Libre opinion - Bhopal, l'anniversaire oublié
À l'heure où le premier ministre du Canada et le président des États-Unis font les yeux doux à l'Inde, il est un triste anniversaire qu'ils ne souligneront probablement pas. Pourtant, ceux qui nous gouvernent devraient réclamer haut et fort justice pour Bhopal...
Il y a 25 ans, une trentaine de tonnes de gaz toxique s'échappait de l'usine d'Union Carbide à Bhopal. On ne sait pas combien de morts pleurer: de 5000 à 8000 morts la nuit même; et au cours des années suivantes, 20 000 autres, victimes des conséquences de l'exposition à des gaz toxiques ou à la consommation de l'eau contaminée. Des centaines de milliers de personnes souffrent de maladies du système respiratoire, immunitaire, de cancers, de problèmes ophtalmiques, gynécologiques. Encore aujourd'hui, des enfants naissent avec des malformations physiques et des déficiences mentales. On craint que le poison ait causé des dommages génétiques irrémédiables, laissant dans son sillage des générations d'enfants handicapés.
Cet été, nous sommes allés à Bhopal. Nous avons vu les cicatrices laissées par le plus gros désastre industriel de tous les temps. Nous y avons interviewé des victimes qui se sont transformées en activistes: ces femmes des bidonvilles qui se lèvent, encore, contre Dow Chemical qui a acheté Union Carbide en 2001, cet homme, ex-travailleur de l'usine, qui a patiemment interrogé ses ex-collègues de travail et a amassé des caisses de documents pour comprendre ce qui s'est réellement passé; ces militants qui organisent une clinique et des services pour les enfants handicapés; ce jeune homme qui a perdu sept membres de sa famille et qui poursuit la lutte.
Désastre environnemental, judiciaire et humain
Les résidus toxiques laissés depuis les débuts de l'usine en 1969 ont infiltré la terre et ont contaminé la nappe phréatique. Même les vieux bâtiments se dressent toujours sur ce terrain au coeur des quartiers surpeuplés de Bhopal, comme un lugubre monument à la quincaillerie industrielle.
Quant aux victimes, elles n'ont pas obtenu justice; certains survivants ont reçu 500 dollars américains par membre décédé de leur famille, d'autres n'ont rien eu. Les associations civiles poursuivent leurs démarches judiciaires contre la compagnie pour qu'elle reconnaisse sa responsabilité légale.
Encore aujourd'hui, sur son site Internet, la compagnie prétend que la tragédie a été provoquée par un sabotage d'un mystérieux travailleur mécontent. Pourtant, plusieurs études indépendantes ont démontré que l'usine avait été mal conçue et comportait des failles importantes: quantité trop grande de produits chimiques entreposés, formation des travailleurs insuffisante, systèmes de détection et de traitement des fuites inexistants ou inopérants...
Le message que nous ont livré ceux que nous avons rencontrés était sans équivoque: ne pas demander justice pour Bhopal, c'est accepter que d'autres Bhopal lents et silencieux existent dans le monde, dans nos milieux de travail, dans nos communautés.
Monsieur Harper, nous pouvons vous envoyer une copie de notre vidéo, si vous le désirez...
***
Sylvie Joly - Ex-journaliste qui, en 1989, était à Bhopal, où elle a écrit un article pour L'actualité.
Louis Roy - Vice-président de la CSN.
Cet été, les deux sont allés tourner, à Bhopal, un documentaire indépendant.
Il y a 25 ans, une trentaine de tonnes de gaz toxique s'échappait de l'usine d'Union Carbide à Bhopal. On ne sait pas combien de morts pleurer: de 5000 à 8000 morts la nuit même; et au cours des années suivantes, 20 000 autres, victimes des conséquences de l'exposition à des gaz toxiques ou à la consommation de l'eau contaminée. Des centaines de milliers de personnes souffrent de maladies du système respiratoire, immunitaire, de cancers, de problèmes ophtalmiques, gynécologiques. Encore aujourd'hui, des enfants naissent avec des malformations physiques et des déficiences mentales. On craint que le poison ait causé des dommages génétiques irrémédiables, laissant dans son sillage des générations d'enfants handicapés.
Cet été, nous sommes allés à Bhopal. Nous avons vu les cicatrices laissées par le plus gros désastre industriel de tous les temps. Nous y avons interviewé des victimes qui se sont transformées en activistes: ces femmes des bidonvilles qui se lèvent, encore, contre Dow Chemical qui a acheté Union Carbide en 2001, cet homme, ex-travailleur de l'usine, qui a patiemment interrogé ses ex-collègues de travail et a amassé des caisses de documents pour comprendre ce qui s'est réellement passé; ces militants qui organisent une clinique et des services pour les enfants handicapés; ce jeune homme qui a perdu sept membres de sa famille et qui poursuit la lutte.
Désastre environnemental, judiciaire et humain
Les résidus toxiques laissés depuis les débuts de l'usine en 1969 ont infiltré la terre et ont contaminé la nappe phréatique. Même les vieux bâtiments se dressent toujours sur ce terrain au coeur des quartiers surpeuplés de Bhopal, comme un lugubre monument à la quincaillerie industrielle.
Quant aux victimes, elles n'ont pas obtenu justice; certains survivants ont reçu 500 dollars américains par membre décédé de leur famille, d'autres n'ont rien eu. Les associations civiles poursuivent leurs démarches judiciaires contre la compagnie pour qu'elle reconnaisse sa responsabilité légale.
Encore aujourd'hui, sur son site Internet, la compagnie prétend que la tragédie a été provoquée par un sabotage d'un mystérieux travailleur mécontent. Pourtant, plusieurs études indépendantes ont démontré que l'usine avait été mal conçue et comportait des failles importantes: quantité trop grande de produits chimiques entreposés, formation des travailleurs insuffisante, systèmes de détection et de traitement des fuites inexistants ou inopérants...
Le message que nous ont livré ceux que nous avons rencontrés était sans équivoque: ne pas demander justice pour Bhopal, c'est accepter que d'autres Bhopal lents et silencieux existent dans le monde, dans nos milieux de travail, dans nos communautés.
Monsieur Harper, nous pouvons vous envoyer une copie de notre vidéo, si vous le désirez...
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Sylvie Joly - Ex-journaliste qui, en 1989, était à Bhopal, où elle a écrit un article pour L'actualité.
Louis Roy - Vice-président de la CSN.
Cet été, les deux sont allés tourner, à Bhopal, un documentaire indépendant.
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