Port-au-Prince, Ground Zero
Chaos dans la capitale. Le premier ministre haïtien parle de plus de 100 000 morts. La communauté internationale se mobilise. Deux millions d'Haïtiens sans abri.
Photo : Agence France-Presse
Haïti
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Port-au-Prince tragiquement secouée
13 janvier 2010 International
Plus de 24 heures après la violente secousse qui a fait basculer Haïti dans une douleur déchirante, ses habitants prenaient la mesure de la destruction et s'efforçaient de porter secours à leurs proches paralysés sous les décombres. La communauté internationale, elle, s'est serré les coudes et a promis d'apaiser les cris de détresse qui retentissent de Port-au-Prince, Ground Zero de l'île d'Hispaniola.
Le président d'Haïti, René Préval, a estimé hier un premier bilan de 30 000 à 50 000 morts. Interrogé par un reporter de CNN sur le nombre de personnes tuées dans la catastrophe, il a répondu: «Je n'en sais rien», avant d'ajouter: «Jusqu'ici, j'ai entendu 50 000 [...], 30 000.»
Le premier ministre, Jean-Max Bellerive, avait pour sa part fait état de «plus de 100 000 morts» dans un pays qui compte près de 9 millions d'habitants.
«C'est une catastrophe qui n'a de pareil que le tremblement de terre qui avait détruit le Cap-Haïtien [la deuxième ville du pays] en 1842», a-t-il affirmé.
Le bilan des victimes du séisme de magnitude 7 sur l'échelle de Richter — le plus violent des 200 dernières années à frapper Haïti — sera «l'un des plus élevés de ces dernières années en pertes de vies humaines», a renchéri la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, en le comparant au tsunami qui a balayé l'Asie du Sud-Est en décembre 2004.
La secousse a littéralement projeté en l'air, mardi après-midi, les véhicules et a soulevé un rideau de poussière qui a immédiatement recouvert la ville. L'épicentre du séisme était situé à l'intérieur des terres, à 10 km de profondeur et à 15 km de la capitale. Le tremblement de terre initial a été suivi par une trentaine de puissantes répliques. Haïti n'avait pas connu de secousses sismiques d'une telle intensité depuis près de deux siècles.
La situation était «chaotique» dans la capitale haïtienne. «J'ai vu un nombre bouleversant de cadavres. Certaines parties de la ville n'ont plus d'électricité et les habitants se sont regroupés à l'extérieur et essayent de se réconforter les uns les autres», a rapporté Stefano Zannini, de Médecin sans frontières (MSF).
Pour leur part, les scènes de pillages se multipliaient et des coups de feu ont été entendus, selon des journalistes dépêchés sur place.
«Ce que nous voyons, ce sont de sévères traumatismes, des blessures à la tête, des membres écrasés, de graves problèmes qui ne peuvent être traités avec le niveau de soins médicaux actuellement disponible», a expliqué Paul McPhun, de la section canadienne de MSF.
D'ailleurs, par dizaines, mutilés ou souffrant de fractures du crâne, des blessés arrivaient hier en caravane de Port-au-Prince à Jimani, en République dominicaine, où se trouve un petit hôpital. Les patients grièvement blessés étaient quant à eux transférés vers des centres hospitaliers mieux équipés à Saint-Domingue.
Le coordonnateur de MSF dans le pays, Hans Van Dillen, a recensé des «centaines de milliers de personnes qui dorment dans les rues, car elles n'ont plus de logement», alors que des cris s'échappaient des ruines. L'organisation non gouvernementale (ONG) a installé des tentes de fortune dans les gravats afin de prodiguer les premiers soins aux blessés.
Il faudra reloger les Port-au-Princiens
«Il va falloir reloger Port-au-Prince, soit deux millions de personnes, a fait remarquer l'ambassadeur de France à Haïti, Didier Le Bret. «Je n'ai quasiment pas croisé une maison qui tenait», a dit ce dernier, ajoutant avoir vu des rues «jonchées déjà de cadavres». M. Le Bret est horrifié par ce qu'il a vu: «On voit des gens apparaître, une jambe, un bras, dans des tas de ferrailles, de béton. C'est épouvantable!», s'est-il exclamé.
