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    Commentaire - Les damnés de la Terre

    La tragédie en photos
    Port-au-Prince tragiquement secouée Port-au-Prince tragiquement secouée
    13 janvier 2010 International

    Aucune indignité n'aura été épargnée à ce pays. Aucune? Pas tout à fait: il manquait encore un bon tremblement de terre. On l'avait oubliée, celle-là: un séisme majeur, pile-poil sur la capitale d'un pays déjà à genoux, qui essayait justement de se relever... mais oui, bien sûr!

    En deux siècles d'indépendance, Haïti a tout subi, ou presque... Les ouragans dévastateurs à répétition, suivis d'inondations catastrophiques: les dernières en 2004 et 2008, qui avaient notamment décimé la ville des Gonaïves. La déforestation massive: la partie nord du pays n'a pratiquement plus de verdure. Les émeutes de la faim, début 2008... Quatre cinquièmes de pauvres... dont plus de 50 % de très pauvres — la misère absolue, un dollar par jour. Sur fond de catastrophe écologique et économique.

    Sans compter les calamités politiques — proprement humaines, celles-là — d'origine locale ou étrangère, qui ont également pris comme terre d'élection cette demi-île maudite...

    Les ingérences étrangères à répétition. L'occupation américaine, de 1915 à 1934. Les fausses révolutions. Les coups d'État militaires en série, par des généraux d'opérette, avant et surtout après la chute de la maison Duvalier (1986). Les sauveurs illuminés comme Jean-Bertrand Aristide. La démocratie avortée, lors du putsch qui chassa «Titid» sept mois après son installation, en 1991. Le curieux retour «forcé» d'Aristide, dans un avion yankee en 1994. Puis sa réélection chaotique en 2000.

    Sans oublier le sombre épisode de février 2004, reflet inversé de celui de 1994: les États-Unis de George Bush — avec le Canada et la France comme comparses — qui pendant la nuit s'en vont appréhender, chez lui, puis forcer à l'exil un président élu... soit dit malgré tous les torts (bien réels) d'un Jean-Bertrand Aristide en proie à ses visions.

    ***

    Je suis allé en Haïti la dernière fois en mai 2008, quelques semaines après les émeutes de la faim... dont les traces étaient partout, sur ce long chemin en pente qui mène de Port-au-Prince à Pétionville... et qui mardi après-midi, justement, se trouvait en plein dans la ligne d'effondrement géologique. L'insécurité était grande et il y avait eu, au moment où j'y étais, l'enlèvement d'une travailleuse québécoise de Médecins du monde... plus tard libérée contre rançon.

    Mais rien à voir, bien entendu, avec la dévastation d'aujourd'hui.

    Le plus révoltant, c'est qu'en 2009, malgré la récession mondiale, malgré la tension politique — destitution de Michèle Pierre-Louis comme chef du gouvernement, puis son remplacement par Jean-Max Bellerive —, la situation économique et sécuritaire s'était améliorée. Juste un peu, mais vraiment.

    La production agricole avait remonté, l'inflation avait baissé, la ville et ses faubourgs réputés dangereux avaient été sécurisés relativement... par la police locale et par la MINUSTAH, cette force de l'ONU de 7000 militaires et de 2000 policiers sous commandement brésilien.

    Sisyphe en Haïti: le fond toujours plus bas, la destruction toujours recommencée, dans cette terre hantée par les superstitions, les malédictions et la pensée magique. Si l'expression «les damnés de la Terre» a un sens, c'est bien là !

    En plus, ils sont de notre famille. Notre famille élargie. Et nous pleurons tous.

    ***

    François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

    ***

    francobrousso@hotmail.com
     
     
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