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Un continent pris dans ses misères - La relance de l'Afrique passe par le Congo-Kinshasa

La paix est un préalable au projet NPDA

Kinshasa — La réussite du NPDA passe par le Congo-Kinshasa et par la fin de la guerre, martèle Hamuli Kabarhuza, d'une ONG, le Centre national d'aide au développement. Quelqu'un écoute-t-il? Ses propos contredisent l'indifférence ambiante dans laquelle s'enfonce le conflit congolais depuis quatre ans.

Le NPDA (ou NEPAD, selon l'acronyme anglais que tout le monde utilise parce que plus facile à prononcer) désigne le projet de Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique, dont quatre présidents du continent, notamment le Sud-Africain Thabo Mbeki, font la promotion depuis environ deux ans et que le G8 promet d'accueillir chaleureusement à son prochain sommet annuel, qui a lieu fin juin à Kananaskis, en Alberta. Ambitieux plan de développement continental destiné à sortir l'Afrique de ses misères économiques et politiques et à la faire entrer, par la grande porte de la mondialisation, dans l'ère du progrès par l'investissement privé.


Aussi le NPDA fait-il l'objet d'un certain cynisme dans l'«Afrique ordinaire» des sociétés civiles — que les gouvernements africains n'ont du reste pas jugé utile de consulter sur son contenu avant d'aller le faire bénir par les pays riches. Encore largement répertoire de phrases creuses sur les droits de la personne, la bonne «gouvernance» et la justice socioéconomique, le NPDA n'en exerce pas moins de l'attrait parmi ces sociétés qui le voient au minimum comme une occasion de se faire entendre et d'élargir leur influence. M. Kabarhuza appartient à cette catégorie, encouragé par le fait que le projet rompt au moins avec «l'afro-pessimisme».


La fin du conflit congolais comme préalable au NPDA? C'est que tout le monde n'en est pas convaincu. Bob Fowler, sherpa du Canada au G8, analysait il y a quelques semaines à Montréal, au cours d'une conférence convoquée par l'ACDI, que le projet de nouveau partenariat pourrait aller de l'avant en se passant de la RDC tant que la paix n'y sera pas rétablie. Penser pouvoir faire le NPDA en l'escamotant, estime M. Kabarhuza, c'est compromettre le succès du projet de partenariat dans toute l'Afrique. Politiquement, dit-il, le règlement du conflit représente un «test d'aptitude» pour les tenants du NPDA. Économiquement, la RDC est «incontournable»: située au coeur géographique du continent, elle a des mines d'or et de diamants, possède les réserves de cuivre les plus importantes au monde, un immense potentiel hydroélectrique et un marché — quoiqu'au vu de la pauvreté, même le dire «potentiel» soit optimiste — de 55 millions de personnes.


Encore faudra-t-il aussi que M. Kabarhuza convainque son propre gouvernement de la valeur du projet, ce qui n'est pas sûr non plus. Voici un pays qui a fait de la guerre un projet de société. N'empêche, une «cellule NPDA» a récemment été créée au sein du ministère congolais du Plan, grâce à certaines pressions sociales auxquelles M. Kabarhuza dit avoir été associé. «Il faut que Kabila s'implique, dit-il. Il n'est pas un idéologue, il est plus sensé que son père. On se rend compte ici que le pouvoir se pluralise.» Certains acteurs de la société civile semblent maintenant avoir leurs entrées au sein du gouvernement, ce qui est nouveau.


Pour l'heure, le seul à saisir la nécessité de dénouer le conflit semble être le président Mbeki. Bien entendu, son geste est intéressé d'un point de vue commercial, dit l'activiste chrétien Thierry Nlandu, professeur à l'université de Kinshasa: «Parce que le développement de l'économie et des marchés sud-africains dépend en grande partie de la stabilisation de la RDC.» Concepteur principal du NPDA avec les présidents du Sénégal, du Nigeria et de l'Algérie, M. Mbeki s'est beaucoup investi — sans grand succès à ce jour — dans le «dialogue intercongolais» institué par l'ONU il y a presque trois ans afin de négocier un accord entre les parties dans ce conflit régional où le Rwanda du président Paul Kagame joue un important rôle de nuisance.


L'écheveau régional des parentés et des inimitiés est le suivant: Pretoria lorgne le marché de la RDC qui, elle, se méfie en revanche de l'Afrique du Sud à cause des liens serrés qu'elle entretient avec Kigali — et des armes qu'elle lui vend. M. Mbeki a visiblement du mal à gérer son dilemme, qui viendrait par ailleurs d'intégrer le gouvernement rwandais au «comité de suivi» du NPDA.
 
 
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