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    Afghanistan - Une femme qui se bat pour la justice

    La controverse, comme la valeur, n'attend pas le nombre des années. En 2003, Malalaï Joya était, à 23 ans, la plus jeune déléguée à la Loya Jirga («grande assemblée») constitutionnelle afghane. Son nom a fait le tour du monde parce qu'elle a qualifié plusieurs participants à cette assemblée de criminels de guerre et a exigé qu'ils soient traduits en justice.

    Deux ans après ce discours de 90 secondes, cette femme de petite taille devenait la plus jeune députée du Parlement afghan, qui comprend lui aussi des chefs de guerre et qui a fini par la chasser en 2007 à cause de son franc-parler, après avoir proféré des menaces de viol pour la faire taire. Il faut dire que Malalaï Joya ne mâche pas ses mots, comme Le Devoir a pu le constater dans l'entrevue qu'elle nous a accordée cette semaine.

    La jeune activiste, qui effectue une tournée de promotion de son livre intitulé A Woman Among Warlords («Une femme au milieu de seigneurs de la guerre»), vit toujours en Afghanistan, protégée par des gardes du corps et changeant constamment de domicile. Elle affirme qu'on a attenté à sa vie à cinq reprises depuis 2003.

    Elle partage son temps entre du travail social dans sa province natale de Farah et un militantisme plus politique: dénonciation des talibans et du gouvernement actuel, qu'elle qualifie de copie conforme de premiers, opposition à la présence militaire étrangère et, surtout, recherche de preuves sur les crimes commis par les seigneurs de la guerre.

    Malalaï Joya avait entendu parler de ces crimes et de leurs auteurs lorsque, adolescente, elle donnait des cours à d'autres femmes dans un camp de réfugiés au Pakistan. «Quand je suis arrivée à la Loya Jirga, j'ai vu les visages de ces criminels. C'est pourquoi je me suis levée. Je ne pouvais pas le tolérer.»

    Bien peu de notables Afghans trouvent grâce aux yeux de Malalaï Joya, à commencer par le président, Hamid Karzaï. «Huit ans [en comptant trois ans de gouvernement provisoire], c'est assez pour savoir que Karzaï est la marionnette d'un système mafieux. Il a fait des compromis avec des seigneurs de guerre misogynes qui sont des photocopies des talibans, accuse-t-elle. C'est pourquoi aujourd'hui l'Afghanistan est un sanctuaire pour les terroristes et un centre du trafic de la drogue.»

    Malalaï Joya reproche à Hamid Karzaï d'avoir choisi comme vice-présidents deux hommes que Human Rights Watch accuse de crimes de guerre, et de chercher à s'adjoindre d'anciens talibans pour «boucler la boucle».

    D'Abdullah Abdullah, l'adversaire de Karzaï à la présidentielle, l'ancienne députée affirme qu'il est «le principal candidat des seigneurs de la guerre qui ont sévi entre 1992 et 1996.»

    Cette dernière croit que des millions de ses concitoyens se sont abstenus de voter et que des candidats qualifiés ont refusé de se présenter parce que l'élection était jouée d'avance: «Durant la campagne, les gens disaient: "L'important, ce n'est pas qui a voté, mais qui compte les votes".»

    Malalai Joya demande aux gouvernements étrangers d'exiger que les criminels de guerre soient jugés plutôt que d'envoyer des troupes pour combattre en Afghanistan.

    «Aujourd'hui, nous somment pris entre deux ennemis puissants; d'un côté les forces d'occupation qui nous bombardent du haut des airs et de l'autre, les talibans et les seigneurs de la guerre, lance-t-elle. Je traite les soldats de la coalition d'ennemis parce qu'ils se battent pour une mauvaise cause. J'exprime mes condoléances pour les soldats morts en Afghanistan, car ils sont des victimes.»

    Malalaï Joya ne croit pas que la guerre civile reprendra si les armées étrangères se retirent de l'Afghanistan, pour cette simple raison: «Il y a déjà la guerre civile, dit-elle. Des millions d'Afghans souffrent d'injustice, d'insécurité, de corruption, du chômage et de la drogue, et ce, malgré la présence de milliers de troupes.»

    Mme Joya croit par ailleurs que les gouvernements occidentaux mentent quand ils disent se battre pour la démocratie et les droits des femmes. «Le nombre de viols est en hausse, des femmes se font défigurer ou asperger d'acide et les coupables s'en tirent s'ils ont les moyens de payer», dit-elle. «Il n'y avait aucune femme au pouvoir sous les talibans. Il y a 28 % de députés femmes aujourd'hui, mais la plupart ne jouent qu'un rôle symbolique», croit-elle.












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