Sur les quelque 6000 Canadiens qui se trouvent en Haïti, à peine plus de 700 se sont inscrits au registre de l'ambassade. Près d'une centaine d'entre eux se sont réfugiés sur les terrains de la délégation canadienne à Port-au-Prince. Ils s'abritent dans des tentes, puisque le bâtiment de l'ambassade n'est pas sécuritaire. Selon le ministère des Affaires étrangères, des dizaines de Canadiens y recevaient des soins.
Jusqu'à présent, au moins trois ressortissants canadiens ont été tués. L'écrivain québécois d'origine haïtienne Georges Anglade et sa femme Mireille ont perdu la vie hier à Port-au-Prince des suites du séisme qui a violemment ébranlé Haïti mardi après-midi. Yvonne Martin, une infirmière d'Elmira, en Ontario, est morte lorsque le séisme a détruit l'hôtel où elle logeait.
L'ONU sous le choc
Le violent séisme a durement frappé l'ONU. Le quartier général s'est effondré, faisant au moins 16 morts, 56 blessés et entre 115 et 200 disparus. Rappelons qu'une centaine de Canadiens participaient à la Mission de stabilisation de l'ONU en Haïti (MINUSTAH). «Un total de 16 morts sont maintenant confirmés parmi les employés de l'ONU», a déclaré hier soir le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
Parmi les personnes décédées figurent trois policiers venant de Jordanie, d'Argentine et du Tchad, ainsi que onze casques bleus brésiliens, a précisé M. Ban. «Je suis vraiment désolé pour le désastre qui vient de toucher Haïti. C'est une tragédie pour Haïti [...] et pour les Nations unies», a-t-il dit en français.
Par contre, Ban Ki-moon a refusé de confirmer le décès du chef de la MINUSTAH, le Tunisien Hedi Annabi, pourtant annoncé plus tôt par René Préval.
D'autres bâtiments, abritant notamment la mission de l'UNICEF, situés en face de l'hôtel Christopher, où était basée la MINUSTAH, ont également été endommagés. L'UNESCO n'avait aucune nouvelle des 14 membres de son personnel travaillant en Haïti. En revanche, les immeubles abritant le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont tenu bon.
***
Avec La Presse canadienne, l'Agence France-Presse et Reuters
Le président d'Haïti, René Préval, a estimé hier un premier bilan de 30 000 à 50 000 morts. Interrogé par un reporter de CNN sur le nombre de personnes tuées dans la catastrophe, il a répondu: «Je n'en sais rien», avant d'ajouter: «Jusqu'ici, j'ai entendu 50 000 [...], 30 000.»
Le premier ministre, Jean-Max Bellerive, avait pour sa part fait état de «plus de 100 000 morts» dans un pays qui compte près de 9 millions d'habitants.
«C'est une catastrophe qui n'a de pareil que le tremblement de terre qui avait détruit le Cap-Haïtien [la deuxième ville du pays] en 1842», a-t-il affirmé.
Le bilan des victimes du séisme de magnitude 7 sur l'échelle de Richter — le plus violent des 200 dernières années à frapper Haïti — sera «l'un des plus élevés de ces dernières années en pertes de vies humaines», a renchéri la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, en le comparant au tsunami qui a balayé l'Asie du Sud-Est en décembre 2004.
La secousse a littéralement projeté en l'air, mardi après-midi, les véhicules et a soulevé un rideau de poussière qui a immédiatement recouvert la ville. L'épicentre du séisme était situé à l'intérieur des terres, à 10 km de profondeur et à 15 km de la capitale. Le tremblement de terre initial a été suivi par une trentaine de puissantes répliques. Haïti n'avait pas connu de secousses sismiques d'une telle intensité depuis près de deux siècles.
La situation était «chaotique» dans la capitale haïtienne. «J'ai vu un nombre bouleversant de cadavres. Certaines parties de la ville n'ont plus d'électricité et les habitants se sont regroupés à l'extérieur et essayent de se réconforter les uns les autres», a rapporté Stefano Zannini, de Médecin sans frontières (MSF).
