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Hakim, un casse-tête américain

«Nous refusons un gouvernement imposé. Nous n'avons peur ni de l'Amérique ni de l'Angleterre»

Le principal chef religieux chiite irakien a dénoncé hier la présence en Irak des troupes de la coalition menée par les États-Unis et demandé qu’elles quittent le pays pour permettre au peuple irakien de mettre en place son propre gouvernement.
Photo : Agence Reuters
Le principal chef religieux chiite irakien a dénoncé hier la présence en Irak des troupes de la coalition menée par les États-Unis et demandé qu’elles quittent le pays pour permettre au peuple irakien de mettre en place son propre gouvernement.
Nasiriya — Les troupes américaines étaient à cran hier dans le sud de l'Irak, où le dirigeant chiite Mohammad Baqer Hakim, au deuxième jour de son retour d'exil, a appelé au rejet de tout «gouvernement imposé» et à ne pas craindre l'armée américaine.

«Nous ne sommes pas des esclaves, nous sommes uniquement esclaves de Dieu. Nous ne sommes pas des prisonniers. Nous ne craignons pas les forces qui se trouvent autour de nous et nous regardent», a affirmé le chef de l'Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii).

Il s'adressait à une foule de plusieurs milliers de personnes venues l'accueillir à Nasiriya, ville majoritairement chiite du sud de l'Irak.

«Nous refusons un gouvernement imposé. Nous n'avons peur ni de l'Amérique ni de l'Angleterre. Les Américains aimeraient-ils être gouvernés par les Britanniques? Comment veut-on que nous acceptions d'être gouvernés par les Américains?», a souligné le chef de la principale organisation d'opposition au régime déchu de Saddam Hussein, représentant la communauté chiite, majoritaire en Irak et opprimée par l'ancien régime.

Dans son allocution, l'ayatollah Hakim a estimé que le futur gouvernement irakien devrait être un gouvernement juste, basé sur «l'islam et l'autorité du peuple, que certains appellent démocratie».

Les États-Unis insistent pour que le nouveau gouvernement à Bagdad soit représentatif de la «mosaïque» ethnique et religieuse de l'Irak, qui s'est déjà manifestée dans le «Conseil des Cinq» mis en place pour déblayer le terrain à la formation d'un gouvernement intérimaire.

Le frère de l'ayatollah Hakim occupe un siège dans ce Conseil, au nom de l'Asrii, et ce groupe a laissé entendre qu'il ne militerait pas pour un gouvernement extrémiste.

À une centaine de mètres du podium duquel l'ayatollah Hakim prononçait à Nasiriya son troisième discours public depuis son retour d'exil, un petit groupe de Marines américains ne cachait pas sa nervosité.

«Nous sommes assez nerveux aujourd'hui. Ce type est anti-américain. C'est ce qu'on nous a dit», a expliqué un Marine, observant le rassemblement à Nasiriya, qui aura duré une heure environ, en début d'après-midi.

Un autre Marine, s'exprimant lui aussi sous couvert de l'anonymat, a raconté que les troupes américaines avaient été prévenues que l'ayatollah Hakim pourrait être la cible d'un attentat commis par des factions chiites rivales ou par des partisans de Saddam Hussein.

«Nous essayons juste de rester en dehors de tout cela. Nous avons été entraînés au combat, pas au maintien de la paix», explique le soldat qui réagissait par un mouvement de recul chaque fois que les milliers de membres de l'assistance criaient «Allahou Akbar» (Dieu est le plus grand) en tapant sur leur poitrine.

Il admet que le seul mot en arabe qu'il ait appris est «emchi», qui signifie «va-t-en». «J'ai été absent pendant vingt-trois ans (...) pour vous défendre contre le régime», a déclaré l'ayatollah Hakim, éclatant en sanglots devant la foule. «J'ai fait ces sacrifices pour hisser le drapeau de l'islam», a-t-il poursuivi.

«Je ne suis qu'un soldat de l'armée de l'islam», a souligné le dignitaire religieux.

Après son escale à Nasiriya, où seulement quelques milliers de personnes se sont rassemblées pour l'accueillir, le convoi de l'ayatollah Hakim s'est dirigé vers la ville de Samawah, où il a prononcé un autre discours dans un stade devant des dizaines de milliers de personnes qui lui ont réservé un accueil chaleureux. L'ayatollah Hakim, qui doit se rendre aujourd'hui chez lui dans la ville sainte de Najaf (centre), avait plaidé samedi à Bassorah (sud) pour un Irak «moderne», fondé sur «les principes de l'islam».

Vaste remaniement

Par ailleurs, la coordinatrice américaine pour le centre de l'Irak va prochainement repartir aux États-Unis, a-t-on appris hier de source officielle américaine, dans le cadre de ce que le Washington Post présente comme un vaste remaniement au sein de l'administration américaine en Irak.

Barbara Bodine, qui assume de facto les fonctions de maire de Bagdad, quittera l'Irak «dans un délai de deux ou trois jours» pour occuper un poste important au sein du département d'État, a précisé à Reuters ce responsable du Bureau de reconstruction et d'assistance humanitaire (ORHA) à Bagdad.

«Elle occupera un poste pour lequel elle avait été choisie avant la guerre», a dit ce responsable, ayant requis l'anonymat.

Le général américain en retraite Jay Garner, chargé depuis trois semaines de superviser la reconstruction de l'Irak, sera remplacé d'ici une semaine ou deux ainsi que certains de ses collaborateurs, rapporte le journal. Ces remaniements interviennent quelques jours après la nomination par le président George W. Bush de Paul Bremer, ancien chef du contre-terrorisme au département d'État, comme administrateur civil en Irak.

De sources américaines à Bagdad, on indique que Bremer se rendra en Irak prochainement mais la date exacte du remplacement de Garner demeure inconnue.
 
 
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