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D'al-Qaïda à al-Qaïda

Le première décennie du XXIe siècle a commencé avec al-Qaïda et s'achève avec al-Qaïda. De l'attentat perpétrée contre le navire USS Cole, dans le golfe d'Aden en octobre 2000 — antécédent oublié du 11 septembre 2001 — jusqu'aux tout récents événements de Detroit, l'ombre de ce fantôme malfaisant a ponctué la décennie: Bali 2002, Casablanca 2003, Madrid 2004, Londres 2005, sans oublier, de façon plus continue, l'Irak, l'Afghanistan, le Pakistan...

La très réelle organisation hiérarchisée qui, il y a bientôt dix ans, complota dans les grottes de l'Afghanistan et commanda aux 19 forcenés du 11-Septembre est devenue, aujourd'hui, un label sous lequel se coalisent, de façon lâche, une nébuleuse de terroristes et d'intégristes davantage liés par leur rage antioccidentale et une vulgate islamique que par une quelconque chaîne de commandement commune.

Il serait ridicule de prétendre, en cette fin de 2009, qu'Oussama Ben Laden aurait tiré les ficelles derrière Umar Farouk Abdul Mutallab... et sa tentative teintée d'amateurisme dans l'avion de la Delta Airlines. Pourtant, par-delà les différences opérationnelles, et malgré l'éclatement d'«al-Qaïda-1», il y a continuité et il y a un rapport entre tous ces événements.

***

Ces derniers temps, ce qui est nouveau sur le front «Al-Qaeda and Co.» nous provient de deux pays dont on a peu parlé ces dernières années: la Somalie et le Yémen. Deux pays sur deux continents, qui se font face à travers le golfe d'Aden. Deux pays voisins et ressemblants, tant physiquement que politiquement. Deux pays de misère où le djihad international vient, peu à peu, parasiter un chaos local pour en tirer sa nourriture et de nouvelles perspectives stratégiques.

Le terroriste en herbe dans l'avion Amsterdam-Detroit a déclaré avoir séjourné au Yémen, plus tôt cette année, pour y recevoir instructions et équipement. Que cette affirmation soit exacte ou non, il est significatif qu'une «piste yéménite» émerge spontanément. Quelques jours plus tôt, le Yémen était apparu à la une lorsqu'on a annoncé — jeudi dernier — que 30 membres présumés d'al-Qaida avaient été tués lors d'une série de raids aériens de l'armée yéménite... épaulés logistiquement par les Américains!

De là à dire que le Yémen figure parmi les nouvelles «terres de missions» d'al-Qaïda, il n'y a qu'un pas... Et, d'une certaine façon, ce diagnostic est juste, même s'il s'agit aussi — en l'occurrence — d'un retour aux sources: Oussama Ben Laden est né en Arabie saoudite, mais il est d'origine yéménite et ses racines sont là.

Le Sud-Yémen — pays séparé du Nord jusqu'en 1990 — échappe en bonne partie au contrôle du régime de Sanaa, devenue capitale du pays unifié. On y trouve des tribus sunnites en rébellion ouverte contre le pouvoir central. Mais ces conflits internes et immémoriaux (qu'ils soient tribaux, qu'ils opposent le nord au sud, les chiites contre les sunnites), fondamentalement locaux, ont pris une nouvelle tournure, après 2007, avec l'arrivée de combattants venus de l'Irak, de l'Afghanistan et du Pakistan... qui y ont semé un discours de djihad longtemps resté marginal.

Cette nouvelle donne a changé les cibles des guérillas locales. Depuis quelque temps déjà — deux, trois ans — on vise directement les intérêts étrangers au Yémen, on prend des otages occidentaux... et on «forme» quelques esprits dérangés à la guérilla mondiale, exactement comme en Afghanistan à la fin des années 1990.

***

Le discours anti-impérialiste radical, en expansion au Yémen, se trouve renforcé en retour par une intervention américaine, de moins en moins déguisée, qui enrôle le régime de Sanaa dans la «guerre contre le terrorisme» reprise par le gouvernement Obama. Depuis à peine plus d'un an — le fait est donc nouveau — les États-Unis aident militairement le gouvernement du Yémen: de zéro, en 2008, à 70 millions de dollars, en 2009, à 120 millions, en 2010...

