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Birmanie - Le parti d'Aung San Suu Kyi est en quête d'une nouvelle génération

Aung San Suu Kyi est la plus jeune des onze membres du Comité exécutif de la Ligue nationale pour la démocratie, dont neuf sont octogénaires ou nonagénaires.
Photo : Agence France-Presse HLA HLA HTAY
Aung San Suu Kyi est la plus jeune des onze membres du Comité exécutif de la Ligue nationale pour la démocratie, dont neuf sont octogénaires ou nonagénaires.
Bangkok — Le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi a besoin de sang neuf et va devoir rapidement renouveler sa direction, composée d'octogénaires déconnectés des réalités et contestés par une partie des sympathisants, estiment des analystes.

La Prix Nobel de la paix, 67 ans, est la plus jeune des onze membres du Comité exécutif de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont neuf sont octogénaires ou nonagénaires.

Cette désastreuse pyramide des âges, dans un parti qui lutte contre un des régimes les plus répressifs de la planète, a été exposée au grand jour mercredi dernier lorsque Mme Suu Kyi a rencontré trois de ses compagnons de route.

Le président de la LND, Aung Shwe, a 92 ans. Son secrétaire Lwin, 85, et un autre membre du comité exécutif, Lun Tin, 89. Les trois hommes ont accepté au cours de la rencontre une «réorganisation» du comité.

«Cela fait longtemps qu'on attendait ça», se félicite Derek Tonkin, ancien diplomate et président de l'organisation Network Myanmar. Depuis 15 ans, «beaucoup de gens disent qu'elle aurait dû s'atteler à la réorganisation du parti».

La LND, qui a remporté les élections de 1990, mais n'a jamais pu exercer le pouvoir, doit notamment décider si elle participera ou non au scrutin promis par la junte l'an prochain, et dont beaucoup d'analystes craignent qu'il ne serve qu'à renforcer la légitimité du pouvoir des militaires.

«C'est maintenant ou jamais», estime un diplomate étranger basé à Bangkok. Au sein de la LND, «il y a de toute évidence pas mal de conservateurs qui regardent plus derrière que devant» et privilégient l'affrontement avec la junte à la négociation.

«Il y a une étonnante absence de vision et de connaissance sur la situation économique, le problème ethnique, toutes les grandes questions de la Birmanie», ajoute le diplomate, se réjouissant qu'Aung San Suu Kyi ait «donné le signal qu'elle voulait que le parti se prépare» aux prochaines échéances.

Depuis plusieurs mois, la dissidente a elle même repensé sa stratégie.

Celle qui a passé 14 des 20 dernières années privées de liberté et qui vient d'écoper de 18 mois supplémentaires d'assignation à résidence, ce qui l'exclut de facto des prochaines élections, a assoupli sa ligne politique et est sortie de son isolement en écrivant au généralissime Than Shwe, homme fort du régime.

La réorganisation de ses propres troupes n'est pas le moindre de ses défis.

«Il est certain que nous allons réorganiser le comité, mais nous ne pouvons pas dire quand», a expliqué à l'AFP un de ses membres, Khin Maung Swe, 68 ans. «Nous ne pouvons pas négliger les anciens s'ils veulent servir [...], même s'ils ont 80 ans».

Win Min, militant et chercheur de l'université de Chiang Maï en Thaïlande, convient que le parti aura besoin «de gens en bonne santé et avec l'énergie de faire avancer les choses».

Si le sort de la LND est avant tout entre les mains de la junte, les membres du parti n'en sont pas moins responsables de «leur propre incapacité à se renouveler», relève Derek Tonkin. «S'ils n'y parviennent pas, ils resteront comme des gens pleins de bonne volonté, mais dont tous les sacrifices auront été vains et je crois qu'Aung San Suu Kyi l'a compris».
 
