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«La misère serait moins pénible au soleil»

Allez savoir pourquoi c'est cette ritournelle d'Aznavour qui me trotte dans la tête au fur et à mesure que ma télévision m'apporte des images de Haïti. «Emmenez-moi au bout de la terre... [...] la misère serait moins pénible au soleil.» Je ne veux plus jamais entendre cette chanson. Jamais.

Dormez-vous la nuit? Ou êtes-vous hantés par les yeux de ces enfants haïtiens posés sur vous et qui semblent attendre que vous leur tendiez les bras? Voyez-vous la faim, la peur, la douleur sur vos écrans? Entendez-vous les cris désespérés de ceux et celles qui attendent des soins et qui vont peut-être mourir, faute d'être traités? Voyez-vous le découragement dans les yeux des médecins qui savent déjà que leurs moyens sont limités? Voyez-vous la résignation dans le regard de ceux qui ont abandonné? Si oui, comment pouvez-vous dormir?

C'est commencé déjà. J'ai entendu des gens dire qu'ils souhaitaient qu'on cesse de nous rebattre les oreilles avec Haïti, qu'ils en avaient assez de ces images d'horreur à la télévision et qu'on y avait envoyé trop de journalistes qui en rajoutaient pour se rendre intéressants. Ils disent aussi qu'ils ont donné de l'argent à la Croix-Rouge ou à un autre organisme et que les gouvernements sont capables de s'arranger avec le reste.

J'ai même entendu quelqu'un dire qu'on ne devrait pas montrer ces choses-là à la télévision parce que ça déprime ceux et celles qui les regardent... Et pourtant, nous savons bien que c'est la seule façon de garder le regard du monde entier tourné vers Haïti. Tant et aussi longtemps que les caméras seront présentes et que les reporters feront leur métier, les humains que nous sommes garderont Haïti tout en haut de leur liste de priorités. Surtout, ne pas laisser les lumières s'éteindre...

5,9. Une semaine après la première grande secousse, la terre d'Haïti a tremblé une deuxième fois de façon majeure. Et même s'il y avait eu plusieurs secousses de moindre importance entre les deux séismes, la peur est revenue dans toute son horreur.

Règle générale, après ces grands bouleversements, quand le calme est revenu et qu'on peut dire mission accomplie, on organise des réunions pour évaluer ce qui a bien marché et ce qui a raté dans les opérations entreprises. Haïti aura été une sorte de fin du monde sur un petit territoire démuni qui laissera en mémoire une leçon de courage et de dignité dont on parlera longtemps.


La vie continue

Bien sûr que la vie continue. Vous m'excuserez de vous dire que je n'ai pas envie de vous parler du remaniement auquel Stephen Harper s'est livré cette semaine. Il s'est surtout amusé à ce vieux jeu de chaises musicales. J'imagine qu'il a fait brûler un petit lampion pour remercier son ciel d'avoir permis qu'Haïti occupe tout l'espace médiatique et renvoie la prorogation de la Chambre aux oubliettes pour un moment, le temps que les Canadiens s'excitent autour des Jeux olympiques et oublient que leur premier ministre a souvent des allures de conservateur tendance dictateur.

Je n'ai pas envie de vous parler de Jean Charest non plus, même si je sais qu'il a réuni des représentants du monde économique à Lévis pendant quelques heures pour parler du développement du Québec pour les 20 prochaines années... Il a senti le besoin d'affirmer qu'il ne souhaitait pas faire de cette rencontre un sommet économique afin que ça ne devienne pas une grand-messe comme le Parti québécois en a fait de temps en temps. Tout le monde sait que Jean Charest aime mieux les messes basses... c'est ce qu'il maîtrise le mieux.

J'ai plus envie de vous inciter à donner autant d'argent que vous le pouvez pour Haïti. Il faut aussi solliciter les grandes entreprises pour qu'elles ouvrent leurs tiroirs-caisse. Je n'ai pas encore entendu dire que SmithKline, le fameux fabriquant du vaccin contre la grippe A(H1N1) à qui nous avons payé des sommes faramineuses pour les fameuses ampoules, avait offert des médicaments à Haïti, où on manque terriblement d'antibiotiques par exemple. Qu'attendent-ils? Les médecins sur place crient au secours.

Il faut écrire partout, à son député, au premier ministre du Canada, et il faut exiger qu'on ouvre les frontières. Qu'on cesse de nous casser les oreilles avec les papiers qu'il faudrait produire pour entrer au Canada. Le coeur n'a pas besoin de papiers.

J'en profite pour saluer bien bas Anna Zitti, cette femme de 70 ans qu'on a sortie vivante des débris de la cathédrale sept jours après le premier séisme. Chapeau, madame.
 
 
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  • Augustin Rehel - Inscrit
    22 janvier 2010 07 h 56
    Ils n'ont jamais rien eu ...

    Ils n'avaient pas grand chose, maintenant ils n'ont rien»

    Si vous écoutez le spectacle des artistes qui sera diffusé ce soir, vous entendrez cette phrase du texte écrit pour «parler» de ce tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier.

