Entrevue - L'Iran a franchi un point de non-retour
Azadeh Kian Thiébaut est chercheuse au CNRS et professeure de sciences politiques à l'Université Paris-VII
Avec les événements de dimanche, a-t-on atteint un point de non-retour en Iran?: Absolument. On a franchi un cap à la fois en ce qui concerne la violence de la répression mais aussi celle des manifestants contre les forces de l'ordre. Jusqu'à présent, les trois leaders de l'opposition, Mir Hossein Moussavi, Mehdi Karoubi et Mohammad Khatami [l'ancien président] faisaient tout pour que le mouvement demeure non-violent. Les mots d'ordre prônaient l'organisation de manifestations pacifiques. Et c'était très efficace. C'est comme cela que la contestation a pu s'étendre dans tout le pays, y compris dans de petites villes. Comme à Arak, qui a voté majoritairement pour Ahmadinejad à l'élection de 2005 et a basculé dans le camp de l'opposition. Mais, hier, certains manifestants disaient qu'ils n'en pouvaient plus de la violence de la répression et qu'il leur fallait réagir. Cette radicalisation comporte des risques: elle va pousser les Iraniens ordinaires à ne plus descendre dans la rue. Et les dirigeants iraniens à réprimer plus durement encore. Au point que cela pourrait créer des frictions au sein de la police. Le Guide de la révolution aurait pu intervenir pour limiter cette répression mais il a préféré faire la sourde oreille.
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