 
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  • Baudoin de Pimodan - Inscrit
    29 décembre 2009 16 h 50
    Enfin un article équilibré concernant la Birmanie
    Qu'il est agréable de lire enfin que nombre d'opposants birmans, à l'exterieur de la Birmanie, ont une vision passéiste et veulent privilégier l'affrontement avec la junte plutot que de choisir la négociation. Que la plupart de ces opposants sont aujourd'hui ignorants (ou veulent ignorer)des problemes économiques et ethniques auxquels est confronté ce pays. Au cours des dix dernieres années, j'ai effectué plus de trente voyages dans ce pays. J ai été frappé par le décalage des opinions exprimées à l'exterieur de la Birmanie par des opposants birmans ainsi que par les soutiens traditionels à cette opposition (Jane Birkin ) et l'opinion de birmans vivant sur place qui tout en déplorant l'incapacité de la junte à promouvoir le bien etre de la population, ne comprennent pas non plus la position intransigeante dans laquelle Aung San Suu Kyi s'est enfermée , notamment en appellant à l'embargo contre son propre pays . Ils estiment qu'elle aussi responsable que la junte du profond dénuement de la population. Lire à ce propos la déclaration de l'ancienne assistante d'Aung San Suu Kyi qui, après avoir passé trois ans en prison, et une fois Aung San Suu Kyi ayant été relevée de son assignation à résidence, a décidé de la quitter du fait de son appel à l'embargo; estimant qu'au contraire elle aurait du appeller à l'investissement international et à la venue des touristes pour contraindre la junte à une évolution progressive.
    Mon dernier voyage remonte à un mois. Quasiment dans tous les milieux -sauf peut etre au sein des membres historiques de la LND, parti d'Aung San Suu Kyi- il y a une réelle attente des prochaines élections législatives , initialement prévues en juillet 2010 et plus ou moins annoncées pour novembre 2010.
    A la différence des anciens régimes de l'Est, la Birmanie ne s'appelle pas la "République démocratique du Myanmar" mais l'Union du Myanmar". Dans ses slogans, la Junte reconnait que le régime n'est pas démocratique puisqu'il parle d'une "transition pacifique vers la démocratie". Le régime birman me semble meme moins "organisé" en terme de controle de la population et en terme de repression que le régime vietnamien. Il m'a été rapporté qu'au cours d'une visite officielle , un dirigeant vietnamien s'était meme étonné auprès d'un général birman qu'Aung San Su Kyi soit toujours "vivante" indiquant que dans son pays la question aurait été vite "reglée". Il est vrai que l'on connait le nombre des prisonniers politiques en Birmanie (2.200 selon le HCR de l'ONU et confirmé par l'opposition birmane en exil à Bangkok) alors que l'on ne connait pas le nombre de contestataires vietnamiens emprisonnés et encore moins aucune figure d'une quelconque opposition au régime communiste .
    Le constat birman actuel est assez simple : absence de démocratie avec , à la clé, des risques serieux d'emprisonement pour les contestataires; une population qui, dans sa très grande majorité, est très pauvre et dont le principal souci n'est pas d'épargner mais d'assurer son pain quotidien et celui du lendemain;un gouvernement isolé à la fois du fait de la réprobation américaine et européenne et d'une tradition birmane historique qui ne recherche pas le contact avec l'étranger ou qui tout au moins se veut au moins l'égale des cultures étrangeres (pour l'anecdote, le roi de Birmanie adressa en 1812 une lettre au Roi d'Angleterre lui proposant de le soutenir, par l'envoi de troupes birmanes, contre Napoléon, à la condition qu'une fois Napoléon vaincu, le Roi d'Angleterre se reconnaisse comme vassal du Roi de Birmanie). Isolement qui convient sans doute parfaitement au Senior General Tang Shwe dont la formation est relativement succinte et totalement birmano birmane. Une dispersion de la population en plusieurs dizaines d'ethnies dont une vingtaine d'ethnies principales ayant tendance à réclamer , chacune, un statut spécial : l'armée ("Thatmadaw") est , dans l'esprit des dirigeants actuels (mais aussi dans celui d'Aung San Suu Kyi - ce que semblent ignorer nombre de ses supporters occidentaux) la garante de l'unité du pays.