Malgré de nombreuses différences locales, on trouve un cas de figure semblable dans la Somalie voisine, où Washington a soutenu ces dernières années l'intervention militaire de l'Éthiopie contre le pouvoir des tribunaux islamiques à Mogadiscio. Là aussi, ce qui était un phénomène strictement interne a changé de nature après l'intervention maladroite de puissances extérieures. Avec le résultat que le chaos somalien est devenu à son tour une affaire internationale, avec al-Qaïda et tutti quanti.

Et aussi avec une amère sensation de déjà vu...

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels, à la Première Chaîne radio, et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

***

francobrousso@hotmail.com
 
 
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  • Loïc Théberge - Abonné
    28 décembre 2009 02 h 50
    Décennie?
    La première décennie de ce siècle s'achèvera en 2010, l'année prochaine...
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  • Graham Hay - Abonné
    28 décembre 2009 09 h 47
    Ça devient agaçant
    Les analyses de François Brousseau sont toujours intéressantes.
    Cependant, on se demande comment il se fait qu'il tombe dans cet agaçant travers qui consiste à amputer systématiquement une année aux décennies et aux siècles. Est-ce que la première décade de janvier se terminera le 9 janvier? Le numéro d'une année, comme celui d'une journée, est un numéro d'ordre. L'an 1, l'an 2, l'an 2010, le 1er janvier, le 2 janvier, le 10 janvier etc.
    La première décennie du XXI siècle finira le dernier jour de 2010, à moins que ce ne soit à son avant-dernier jour?
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  • François Brousseau - Abonné
    28 décembre 2009 11 h 00
    Décennies et conventions de langage
    Oui, d'accord, au sens strict vous avez raison.... Mais dans ce cas, l'exactitude mathématique et les conventions de gros bon sens sont en conflit.... elles se trouvent en l'occurrence décalées d'un an.

    Mais ici, je défends vigoureusement l'approche du "sens commun" des mots. S.V.P. messieurs réfléchissez à ceci :

    Vous conviendrez qu'on dit communément "les années 80", ou "les années 10"... Ceci étant bien établi, je vous demande : est-ce que ça a du bon sens de prétendre que l'an 1980 n'appartient pas "aux années 80", ou que l'an 2010 n'appartient pas "aux années 10" ? Ça n'a absolument aucun sens !

    De façon similaire, le "vrai" saut temporel du XXIe siècle -- au sens sociologique et au sens historique -- on sait bien qu'il a eu lieu le 31 décembre 1999 à 23h59... et non pas un an plus tard.

    Donc, dans ce cas-ci, selon moi, le sens commun doit l'emporter sur l'exactitude arithmétique stricto sensu !!!

    Merci de me lire,

    François Brousseau
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    28 décembre 2009 12 h 15
    Nouveau Devoir interactif
    Je constate que certains journalistes se mettent à l'interactif. C'est là une excellente initiative. Les éclaircissements ajoutés ici par M. Brousseau sont très pertinents. Sa distinction entre les mathématiciens puristes et le sens commun est éclairante. Les années dix vont bien commencer le premier janvier prochain. Reste cependant un petit tiraillement quand on veut qualifier la décennie qui se termine : les années zéro? Contentons-nous donc du terme : « Première décennie». Elle fut difficile pour plusieurs, cette première décennie du 21e siècle. Qu'on en finisse au plus vite avec elle et qu'on entame une nouvelle décennie en essayant de la rendre plus sage que celle qui se termine comme elle a commencé : en folie meurtrière.

    Jean-Pierre Audet
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  • Mario Jodoin - Inscrit
    28 décembre 2009 12 h 42
    Décennie
    «Une décennie est, par définition, une période de dix années.»
    «Le terme décennie peut être utilisé indifféremment pour identifier les dix dernières années : « La dernière décennie a vu l'émergence d'Internet » ; ou borner une période de dix années : « la décennie X (chef d'État dont le mandat a duré 10 ans) fut marquée par une phase d'expansion » ; ou désigner une période de dix années en chronologie : « La décennie des années 1920 est surnommée les Années folles »
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Décennie

    M. Brousseau a donc raison de dire que la décennie des années 2000 commence en 2000. De même, la décennie qui a terminé en 2005 a commencé en 1996.

