La fin de l'État palestinien?
Ce fut longtemps un sujet central dans les relations internationales. Mais au cours de la décennie 2000 qui s'achève, l'Irak, l'Afghanistan, la crise financière et le changement climatique l'ont graduellement relégué au second rang.
«Tassé» par d'autres problèmes géopolitiques devenus plus importants, le contentieux israélo-palestinien a également pourri de l'intérieur, gangrené par l'immobilisme des uns, l'impuissance des autres et une mauvaise foi quasi générale.
Aujourd'hui, l'espoir a complètement déserté ceux qui, longtemps, avaient voulu croire à la possibilité d'un grand compromis autour d'une idée simple: la cohabitation de deux États indépendants, égaux, l'un juif et l'autre palestinien.
***
Dans le désarroi ambiant, face à l'échec total de la présidence de Mahmoud Abbas, les dirigeants palestiniens lancent des hypothèses et des ballons d'essai plus ou moins sérieux.
Une de ces hypothèses est la déclaration unilatérale d'indépendance, par ce qui tient lieu aujourd'hui d'Autorité palestinienne: une vieille lune, agitée jadis par Yasser Arafat, signe pathétique de l'impuissance des Palestiniens face à Israël. Un peu comme le chantage périodique à la démission, qu'Arafat lui-même ne dédaignait pas à l'occasion, et que le président Mahmoud Abbas vient lui aussi d'agiter.
Mais il est une autre idée — tout aussi utopique dans l'immédiat, mais susceptible, elle, de donner des cauchemars aux Israéliens — qui refait surface dans le vocabulaire de certains officiels palestiniens...
Chère au grand intellectuel palestinien Edward Saïd, reprise par l'historien britannique Tony Judt dans un article fameux de la New York Review of Books (octobre 2003), puis par l'ancien président de la Knesset Avraham Burg, on l'a entendue en 2008 dans la bouche d'Ahmed Qoreï, un ancien premier ministre palestinien. Et puis tout récemment — il y a deux semaines — dans la déclaration exaspérée d'un autre vieux bonze inamovible de l'époque Arafat, porte-parole éternel de l'évanescente «Autorité» palestinienne: Saëb Erekat.
C'est l'hypothèse de l'État unique, binational, israélo-palestinien, qui finirait par s'imposer après le naufrage définitif du «processus d'Oslo» de 1994, qui était basé sur l'objectif de deux États-nations parallèles vivant en paix. Un tel État binational regrouperait toutes les populations habitant actuellement en Israël, à Gaza et en Cisjordanie: 11 millions de personnes, à 50 % juives et à 45 % arabes selon les chiffres actuels.
Pure abomination pour les extrémistes du Hamas et du Djihad islamique, qui rêvent encore de «jeter tous les juifs à la mer». Mais également pour les Israéliens sionistes, qui perdraient dans le processus leur cher «État juif»... puisque cette nouvelle utopie moyen-orientale suppose des citoyens laïques tous parfaitement égaux, qu'ils soient juifs, palestiniens, bédouins ou arméniens! Avec, en plus, la perspective crédible d'une mise en minorité de la fraction juive de cette population, d'ici cinq ou dix ans.
***
Rappelons-le: tout au long des années 60, 70 et 80, l'idée d'une «souveraineté palestinienne» était subversive, agressive, presque folle hors des cercles militants. C'est Oslo qui a fait de ce concept une figure de l'acceptable. Et ce n'est qu'à la fin des années 90 que l'expression «État palestinien indépendant» a perdu sa connotation radicale pour la plupart des acteurs et commentateurs politiques.
Mais il s'est alors produit un phénomène remarquable: au fur et à mesure qu'il devenait honorable d'en parler, «l'État palestinien indépendant» se transformait — notamment dans la bouche des officiels occidentaux — en une formule rituelle de plus en plus vidée de son contenu, contredite par le déroulement des faits sur le terrain. Un mirage plein de trous, dont la ligne d'horizon ne cessait de reculer...
Et encore, Benjamin Nétanyahou lui-même, pourtant maître tacticien, n'en était pas rendu — il y a seulement un an — à ce niveau de développement langagier. Il avait dénoncé en 2005 la rétrocession unilatérale de Gaza. Début 2009, il rechignait encore devant «l'État palestinien». Pourquoi? Peut-être parce qu'au fond, il préfère un État unique, avec des «zones contrôlées» palestiniennes — certains ont parlé de bantoustans — dotées tout au plus d'une autonomie de type municipal.
On est loin, bien sûr, de l'idéal égalitaire d'Edward Saïd!
L'État unifié en Israël, à Gaza et en Cisjordanie? Un tabou immense, un fantôme dans le placard... Mais qui pourrait un jour resurgir sous une forme inattendue, sur les ruines du «processus de paix israélo-palestinien».