    Les pauvres Haïtiens, ils n'ont rien, ils n'ont jamais rien eu. Ce n'est pas d'hier qu'ils pleurent, qu'ils crient vers le ciel, qu'ils implorent Dieu et les hommes! Personne ne répond. Personne n'entend leurs cris dans la nuit, à minuit, à midi. Personne ne voit les yeux affamés des enfants qui demandent du lait, qui demandent du pain, qui demandent un peu de terre à manger!

    Qui a vu les yeux de ces enfants, de ces mamans, de ces papas qui suppliaient pour un peu d'aide de cette humanité repue ? Qui a entendu cette clameur à travers nos réjouissances festives? Qui leur a tendu les bras à ce peuple qui n'avait rien à se mettre sous la dent? Qui a ressenti leur peur, leur douleur leurs cris désespérés ?

    Nous n'avons rien entendu, rien vu, rien dit... et le pire, nous n'avons rien fait, et maintenant nous mettons le blâme sur Dieu, et nous ne voulons pu voir les images qui dérangent notre tranquillité bien assise. Nous n'avons pas envie de parler aux autres qui n'ont rien fait, et nous refusons de dire ce que nous nous avons fait. C'est facile de pointer les autres du doigt quand, en somme, nous ne sommes pas si différents d'eux, quand nous sommes si semblables à eux.

    Ils n'avaient pas grand chose, maintenant, on accourt des quatre coins du monde avec de l'eau en quantité qu'ils n'ont jamais vu, avec du pain, avec des denrées de riches qu'ils tiennent, un peu hébétés, dans leurs mains tendues et crispées. Ils n'avaient plus rien, maintenant ils ont un peu d'espoir que la vie reprenne, que les sourires reviennent, que les rires joyeux remplacent les soupirs de tous ces cœurs pleurant à l'unisson...

    Après tant de siècles de misère, voilà que l'humanité s'émeut et que tous ces mages nouveaux venus de tous les pays amènent avec eux non pas de l'or et de l'encens comme au temps jadis, mais du pain et de l'eau pour ces ventres affamés.

    Enfin, ils sont venus, ils sont là, Dieu a entendu nos prières, nos cris et nos gémissements! Fasse, au moins, mon Dieu, qu'ils restent encore un peu!
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  • jacques noel - Inscrit
    22 janvier 2010 08 h 06
    Le coeur a un prix...mme Payette
    « Selon un document interne du ministère québécois de l’Immigration, dont La Presse a obtenu copie, le coût des services publics fournis aux reventicateurs du statut de réfugié par le seul gouvernement du Québec, a dépassé 1,2 milliard de dollars depuis dix ans. »

    « Pour chaque réfugié, le coût annuel des services sociaux et de santé, de l’aide sociale, de l’aide juridique, de l’éducation et de l’administration des programmes s’établissait à 14 300 dollars, en 1993-94, comparativement à 10 710 dollars en 1991-92. Ce coût a bondi au-dessus de 15 000 dollars l’an dernier. »

    « Etant donné qu’un demandeur d’asile reste au moins 18 mois aux crochets de l’État, pendant que le gouvernement fédéral traite sa demande, le cout pour le gouvernement du Québec peut maintenant atteindre jusqu’à 22 000 dollars pour chaque réfugié en attente de statut. »

    « Il s’agit uniquement des coûts impartis au gouvernement du Québec, ce qui exclut les frais engagés au Québec par le ministère canadien de l’Immigration et un organisme fédéral comme la Commission de l’Immigration et du statut réfugié, chargé d’accorder ou de refuser la qualité de véritable réfugié aux demandeurs d’asile politique. » (La Presse, François Berger, La Presse, 14 décembre 1995)

    Si, entre 1985 et 1995, l’accueil des réfugiés avait coûté 1,2 milliard au seul Québec (on était encore en plein déficit, donc c’était de l’argent emprunté en plus !) on a certainement pété les 2 milliards depuis. Pendant ce temps. Bachand se casse la tête pour se demander quelle nouvelle taxe il va augmenter pour combler le déficit de 4 milliards…