    La décennie qui a commencé en 2001 est celle qu'on pourrait appeler la 201ème décennie. Là, on aurait raison de dire qu'elle n'a commencé qu'en 2001, pas en 2000.

    Ces débats étaient courants et pertinents quand on est passé au XXIème siècle et au troisième millénaire en 2001 et non en 2000. Mais l'utilisation du terme «décennie» permet tout regroupement de 10 années consécutives et n'est pas assujettie à des périodes de 10 ans prédéterminées.
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  • Guy Roy - Inscrit
    29 décembre 2009 04 h 54
    Anti-impérialisme
    Reconnaître une stratégie anti-impérialiste à une riposte à la guerre contre "l'islamo-fascisme" est sans aucun doute fort pertinent. Mais il faut aussi en tirer les conséqences : il s'agit d'une guerre pour le maintien d'une hiérarchie mondiale entre pauvres et riches à laquelle il est urgent de mettre fin. L'escalade militaire est sans issu. À moins que l'on ne consente à une nouvelle guerre mondiale, cette fois entre apprauvris et bien nantis. Ce qui en fera une guerre injuste, même avec les explications d'Obama à la réception de son prix Nobel.
    Il est urgent d'en exclure l'OTAN, bras armé du pouvoir hégémonique et de passer aux négociations qui annonceront une échéance. Comme au Vietnam où le Canada moins conservateur, moins réactionnaire, avait joué avec la Pologne de l'époque un rôle de tampon entre belligérants. Est-ce qu'il faut faire table rase de ce passé historique plus glorieux et se soumettre à un pouvoir qui transige l'opposition au colonialisme d'avant pour un présent au côté des cibles inmpérialistes ? Avec le risque d'une rivalité qui nous exposera bien plus au terrorisme qu'à une certaine clémence de ceux-ci ?
    Je ne me sens pour ma part aucune sympathie pour ce pôle de plus en plus isolé de l'Impérialisme que sont devenus les États-Unis.
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  • Pierre-Luc Chagnon - Inscrit
    29 décembre 2009 07 h 59
    Merci!
    Chers messieurs, heureusement que vous êtes là pour nous rappeler la définition de décennie en termes endimanchés, sinon où irait notre monde, je me le demande! De la grosse géopoliticosociologie ce matin!

    je vous laisse, je vais aller prendre mon déjeuner de puriste stricto sensu. 378,5 mL de café stricto sensu arabica équitable d'Amérique latine. Je vous laisse donc avec la définition de café selon Wikipédia, car je suis un homme informé:

    «Café : n.m. def. = café.»

