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Tensions religieuses en Malaisie - Les chrétiens ont-ils le droit d'invoquer «Allah»

Kuala Lumpur — Les tensions religieuses sont vives en Malaisie où des musulmans ont manifesté hier contre l'utilisation par des chrétiens du mot «Allah» pour désigner Dieu, quelques heures après l'attaque d'au moins trois églises par des incendiaires.

Les locaux administratifs d'une église pentecôtiste de la banlieue de Kuala Lumpur ont été détruits. Par la suite, des bombes incendiaires ont été lancées dans l'enceinte d'au moins deux autres églises — une catholique et une protestante — mais elles n'ont pas explosé.

Le gouvernement a fait appel d'un jugement rendu en faveur du journal catholique Herald, autorisé à utiliser le mot «Allah» dans ses éditions en malais pour désigner le Dieu du christianisme.

La question risque de devenir une source d'instabilité politique en Malaisie, qui peine à obtenir des investissements étrangers, les investisseurs redoutant la chute prévisible d'une coalition qui est au pouvoir dans le pays depuis 52 ans.

Lors de la grande prière du vendredi, des banderoles déployées devant la grande mosquée de Kuala Lumpur disaient: «Ne mettez pas en gage la fierté malaise pour un gain politique personnel.»

Des centaines de personnes ont scandé «Allahu Akbar» (Dieu est le plus grand). «Nous sommes ici aujourd'hui pour une manifestation pacifique afin de leur dire que nos coeurs sont brisés», a déclaré à Reuters Arman Azah Abu Hanafiah, l'un des dirigeants de la manifestation.

La police a minimisé les attaques d'églises en disant qu'elles avaient été perpétrées par des personnes «émotives», mais les analystes politiques y voient un important défi pour le premier ministre Najib Razak, au pouvoir depuis avril dernier.

«C'est un test pour déterminer s'il est un premier ministre malais ou un premier ministre malaisien», estime Bridget Welsh, spécialiste de la Malaisie à la Singapore Management University. La Malaisie est en majorité musulmane et malaise, mais il existe d'importantes minorités chinoise et indienne qui se réclament principalement du christianisme, du bouddhisme et de l'hindouisme. Environ 9 % des 28 millions d'habitants sont chrétiens, parmi lesquels 800 000 catholiques.

Najib a vivement rejeté les accusations de l'opposition selon lesquelles son parti, l'Organisation nationale malaise unie (UMNO), qui recrute principalement son électorat parmi la population musulmane malaise, était responsable des violences. Le gouvernement a essuyé un recul sans précédent aux élections de 2008, sous la pression des minorités qui dénoncent tout à la fois une islamisation rampante, la corruption et une mauvaise gestion économique.

L'utilisation du mot «Allah» pour désigner le Dieu des chrétiens est courante dans des pays arabophones tels que le Liban et l'Égypte, mais les musulmans de Malaisie jugent la question très sensible dans un pays comptant d'importantes minorités. Ils accusent des missionnaires chrétiens d'utiliser ce mot pour convertir les musulmans. La police a renforcé les mesures de sécurité autour des églises du pays.

Najib a dénoncé les attaques et dit que des mesures seraient prises contre leurs auteurs. De sa gestion des tensions religieuses, semble dépendre son maintien au pouvoir à l'issue d'élections qui doivent se tenir d'ici 2013.

Il doit obtenir le soutien des électeurs d'origine chinoise et indienne pour s'imposer comme un premier ministre crédible.
 
 
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