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Les talibans accentuent leur guerre silencieuse

Une structure politique fantôme se met tranquillement en place

La montée politique n’est pas appuyée par une majorité d’Afghans, mais demeure néanmoins inquiétante aux yeux de la communauté internationale et des hauts gradés militaires.
Photo : Agence Reuters Saeed Ali Achakzai
La montée politique n’est pas appuyée par une majorité d’Afghans, mais demeure néanmoins inquiétante aux yeux de la communauté internationale et des hauts gradés militaires.
Dans plusieurs régions d'Afghanistan, les talibans sont de retour. Et pas uniquement les combattants, les politiciens aussi. Galvanisés par le certain succès de l'insurrection armée, les talibans ont mis en place une structure politique qui agit dans l'ombre, avec des gouverneurs fantômes et un comité des plaintes pour les citoyens. Ils espèrent toujours reprendre le pouvoir.

Une montée politique qui, même si elle n'est pas appuyée par une majorité d'Afghans — qui continuent de craindre un retour au pouvoir des talibans à Kaboul, d'après les sondages —, n'en demeure pas moins inquiétante aux yeux de la communauté internationale et des hauts gradés militaires.

Dans son plus récent rapport remis au président américain Barack Obama, le général Stanley McChrystal, qui dirige les troupes de l'OTAN en Afghanistan, écrit: «Les insurgés mènent une "guerre silencieuse" grâce à la peur, à l'intimidation et à la persuasion tout au long de l'année pour prendre le contrôle de la population. Ces efforts ont rendu possible, dans plusieurs endroits, la mise en place d'un "gouvernement fantôme" qui cherche activement à prendre le contrôle et à déplacer le gouvernement national et les structures traditionnelles. Les opérations militaires des insurgés attirent davantage l'attention que cette guerre silencieuse, mais il ne s'agit que d'un appui. Les attaques violentes ne servent qu'à montrer la faiblesse du gouvernement en place, ce qui aide au recrutement, au financement, et provoquent des réactions de l'OTAN, ce qui peut monter la population contre nous.»

Le général McChrystal affirme que les deux provinces les plus importantes dans la stratégie des talibans sont Khost et Kandahar, le fief traditionnel des talibans et lieu de naissance du mollah Omar, maître de l'Afghanistan entre 1996 et 2001.

Ce dernier dirige encore les actions talibanes, mais à partir de Quetta, au Pakistan, à l'aide de la structure nommée Quetta Shura Taliban (QST). Cette assemblée nomme des gouverneurs fantômes dans la plupart des provinces, fait une révision de leur performance et les remplace au besoin.

Un comité des plaintes civiles a également été mis en place pour que les citoyens fassent part de leurs commentaires, ce qui permet aux talibans de canaliser la frustration ambiante vers une solution de rechange politique, aussi oppressive soit-elle.

Ce comité des citoyens est dirigé par Torak Agha, un fidèle du mollah Omar, qui a une tâche délicate puisque les attentats des insurgés frappent davantage les civils que les militaires occidentaux. Depuis le début de 2009, 80 % des 2500 morts sont des Afghans. De plus, l'intimidation et les menaces des talibans suscitent souvent la grogne.

Le numéro 2 bien en selle

Le mollah Omar se fait toutefois vieux et des rumeurs évoquent une santé chancelante. Il ne sort jamais des zones tribales du Pakistan. Sur le terrain en Afghanistan, il a remis son autorité entre les mains d'Abdul Ghani Baradar, un chef de guerre puissant, efficace et décrit comme très intelligent. Il a été l'un des commandants militaires d'Omar lors du règne taliban à Kaboul.

C'est Baradar qui se rend dans les provinces lorsqu'une chicane éclate entre les combattants talibans et un gouverneur fantôme. C'est aussi lui qui décide des stratégies offensives au sein du comité militaire. Chaque hiver, il se rend au Pakistan pour faire valider la stratégie par la QST. Ensuite, avec l'aide des lieutenants d'al-Qaïda, il ramène le message dans les campagnes afghanes et organise la saison des combats, qui se déroule l'été.

C'est Barador, qu'on décrit dans les rangs talibans comme un guerrier qui a le tact d'un diplomate, qui faire affaire avec les trafiquants de drogue et les criminels, de qui il reçoit une fortune pour que ses combattants assurent la sécurité des convois d'exportation de l'opium.

L'argent est ensuite utilisé pour payer des insurgés d'un jour, soit des fermiers sans le sou ou des jeunes paumés qui vont accepter d'aller poser des bombes ou de mener une attaque pour 10 ou 20 $US par jour. Un joli magot dans un pays où le salaire moyen est de 40 $US par mois.

L'idée de cesser les attaques de front contre les troupes de l'OTAN à l'automne 2006 pour passer en mode guérilla à long terme viendrait de Barador. Parfaitement au courant de l'impatience des sociétés occidentales dans ce type de conflit asymétrique et sachant que certains pays veulent se retirer, c'est lui qui aurait lancé la célèbre phrase que les insurgés répètent depuis quel-

ques mois aux militaires de l'OTAN: «Vous avez peut-être les montres, mais nous, on a du temps.»
 
 
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