Des élections trop rapides ont légitimé le pouvoir des seigneurs de guerre
Photo : Agence Reuters Ahmad Masood
Quelque 50 % des députés élus en septembre dernier au Parlement et dans les conseils provinciaux ont des liens avec des groupes armés ou des seigneurs de guerre.
En précipitant la tenue d'élections législatives en Afghanistan en 2005, à peine trois ans après la chute des talibans, la communauté internationale a fragilisé les assises de ce pays. Les effets, notamment en ce qui concerne la corruption, se font d'ailleurs encore sentir, affirme Louise Arbour, qui préside l'International Crisis Group, un organisme qui oeuvre à la résolution des conflits dans le monde.
En clair, l'ONU et l'OTAN ont mis la charrue avant les boeufs dans ce pays en guerre. «Normalement, la police et l'armée doivent fonctionner et être efficaces avant que les milices locales et les seigneurs de guerre ne se disputent le pouvoir des urnes», a dit Mme Arbour en octobre dernier, lors de son passage à l'Université de Montréal. Louise Arbour est en poste à Bruxelles.
Selon l'ancienne dirigeante du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, la communauté internationale aurait dû attendre 10, voire 15 ans avant de faire des élections libres, le temps que le pays se stabilise, que les criminels soient arrêtés et que les rouages civils s'activent. «Les pays participants en Afghanistan ont exporté un concept pauvre de la démocratie, ajoute-t-elle. Ça se résume souvent à avoir des élections libres, ce qui ne fait que légitimer le pouvoir de gens parfois douteux [...] Le système de justice devrait fonctionner et punir les criminels avant qu'ils ne se présentent aux élections».
Par exemple, la Commission indépendante des droits humains en Afghanistan évalue que 50 % des députés élus en septembre dernier au Parlement et dans les conseils provinciaux ont des liens avec des groupes armés ou des seigneurs de guerre.
Des pays impatients
Souvent, les pays de la coalition veulent avant tout montrer à leur population impatiente que la situation progresse. «On a recours aux élections de manière prématurée pour que l'ordre du jour du pays soit compatible avec la volonté politique des États participants au conflit», tranche-t-elle.
Selon Louise Arbour, la communauté internationale «ne met pas assez l'accent sur les autres piliers de la démocratie, comme la magistrature, une presse libre ou le développement de la société civile».
Le politologue de l'Université de Sherbrooke, Sami Aoun, partage la vision de Mme Arbour. «Il y a une utopie qui est celle de l'attraction universelle de la démocratie, dit-il. Les pays occidentaux pensent que la soif de liberté est une évidence. Or, dans la culture afghane, le plus important, c'est l'ordre et la justice. La liberté, qui est une vision bourgeoise, vient après.»
Il ajoute toutefois une nuance. Selon lui, les seigneurs de guerre, criminels, potentats locaux et autres tyrans qui ont été élus font partie du paysage afghan, qu'on le veuille ou non. «À partir du moment où tu tiens des élections, c'est difficile de les écarter, car ils ont une influence très forte. Certains seigneurs de guerre sont assez puissants pour déstabiliser des régions entières. Et comme l'OTAN n'avait pas assez de soldats sur le terrain, c'est la dernière chose qu'elle voulait», dit-il, lui qui vient de publier un livre intitulé Après le choc. Moyen-Orient: incertitudes, violences, espoirs.
En clair, l'ONU et l'OTAN ont mis la charrue avant les boeufs dans ce pays en guerre. «Normalement, la police et l'armée doivent fonctionner et être efficaces avant que les milices locales et les seigneurs de guerre ne se disputent le pouvoir des urnes», a dit Mme Arbour en octobre dernier, lors de son passage à l'Université de Montréal. Louise Arbour est en poste à Bruxelles.
Selon l'ancienne dirigeante du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, la communauté internationale aurait dû attendre 10, voire 15 ans avant de faire des élections libres, le temps que le pays se stabilise, que les criminels soient arrêtés et que les rouages civils s'activent. «Les pays participants en Afghanistan ont exporté un concept pauvre de la démocratie, ajoute-t-elle. Ça se résume souvent à avoir des élections libres, ce qui ne fait que légitimer le pouvoir de gens parfois douteux [...] Le système de justice devrait fonctionner et punir les criminels avant qu'ils ne se présentent aux élections».
Par exemple, la Commission indépendante des droits humains en Afghanistan évalue que 50 % des députés élus en septembre dernier au Parlement et dans les conseils provinciaux ont des liens avec des groupes armés ou des seigneurs de guerre.
Des pays impatients
Souvent, les pays de la coalition veulent avant tout montrer à leur population impatiente que la situation progresse. «On a recours aux élections de manière prématurée pour que l'ordre du jour du pays soit compatible avec la volonté politique des États participants au conflit», tranche-t-elle.
Selon Louise Arbour, la communauté internationale «ne met pas assez l'accent sur les autres piliers de la démocratie, comme la magistrature, une presse libre ou le développement de la société civile».
Le politologue de l'Université de Sherbrooke, Sami Aoun, partage la vision de Mme Arbour. «Il y a une utopie qui est celle de l'attraction universelle de la démocratie, dit-il. Les pays occidentaux pensent que la soif de liberté est une évidence. Or, dans la culture afghane, le plus important, c'est l'ordre et la justice. La liberté, qui est une vision bourgeoise, vient après.»
Il ajoute toutefois une nuance. Selon lui, les seigneurs de guerre, criminels, potentats locaux et autres tyrans qui ont été élus font partie du paysage afghan, qu'on le veuille ou non. «À partir du moment où tu tiens des élections, c'est difficile de les écarter, car ils ont une influence très forte. Certains seigneurs de guerre sont assez puissants pour déstabiliser des régions entières. Et comme l'OTAN n'avait pas assez de soldats sur le terrain, c'est la dernière chose qu'elle voulait», dit-il, lui qui vient de publier un livre intitulé Après le choc. Moyen-Orient: incertitudes, violences, espoirs.
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