dimanche 12 février 2012 Dernière mise à jour 10h27
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Libre opinion - Pour les peuples autochtones de Colombie

Rémy M. Beauregard - Président de Droits et Démocratie  1 décembre 2009  Actualités internationales
En décembre 2008, Aida Quilcue, qui était à la tête du Conseil régional indigène du Cauca, a fait un long voyage qui l'a menée de la terre de ses ancêtres, dans la région de Cauca en Colombie, jusqu'à Genève, où son pays devait présenter son bilan sur le plan des droits de la personne devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Aida tenait à témoigner des violations des droits de la personne commises à l'endroit des 102 peuples autochtones de la Colombie, des violations qui mettent en péril la survie même de ces peuples fragilisés.

À peine descendue de l'avion, au retour de cette visite à Genève, le 16 décembre 2008, Aida a eu le choc de sa vie: son mari Edwin Legarda venait d'être atteint mortellement par deux des 17 balles tirées en direction du véhicule à bord duquel il comptait ramener sa femme à la maison. Dans les heures qui ont suivi, le ministère de la Défense de Colombie publiait un communiqué reconnaissant la responsabilité de l'armée colombienne, sans toutefois en préciser les circonstances.

C'est en janvier prochain que le cas de l'assassinat d'Edwin Legarda sera examiné en justice. Quoi qu'il en soit, la communauté internationale accorde déjà un intérêt considérable à cet événement qui coïncidait avec le passage d'Aida à Genève. Le «cas Legarda» pourrait devenir une exception à la longue liste des actes de violations de droits de la personne en Colombie qui demeurent encore aujourd'hui impunies. Pour les mouvements autochtones, l'issue de ce procès sera déterminante.

Le cas d'Aida révèle un problème plus vaste et beaucoup plus profond dont on ne parle presque jamais: au cours des sept dernières années, 1244 autochtones ont été victimes d'assassinat, tandis que 71 149 ont été forcés de quitter leur territoire traditionnel. Ces violences ne sont pas le fait d'un seul groupe armé comme plusieurs tendent à le croire, mais bien du feu croisé de toutes les factions combattantes impliquées en Colombie: l'armée officielle, la guérilla des FARC et les paramilitaires.

Le plus troublant, c'est que ces violences semblent être en nette augmentation: 18 000 autochtones ont été déplacés au cours des deux dernières années, et depuis janvier 2009 seulement, 103 individus ont été assassinés. Parmi les autochtones, les femmes sont particulièrement vulnérables aux violences, tandis que leurs leaders, comme Aida, sont ciblés au premier rang.

J'ai rencontré plusieurs autres femmes autochtones inspirantes il y a quelques semaines lors du Congrès national des femmes autochtones qui se réunissaient dans la région de la vallée du Cauca. Des femmes d'un grand courage venues de toutes les régions du pays pour trouver ensemble des moyens de ramener la paix et de protéger leurs semblables des violations commises à l'endroit des peuples autochtones depuis maintenant plus de 40 ans, moment où a commencé le conflit dans ce pays. Lors de rencontres avec elles, je leur ai témoigné notre soutien au nom de l'organisme canadien que je dirige, Droits et Démocratie.

Ces dernières années, le Canada a développé une relation privilégiée avec le gouvernement colombien. Notre pays est bien placé pour jouer un rôle prépondérant afin d'assurer la protection des droits des peuples autochtones, en favorisant leur pleine participation à la vie démocratique de leur pays. Plus spécifiquement, le Canada pourrait vérifier la transparence de ce procès et encourager le gouvernement colombien à garantir que justice sera rendue pour la famille d'Aida et toutes les autres victimes des nombreuses violations des droits de la personne. Le Canada devrait aussi encourager le gouvernement de la Colombie à négocier une solution pacifique au conflit.

Si le procès du «cas Legarda» se déroule de manière transparente, la Colombie aura accompli un pas important vers l'État de droit. D'ici là, Aida Quilcue devra continuer à faire face à d'énormes pressions sous forme de poursuites juridiques légales et de menaces à la sécurité et à la vie de sa fille de 13 ans. Pour le moment, elle garde le cap. «Si Dieu le veut», comme le disent les Colombiens, elle sera candidate aux élections législatives du printemps prochain, déterminée à protéger les siens, à participer à la démocratisation de son pays et à travailler pour la paix. Mais la campagne électorale qui s'annonce exigera d'elle tout son courage; un courage que déjà, le peuple colombien a bien trop chèrement payé.

***

Rémy M. Beauregard - Président de Droits et Démocratie
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Guy Roy
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 03h56
    Un traité de libre-échange à saborder
    Le premier geste de solidarité avec le peuple colombien dans son ensemble devrait être d'annuler toute procédure pour l'établissement du traité de libre commerce avec la Colombie d'Uribe.
    Le faux prétexte que ce traité nous donnerait le pouvoir d'influencer Uribe tient de la mythologie conservatrice sur ce qui favorise ou non le respect des droits humains. La collaboration avec un tel régime tient de l'aveuglement le plus total sur l'établissement des conditions matérielles pour la libération des autochtones colombiens ... et de tous les autres colombiens.
    Uribe qui s'est illustré comme narcotraficant doit partir. Et le Canada doit se donner comme objectif que son régime ne perdurera pas. En commençant par couper les liens que Harper prétend être un moyen d'influencer ce sanguinaire dirigeant.
    Ce serait une autre honteuse politique conservatrice que celle d'une forme d'indulgence face à Uribe. Non seulement menace-t-il la paix en Amérique Latine, mais Uribe ne négocie que pour les propriétaires fonciers à la source de la corruption et des assassinats dans ce pays.
    Même Coka Cola est poursuivi aux États-Unis dans une cause d'assassinat politique. Et les étasuniens démocrates eux-mêmes ne sont pas très chauds aux relations harmonieuses avec ce pays. L'autorisation de construction de base militaires en Colombie sera perçu comme un genre de réaction impérialiste à l'apparition d'une opposition de gauche à l'hégémonie des USA en Amérique Latine.
    Il faut cesser les naïvetés devant le reste des dictatures sur ce continent. Les dernières péripéties et le double langage s'illustrant au Honduras.