    Dans un pays dont la devise pourrait etre , dans l'ordre des priorités, "Patrie, famille, travail" , rien ne bougera , aucune transition pacifique vers la démocratie, ne sera possible, si le pouvoir de l'armée , vue comme garante de cette unité nationale, est remis en cause.
    C'est pourquoi d'ailleurs, la constitution adoptée par referendum en 2008 (il n' ya pas de raison de mettre en doute les résultats de ce referendum, beaucoup de birmans ayant preféré voter "oui" plutot que de prendre le risque de voir la junte prendre pretexte d'un "non" pour recommencer à zéro des travaux d'élaboration d'une constitution qui ont duré plus de quinze ans) prévoit que 25% des sièges sont d'office réservés à des personnes désignées par l'Armée. Les militaires estiment qu'ils auront au moins un tiers des votes "libres" et donc la majorité dans la nouvelle assemblée. (les photos que j'ai prises de la construction en cours du Parlement à Nay Pyi Thaw, la nouvelle capitale située à 400 kms au nord de Yangoon, montrent si besoin en était, au moins la volonté formelle de la Junte de voir siéger une nouvelle assemblée législative). Curieusement, les éléctions de 1990, organisées par la meme armée, avaient été totalement libres ( d'où le résultat en faveur d'Aung San Suu Kyi à plus de 75%). Il est vraisemblable que la junte fait le pari d'un minimum du tiers des voix, en s'appuyant à la fois sur une propagande massive qui a déja commencé auprès d'une population encore très rurale et sur le fait incontestable (à l'exception des Karens) d'une paix civile depuis 1996.
    Il m'a également été dit (mais je n'en ai pas eu confirmation) que la constitution prévoyait que le Président qui sera nommé par le nouveau Parlement ne pourra etre agé de plus de soixante ans. Ce qui excluerait Thang Shwe mais aussi Aung San Suu Kyi
    Au vu de ce qui se passe depuis trois mois (entretien d'Aung San Suu Kyi avec des diplomates étrangers mais aussi avec un ministre birman délégué ad hoc, autorisation qui lui a été donnée de rencontrer les dirigeants historiques de la LND; lettre d'Aung San Suu Kyi à Tang Shwe), il est probable qu'une solution négotiée voit le jour entre la Junte et Aung San Suu kyi. Il est à souhaiter que les gouvernements occidentaux comprennent les enjeux birmans et aident à cette transition pacifique plutot que d'attiser le feu au risque de voir la population, qui a déja assez souffert, déchirée par la guerre civile. L'Europe est , dans cette phase, à la traine des Etats Unis qui , toujours pour l'anecdote, ont achevé, il y a deux ans, une nouvelle ambassade au coeur de Yangon , pour la coquette somme de 50 millions us dol et y entretiennent aujourd'hui plus de 95 employés américains , alors qu'ils n'ont pas nommé d'ambassadeur!
    Les milieux d'affaire birmans souhaiteraient privilégier les allemands et les français car ils ont un profond ressentiment à l'égard des anglais et des américains. Il est dommage que l'épouse de notre président, qui n'a jamais , sans doute , mis les pieds en Birmanie, mais en revanche "copine" avec Jane Birkin, ait cru devoir enfermer notre politique à l'égard de ce pays en adressant une lettre personnelle à Thang Shwe pour lui dire tout le mal qu'elle pensait de l'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi. Du coup si l'Europe est aujourd'hui attentiste, peu de dirigeants français osent franchir le pas pour ne pas risquer de déplaire au Président via son épouse. C'est un gachis pour la population birmane et sans aucun doute un gachis pour nos interets économiques.
    Baudoin de Pimodan
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