Pour leur part, les scènes de pillages se multipliaient et des coups de feu ont été entendus, selon des journalistes dépêchés sur place.
«Ce que nous voyons, ce sont de sévères traumatismes, des blessures à la tête, des membres écrasés, de graves problèmes qui ne peuvent être traités avec le niveau de soins médicaux actuellement disponible», a expliqué Paul McPhun, de la section canadienne de MSF.
D'ailleurs, par dizaines, mutilés ou souffrant de fractures du crâne, des blessés arrivaient hier en caravane de Port-au-Prince à Jimani, en République dominicaine, où se trouve un petit hôpital. Les patients grièvement blessés étaient quant à eux transférés vers des centres hospitaliers mieux équipés à Saint-Domingue.
Le coordonnateur de MSF dans le pays, Hans Van Dillen, a recensé des «centaines de milliers de personnes qui dorment dans les rues, car elles n'ont plus de logement», alors que des cris s'échappaient des ruines. L'organisation non gouvernementale (ONG) a installé des tentes de fortune dans les gravats afin de prodiguer les premiers soins aux blessés.
Il faudra reloger les Port-au-Princiens
«Il va falloir reloger Port-au-Prince, soit deux millions de personnes, a fait remarquer l'ambassadeur de France à Haïti, Didier Le Bret. «Je n'ai quasiment pas croisé une maison qui tenait», a dit ce dernier, ajoutant avoir vu des rues «jonchées déjà de cadavres». M. Le Bret est horrifié par ce qu'il a vu: «On voit des gens apparaître, une jambe, un bras, dans des tas de ferrailles, de béton. C'est épouvantable!», s'est-il exclamé.
Sur les quelque 6000 Canadiens qui se trouvent en Haïti, à peine plus de 700 se sont inscrits au registre de l'ambassade. Près d'une centaine d'entre eux se sont réfugiés sur les terrains de la délégation canadienne à Port-au-Prince. Ils s'abritent dans des tentes, puisque le bâtiment de l'ambassade n'est pas sécuritaire. Selon le ministère des Affaires étrangères, des dizaines de Canadiens y recevaient des soins.
Jusqu'à présent, au moins trois ressortissants canadiens ont été tués. L'écrivain québécois d'origine haïtienne Georges Anglade et sa femme Mireille ont perdu la vie hier à Port-au-Prince des suites du séisme qui a violemment ébranlé Haïti mardi après-midi. Yvonne Martin, une infirmière d'Elmira, en Ontario, est morte lorsque le séisme a détruit l'hôtel où elle logeait.
L'ONU sous le choc
Le violent séisme a durement frappé l'ONU. Le quartier général s'est effondré, faisant au moins 16 morts, 56 blessés et entre 115 et 200 disparus. Rappelons qu'une centaine de Canadiens participaient à la Mission de stabilisation de l'ONU en Haïti (MINUSTAH). «Un total de 16 morts sont maintenant confirmés parmi les employés de l'ONU», a déclaré hier soir le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
Parmi les personnes décédées figurent trois policiers venant de Jordanie, d'Argentine et du Tchad, ainsi que onze casques bleus brésiliens, a précisé M. Ban. «Je suis vraiment désolé pour le désastre qui vient de toucher Haïti. C'est une tragédie pour Haïti [...] et pour les Nations unies», a-t-il dit en français.
Par contre, Ban Ki-moon a refusé de confirmer le décès du chef de la MINUSTAH, le Tunisien Hedi Annabi, pourtant annoncé plus tôt par René Préval.
D'autres bâtiments, abritant notamment la mission de l'UNICEF, situés en face de l'hôtel Christopher, où était basée la MINUSTAH, ont également été endommagés. L'UNESCO n'avait aucune nouvelle des 14 membres de son personnel travaillant en Haïti. En revanche, les immeubles abritant le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont tenu bon.
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Avec La Presse canadienne, l'Agence France-Presse et Reuters
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