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 07h41
    Autochtones en Colombie
    M. Beauregard a bien raison d'attirer l'attention sur le sort des peuples autochtones en Colombie, qui est tragique et risque de les plonger dans un processus d'extinction, comme le dit la Cour constitutionnelle de Colombie dans son jugement 004-2009. En fait, sur papier, les droits des autochtones colombiens sont protégés mur à mur: ils ont le droit à l'autodétermination, à leurs propres systèmes juridiques, à tous les droits reconnus par la Convention 169 de l'OMT et de la déclaration des Nations Unis sur les peuples autochtones. Si on compare avec le Canada où les autochtones n'ont en fait que très peu de ces droits, on pourrait penser que leur sort est enviable.

    Malheureusement, il y a loin de la coupe aux lèvres ou des droits sur papier aux droits effectifs et c'est là où le bât blesse. Les tribunaux nationaux ainsi que les organismes de protection des droits de l'Homme des Amériques (CIDH - OEA) et des Nations Unies ont constaté que ces droits ne sont tout simplement pas respectés, ni par l'état, ni par les groupes armés illégaux, ni par les forces publiques (armée et police). De plus, il arrive régulièrement que les autorités colombiennes accusent les autochtones ou les défenseurs des droits de l'Homme de se liguer avec les groupes armés illégaux, ce qui est d'abord complètement faux, mais en plus, donne le signal aux groupes illégaux paramilitaires que ces gens sont des cibles.

    Il y a donc fort à faire en Colombie pour s'assurer que les droits qui sont dans la constitution et dans les lois du pays soient effectivement respectés et mis en oeuvre, sans hésitation ni tergiversation. Cela pourrait peut-être aussi aider au règlement d'un conflit armé qui dure depuis plus de quatre décennies.

  • A Sevigny
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 09h29
    Quelle désinformation sur la Colombie monsieur Roy!!!!
    Alvaro Uribe un dictateur, un narcotranficant et pourquoi pas un pédophile puisque vous y êtes!!! Malheureusement pour vous Alvaro Uribe est probablement le président le plus populaire de l'histoire de la Colombie. En fait son taux d'approbation oscille entre 65% et 85% depuis qu'il est au pouvoir (voir les sondages : http://www.angus-reid.com/ ). Cette popularité est très fortement due au fait qu'il a réussi à redonner aux Colombiens un peu de sécurité dans un pays souvent dominé par les paramilitaires, les narcotrafiquants et la FARC.

    Il est a souhaité que la Colombie puisse trouver une solution à ces problèmes, car les Colombiens méritent de vivre dans la paix comme tout le monde.

  • André Pelchat
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 10h04
    Normal.
    Un pays comme la Colombie, ou autochtones et syndicalistes sont assassinés de façon routinière, a tout pour s'attirer les sympathies du gouvernement conservateur canadien, tout comme du reste de la droite québécoise et canadienne qui, pour une bonne part, trouve sans doute qu'on devrait faire la même chose ici...

    I

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mardi 1 décembre 2009 10h06
    Désinformation dites-vous M.Sévigny?
    C'est un fait connu qu'Uribe a des liens avec les narcotrafiquants,tout comme certains membres de son gouvernement.... Laissez faire Angus-Reid et regardez quelle partie de la population arrive à voter en Colombie.... Tout ça sous l'oeil approbateur des USA avec ou sans Obama. Désinformez-vous au plus vite!

  • Michel Chayer
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 10h54
    Le Cartucho
    Il y a une dizaine d’années, en trois séjours distincts j’ai parcouru la Colombie pendant une année, sac au dos.

    La Colombie est un pays riche, pourvue d’une agriculture florissante et de ressources naturelles importantes.

    Mais en dépit de cela, la disparité sociale et la pauvreté chronique de larges pans de la population est des plus écœurante (le mot n’est pas trop fort).

    Que l’on songe simplement aux enfants de la rue, abandonnés à leur sort, se nourrissant de détritus comme s’ils s’agissaient de meutes de chiens, dormants sur les trottoirs, n’ayant ni père ni mère pour les consoler, et abattu à coups de fusil quand il y en a trop et qu’on n’arrive plus à les chasser.

    Et ce, dans l’indifférence la plus totale des autorités colombiennes.

    Quant à la Charité publique, on l’entend quêter… mais, elle ne se manifeste pas sur la rue. Je prends pour exemple le Cartucho, un quartier de Bogota des plus miséreux où il n’existe aucun endroit où les enfants abandonnés pourraient trouver réconfort, gîte, douche, nourriture, vêtements…

    C’est une honte. Parce qu’il n’est pas normal qu’il y ait autant de crève-la-faim dans un pays qui produit autant de nourriture, dans un pays qui produit autant de richesse.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012