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    Un Conseil de sécurité « corrompu » ?

    Un ex-fonctionnaire de l'ONU dénonce un organisme anachronique

    L'ancien patron du programme Pétrole contre nourriture voit dans l'avènement du G20 le présage d'une réforme prochaine de l'ONU.

    Depuis des années, les Nations unies parlent en vain de réformer le Conseil de sécurité, dont les cinq sièges permanents appartiennent toujours aux grands vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale, qui sont toujours les pays les mieux armés ainsi que d'importants exportateurs d'armes.

    Pour Dennis Halliday, qui a été responsable de l'action humanitaire de l'ONU en Irak dans les années 1990, ce système est non seulement anachronique et dépassé, mais il est également corrompu.

    «Dans ses fonctions de paix et de sécurité, l'ONU est totalement corrompue par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Surtout par les États-Unis et la Grande-Bretagne ces dernières années, a-t-il affirmé en entrevue avec Le Devoir. L'invasion de l'Irak a été un exemple d'échec complet du Conseil.»

    Pour cet ancien employé de l'ONU — il y a fait carrière pendant 30 ans —, l'organisation internationale a «atteint un creux» parce que les États responsables de la paix et de la sécurité sont ceux-là mêmes qui fabriquent et vendent 85 % des armes sur le marché. «Il y a de toute évidence un gros conflit d'intérêts lorsque nous mettons la paix entre les mains des producteurs d'armes», a-t-il lancé.

    Un club sélect

    Le droit de veto que détiennent la Chine, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis a souvent bloqué l'action du Conseil, mais n'a pas empêché certains pays d'en agresser d'autres, juge M. Halliday, pour qui «les cinq membres permanents sont devenus un "old boys' club" où l'on se renvoie l'ascenseur».

    Les décisions du Conseil de sécurité et de certaines autres agences dominées par les pays riches de l'hémisphère nord, comme le FMI et la Banque mondiale, ternissent l'image de l'ONU et minent souvent le travail des autres agences, selon Dennis Halliday.

    «Il est néanmoins possible de réformer le système», croit ce dernier, qui fonde ses espoirs sur l'entrée en scène récente du G20. Ce groupe, a-t-il précisé, «montre que les pays du Nord ne peuvent plus gérer le monde sans s'adjoindre des partenaires du Sud.»

    C'est donc en prenant la mesure de son inefficacité et en voyant plusieurs dossiers lui échapper au profit du G20 que le Conseil de sécurité s'ouvrira enfin à une réforme, croit l'ancien cadre de l'ONU.

    «Cela se fera moins à la suite de pressions que par nécessité. Les Cinq réalisent qu'ils sont dépassés, a dit M. Halliday. Actuellement, le Conseil de sécurité est réactif, il n'étudie que les problèmes qui lui sont soumis. Ce n'est pas le rôle qu'il devrait jouer.»

    Représentation par région

    Dennis Halliday a proposé, dans une récente allocution, que les sièges du Conseil soient attribués aux grandes régions du monde: Amérique du Nord; Amérique latine et Antilles; Europe; Afrique du Nord et Moyen-Orient; Asie du Sud-Est et Océanie; Asie du Sud.

    Dennis Halliday a démissionné de son poste de directeur du programme Pétrole contre nourriture de l'ONU en 1998. Ces mesures avaient été mises en place quelques années plus tôt afin d'alléger l'impact sur les simples citoyens des sanctions internationales imposées à l'Irak après la guerre du Golfe de 1990.

    «Je me suis retrouvé à la tête d'un programme qui allégeait certaines difficultés, mais, en même temps, je me sentais complice, a expliqué M. Halliday. Je ne pouvais pas utiliser les fonds pour la reconstruction des infrastructures. Nous avons donc permis que des enfants boivent de la mauvaise eau et en meurent, nous avons également permis aux systèmes de santé et d'éducation de s'effondrer.»

    Les sanctions auxquelles le Conseil de sécurité a soumis l'Irak pendant 13 ans constituaient selon Dennis Halliday des «punitions collectives» qui n'ont pas affecté les dirigeants de ce pays, mais qui «ont produit des résultats incompatibles avec la Charte de l'ONU et de la Déclaration des droits de la personne.»












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