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Exilés de l'intérieur

Une sinistrée et ses deux enfants dans un abri érigé par l’ONU.
Photo : Agence Reuters Logan Abassi
Une sinistrée et ses deux enfants dans un abri érigé par l’ONU.
Pour faire le trajet de Montrouis à Port-au-Prince, il faut prendre l'autobus. Un trajet de 75 minutes sur la route nationale 1. Le coût du transport est de 100 gourdes par passager (environ 2 dollars canadiens). Depuis le tremblement de terre, les véhicules en direction de la capitale sont pratiquement vides. Les véhicules quittent les régions avec à leur bord des sacs de riz, des galons d'eau et des couvertures. Le matériel est entassé sur le toit des bus. La charge est gigantesque. Ces dons proviennent de citoyens des différents villages, qui espèrent ainsi envoyer un peu de réconfort à leurs frères et soeurs, incapables de quitter Port-au-Prince.

Les quelques passagers qui prennent le bus en direction de la capitale sont souvent seuls. Ils ont la lourde tâche de ramener des survivants. Ceux que Dieu a épargnés. À Port-au-Prince, ils se promènent dans les quartiers où habitaient leurs familles. Ils ne savent pas qui est encore vivant.

Édouard Dieunel est parti le 16 janvier. Ça lui a pris quatre jours pour trouver les membres de sa famille.

À l'arrêt de bus dans le village de Montrouis, dans la commune de Saint-Marc, Édouard Dieunel a été accueilli en héros ce matin. Il a réussi sa mission. Il était de retour au village avec sept membres de sa famille: son frère, accompagné de sa femme et de ses trois enfants en bas âge, ainsi que le père et la mère de sa femme. Les cris se confondaient aux hurlements de joie. «Mwen kontan wèw anpil», s'exclamait sa femme pour indiquer toute sa joie.

La petite maison d'une seule pièce d'Édouard Dieunel ne peut pas accueillir tous les membres de sa famille rescapée. Son frère et ses trois enfants doivent trouver un toit où rester.

Pour aider les sinistrés, la petite école primaire de Montrouis, École mixte de la foi, administrée par des Québécois, a été transformée en refuge. Depuis mercredi, des dizaines de familles, dont la famille d'Édouard Dieunel, ont trouvé un lieu pour dormir dans les locaux de l'établissement. Des matelas de fortune, des couvertures et de l'eau ont été mis à la disposition des familles. Impossible pour le moment de les nourrir. «On n'arrive pas à obtenir l'aide humanitaire nécessaire pour combler les besoins alimentaires pour nourrir ces sinistrés», précise André Ricard, administrateur de l'école.

Les bancs de l'école servent de lit pour dormir. La première nuit, les sinistrés ont sorti les bancs dans la cour clôturée de l'école pour passer la nuit. «On a peur de dormir sous un toit la nuit», m'a confié l'un deux.

La femme du frère d'Édouard Dieunel est malade. Elle n'arrive pratiquement pas à marcher. Son mari est allé chercher des médicaments pour apaiser ses douleurs. Les enfants du couple sont regroupés dans la cour et jouent avec un bouchon de bouteille. Ils n'ont pas conscience des événements. Le plus jeune a pleuré tout l'après-midi. Il avait faim. Une bénévole de l'école a offert du pain. Une façon de trouver la paix et le calme dans le refuge.

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