    En 1999, 45% des revendicateurs du statut de réfugié se trouvaient au Québec (La Presse, 8 janvier 1999, Denis Lessard, citant Yvan Turcotte, directeur général de l’immigration au ministère de l’Immigration). Le Québec accueille moins de 20% des immigrants au Canada, mais près de la moitié des illégaux ! Cherchez l’erreur ?
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  • Patrick Kammer - Inscrit
    22 janvier 2010 09 h 18
    Bravo
    J'ai par hazard utilisé beaucoup de vos mots dans une opinion écrite avant de vous avoir lu. Merci de me tenir en éveil sur mon peuple!
    Le mal nécessaire…
    Les médias ont été affublés des pires qualificatifs. Sensationnalisme, voyeurisme morbide, chasse aux tirages et aux cotes d’écoute, mise en scène hollywoodienne, j’en passe et des plus lugubres. Les Tintin-et-Milou-reporters (lire Céline Galipeau et compagnie), qui s’affichent en amateurs de safari humain imbus de leur mission, soulèvent la nausée par excès de « human interest », comme disait si bien Chartrand. Assez d’images de désolation, de colère et de supplication entend-on clamer dans le public… La saturation a mauvais goût.
    Et pourtant, et pourtant. La frénésie médiatique est vitale pour tous ces Haïtiens à la merci de notre bon vouloir, de notre générosité, de notre compassion. La pression sur les décideurs et les icônes de tout milieu - politique, culturel, artistique et commercial, avides de récupération politique et publicitaire, doit être maintenue au risque de nous perdre dans le tourbillon de la vie qui continue… La misère, comme toute autre chose, a un cycle de vie limité. Déjà, aujourd’hui vendredi 22 janvier, la une du Soleil de Québec ne présente pas une image en couleur de la si vulnérable Haïti, mais celle d’un jeune hockeyeur jugé violent. Retour à la case départ. On entend dans divers commentaires que le séisme qui a dévasté cette région est une «chance»… soit de reconstruire et de relancer la santé économique pour ces personnes malades et blessées dans leurs entrailles. Il a même été question, à propos de cette catastrophe, de «bénédiction» pour certains politiciens qui ont ainsi pu occulter certains dérapages locaux. Un illuminé a même déclaré, bien fait pour eux… ils n’auraient pas dû pactiser avec le Diable!
    Danger! Danger! L’intensité baisse et l’inclinaison à tourner la page, elle, augmente. Alors, longue vie journalistique à Céline Galipeau! Sortez les prix Pullizer et les reportages dans le National Geographic et faites courir les journalistes et les photographes. Ainsi, les vieilles mamans, les enfants et tous les autres Haïtiens auront peut-être une chance de survivre maintenant et de mieux vivre un jour.
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  • Nichol N - Inscrite
    22 janvier 2010 09 h 19
    Définition Humanitaire
    La definition de ce mot est le suivant
    SENTIMENT DE BIENVEILLANCE ENVERS SON PROCHAIN,COMPASSION POUR LES MALHEURS D,AUTRUI.
    Ajoutez le mot GESTE a humanitaire et vous avez la combinaison de ce que nous devons faire agir
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  • Raymonde Chouinard - Abonnée
    22 janvier 2010 11 h 30
    Les bons sentiments......
    Quel pathos....et quel scénario d'apocalypse digne d'un "soap télévisé" dans lequel se complaît Lise Payette qui aurait avantage à lire le commentaire de Jacques Noël au lieu de se répandre en vaines jérémiades!

    Elle recommande l'ouverture des frontières; j'ose espérer que l'ouverture de sa bourse suivra.....où si ce n'est qu'un voeux pieux. Certaines personnes ont l'habitude de se montrer généreux avec l'argent des autres.

    L'ouverture des frontières du Canada, comme le souhaite Mme Payette, signifie une invasion massive des immigrants au Québec puisque les haïtiens ne sont pas intéressés par les autres provinces du Canada.

    J'espère que Jean Charest mettra la pédale douce pour freiner tout ce flot de bons sentiments de nos exaltés...
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  • André Loiseau - Abonné
    22 janvier 2010 11 h 36
    Vautours et compagnie

    Les gens de Smith
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  • Jeanne Guyon - Inscrite
    22 janvier 2010 20 h 24
    La douleur du monde s'annonce infinie

    Une peur viscérale s’est emparée des Occidentaux que nous sommes, spectateurs repus aux appétits parfois grossiers, se dressant contre le retour du mal inévitable, espérant un Haïti meilleur dans l’avenir. La plupart d’entre nous scandent des formules morales telles que « Soyons solidaires, plus jamais ça, non à l’apathie, oui à l’entraide »

    D’un côté, des êtres humains généreux,
    de l’autre presque des barbares égoïstes.

    Des victimes et des rédempteurs.

    L’ «ogre philanthropique » (Octavio Paz)
    a faim et soif de soulager les souffrances d’autrui,
    sous couvert de générosité véritable ou intéressée
    croyant ainsi escamoter sa propre mort.

    Certains s’abstiennent de donner de peur de manquer.
    L’avidité en aveugle plusieurs, de grandes certitudes faussent leur jugement et les empêchent de manifester quelque parcelle de bonté.

    La douleur du monde s’annonce infinie
    et la décadence des organismes de charité sans borne.
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  • Martin Bilodeau - Abonné
    24 janvier 2010 15 h 08
    La misère de l'un fait son bonheur...
    « [...] Jean Charest aime mieux les messes basses... [...] », dixit Lise Payette dans sa chronique de vendredi; elle, les coups bas!

    Je m'explique : facile et légitime -- quant à ses convictions politiques -- de rabrouer un adversaire en omettant de soulever son apport important de la gestion de crise depuis les événements malheureux d'Haïti, alors qu'elle le vilipende quant au sommet économique (!?). Démagogique plus qu'enrichissant sur le fond!

    Pour la paraphraser, c'est ce qu'elle maîtrise le mieux... le cynisme rédactionnel, au détriment de rapporter quelques bons coups ici et là du gouvernement.

    Ceci dit : il est important oui de donner au peuple haïtien, quel que soit le montant octroyé.
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