***
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
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francobrousso@hotmail.com
«Tassé» par d'autres problèmes géopolitiques devenus plus importants, le contentieux israélo-palestinien a également pourri de l'intérieur, gangrené par l'immobilisme des uns, l'impuissance des autres et une mauvaise foi quasi générale.
Aujourd'hui, l'espoir a complètement déserté ceux qui, longtemps, avaient voulu croire à la possibilité d'un grand compromis autour d'une idée simple: la cohabitation de deux États indépendants, égaux, l'un juif et l'autre palestinien.
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Dans le désarroi ambiant, face à l'échec total de la présidence de Mahmoud Abbas, les dirigeants palestiniens lancent des hypothèses et des ballons d'essai plus ou moins sérieux.
Une de ces hypothèses est la déclaration unilatérale d'indépendance, par ce qui tient lieu aujourd'hui d'Autorité palestinienne: une vieille lune, agitée jadis par Yasser Arafat, signe pathétique de l'impuissance des Palestiniens face à Israël. Un peu comme le chantage périodique à la démission, qu'Arafat lui-même ne dédaignait pas à l'occasion, et que le président Mahmoud Abbas vient lui aussi d'agiter.
Mais il est une autre idée — tout aussi utopique dans l'immédiat, mais susceptible, elle, de donner des cauchemars aux Israéliens — qui refait surface dans le vocabulaire de certains officiels palestiniens...
Chère au grand intellectuel palestinien Edward Saïd, reprise par l'historien britannique Tony Judt dans un article fameux de la New York Review of Books (octobre 2003), puis par l'ancien président de la Knesset Avraham Burg, on l'a entendue en 2008 dans la bouche d'Ahmed Qoreï, un ancien premier ministre palestinien. Et puis tout récemment — il y a deux semaines — dans la déclaration exaspérée d'un autre vieux bonze inamovible de l'époque Arafat, porte-parole éternel de l'évanescente «Autorité» palestinienne: Saëb Erekat.
C'est l'hypothèse de l'État unique, binational, israélo-palestinien, qui finirait par s'imposer après le naufrage définitif du «processus d'Oslo» de 1994, qui était basé sur l'objectif de deux États-nations parallèles vivant en paix. Un tel État binational regrouperait toutes les populations habitant actuellement en Israël, à Gaza et en Cisjordanie: 11 millions de personnes, à 50 % juives et à 45 % arabes selon les chiffres actuels.
Pure abomination pour les extrémistes du Hamas et du Djihad islamique, qui rêvent encore de «jeter tous les juifs à la mer». Mais également pour les Israéliens sionistes, qui perdraient dans le processus leur cher «État juif»... puisque cette nouvelle utopie moyen-orientale suppose des citoyens laïques tous parfaitement égaux, qu'ils soient juifs, palestiniens, bédouins ou arméniens! Avec, en plus, la perspective crédible d'une mise en minorité de la fraction juive de cette population, d'ici cinq ou dix ans.
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Rappelons-le: tout au long des années 60, 70 et 80, l'idée d'une «souveraineté palestinienne» était subversive, agressive, presque folle hors des cercles militants. C'est Oslo qui a fait de ce concept une figure de l'acceptable. Et ce n'est qu'à la fin des années 90 que l'expression «État palestinien indépendant» a perdu sa connotation radicale pour la plupart des acteurs et commentateurs politiques.
Mais il s'est alors produit un phénomène remarquable: au fur et à mesure qu'il devenait honorable d'en parler, «l'État palestinien indépendant» se transformait — notamment dans la bouche des officiels occidentaux — en une formule rituelle de plus en plus vidée de son contenu, contredite par le déroulement des faits sur le terrain. Un mirage plein de trous, dont la ligne d'horizon ne cessait de reculer...
Et encore, Benjamin Nétanyahou lui-même, pourtant maître tacticien, n'en était pas rendu — il y a seulement un an — à ce niveau de développement langagier. Il avait dénoncé en 2005 la rétrocession unilatérale de Gaza. Début 2009, il rechignait encore devant «l'État palestinien». Pourquoi? Peut-être parce qu'au fond, il préfère un État unique, avec des «zones contrôlées» palestiniennes — certains ont parlé de bantoustans — dotées tout au plus d'une autonomie de type municipal.
On est loin, bien sûr, de l'idéal égalitaire d'Edward Saïd!
L'État unifié en Israël, à Gaza et en Cisjordanie? Un tabou immense, un fantôme dans le placard... Mais qui pourrait un jour resurgir sous une forme inattendue, sur les ruines du «processus de paix israélo-palestinien».
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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
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