    Bien à vous,
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    29 décembre 2009 10 h 09
    Plus on en parle...
    Les terroristes ont besoin de publicité et leur but est de créer le chaos. Sous ces 2 aspects, leur meilleur allié sont les États-Unis car ils jouent leur jeu en réagissant d'une manière primaire et en contribuant à une escalade où les victimes sont souvent des civils, que ce soit dans les pays nommés ou encore aux États-Unis eux-mêmes (dans l'hypothèse par exemple où l'attentat aurait réussi). Les États-Unis en sont encore au préhistorique oeil pour oeil, dent pour dent, alors que les causes profondes de ces conflits sont ignorées. Donc, étant donné leur réussite à chaque coup (raté ou non) à savoir de créer le chaos et d'avoir de la publicité, ce n'est pas demain la veille que cette phase de terrorisme international va se résorber ou se régler. Et ce ne sont pas les États-Unis d'aujourd'hui qui vont aider à le régler, de toute évidence.
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  • Sylvain Auclair - Abonné
    30 décembre 2009 10 h 19
    Alors, en l'an 2000...
    si c'est bien de la «décennie» 2000-2009 que vous parlez, à peu près personne ne parlait d'al-Qaìda...
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  • André/Andrés 71 - Inscrit
    2 janvier 2010 14 h 40
    Au-delà des jeux de mots sur la décennie…
    Ce qu’il y a de fondamental, selon moi dans cette analyse, c’est que les marchands d’armes et leurs exécutants armés / armées plus ou moins mercenaires, profitent $$$ des conflits – que bien souvent ils provoquent – pour écouler leur marchandise mortifère et s’enrichir en détruisant pays, villes, villages et leurs habitants, autant que possible loin de leurs centres de production.
    La dynamique de la richesse et de la pauvreté : alimentaire, vestimentaire, intellectuelle, etc… y est pour quelque chose autant géographiquement que politiquement.
    Les défis de la prochaine décennie seront ceux du climat planétaire, de l’éthique et de la conscience sociale universelle, de la transparence VRAIE et TOTALE loin des cachoteries et des tergiversations de nos gouvernements pour agir globalement et à long terme. C’est tout un changement de mentalités et de paradigmes tant pour les individus que pour les sociétés et leurs dirigeants à dictature variable.
    N’attendons pas d’être au bord du gouffre ou d’avoir l’épée de Damoclès sur la gorge (elle flotte au-dessus de nos têtes depuis fort longtemps déjà !) par nos omissions, notre paresse atavique et nos oreilles sourdes aux avertissements des Sages de tous les continents.
    AGISSONS maintenant puisque l’exemple est bien plus fort que les paroles pour la suite des temps qui nous restent à vivre sur cette Planète plus que jamais menacée de toutes parts.
    Le Joyeux retraité de Mazatlán !
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  • Hélène Béland - Inscrite
    3 janvier 2010 09 h 29
    La menace a un nom: l'islam radical jihadiste
    Alqaida semble avoir encore de belles années devant lui. Rien d'étonnant, le jihad fait partie intégrante du dogme islamique, plus d'un milliard de musulmans approuvent le jihad au nom d'allah.
    "Al-Jihad (le combat pour l’Islam) est une déclaration de guerre pour la propagation de l’Islam. A lui seul, ce Coran représente un véritable manuel de guerre. Quelque 67% du Coran révélé à la Mecque sont consacrés aux mécréants ou à la politique… et 32% à la piété. Au moins 75% de la Sirah (biographie de Mahomet) est consacrée au Jihad. Dans la section du Coran révélée à Médine, 51% concerne les mécréants. Quant aux hadiths (Paroles du Prophètes rapportées par ses disciples), environ 20% de celles de Bukhari ne parlent que du Jihad. Ainsi, un énorme pourcentage appuie la violence guerrière de cette religion de tolérance et paix qui est à présent reconnue comme contestable par la réalité des faits. Sans devoir développer la personnalité de Mahomet, son fondateur historique, l’origine et la rédaction de son Coran, livre décrété inamovible (vu qu’il serait incréé. Sic), donc hors de portée analytique des occidentaux, bien qu’il ait été réécrit et réaménagé plusieurs fois, induisant ainsi qu’il y aurait beaucoup d’aspects à radiographier. "
    Le 25 décembre un fou d'allah tente de faire sauter un autre avion et le 1er janvier 2010, un autre fou d'allah armé d'une hache et d'un couteau, est entré au domicile d'un journaliste caricaturiste danois pour l'égorger et le décapiter, pour avoir mis son talent au service de la LIBERTÉ d'expression.
    Qui menace l'Occident, nos LIBERTÉS, notre mode de vie, notre démocratie et nos valeurs, à l'heure où on se parle...? est-ce le christianisme, le boudhisme, l'hindouisme, les témoins de jéhovah, les adeptes du vaudou....Blanche neige et les sept nains???...c'est l'islamofascisme: l'islam radical, l'islam jihadiste, l'Islam intégriste ou fondamentaliste...appelez ça comme vous voulez, mais pas question de mettre toutes les croyances dans le même panier. Cessons de patiner...cessons d'avoir peur et sachons identifier la menace.
    Lisez le coran et la biographie de mahomet, tout est là. Croyez-moi, on ne vous enseigne pas à tendre l'autre joue et à pardonner et encore moins d'aimer son prochain comme soi-même.
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