et internationale», dit-il.

    Selon de nombreux intervenants, il faudra aussi organiser l'aide qui peut venir de l'importante diaspora haïtienne. «Le pays a besoin de ses enfants. Il a besoin de toutes les forces vives qui sont à l'extérieur d'Haïti», dit le démographe André Bogentson. Haïti pourrait notamment s'inspirer des programmes d'aide au retour des expatriés mis en oeuvre en Afghanistan. La Francophonie aussi aura un rôle à jouer. «Nous avons besoin que les francophones se manifestent et qu'ils fassent montre d'une solidarité qui va au-delà de la langue», dit Jean-Marie Théodat.

    Reste un grand absent. «C'est l'élite économique du pays qui ne réapparaîtra que pour signer des contrats avec les Américains», déplore Éric Sauray.

    ***

    Correspondant du Devoir à Paris












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