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Attentat sanglant en Irak - Fin de règne

À moins de trois mois des élections générales en Irak, un attentat particulièrement meurtrier a été commis en plein coeur de Bagdad. Un fait sanglant qui en annonce d'autres, le sectarisme religieux ainsi que les concurrences ethniques dominant encore et toujours la scène politique. Déclinons.

Qu'il soit chiite ou sunnite, perse ou arabe, qu'il soit kurde ou patriote irakien, le simple citoyen se doutait que, les législatives étant à l'horizon du court terme, un individu ceinturé d'explosifs se ferait sauter. Cette appréhension est devenue réalité avant-hier. Mais voilà, l'ampleur de l'acte commis — plus de 150 morts, plus de 500 blessés — met en relief la ferme volonté de certains d'entacher durablement ce processus démocratique qu'est une campagne électorale.

Certains? Le fait que l'une des camionnettes remplies de dynamite venait de Fallouja, place-forte des sunnites, et le fait qu'il s'agit d'un attentat suicide et non d'un simple attentat, si tant est que l'on puisse qualifier de simple un attentat, permet d'avancer que la filiale d'al-Qaïda en Mésopotamie est peut-être impliquée. Le problème, c'est que le premier ministre, Nouri al-Maliki, un chiite, étant le sujet d'hostilités aussi féroces que diverses, personne ne peut aujourd'hui affirmer que les sunnites sont responsables de ce bain de sang, et seulement eux.

Au sein de son propre camp, ce ne sont pas les rivaux qui manquent. À commencer par ceux qui sont rattachés au Conseil suprême islamique irakien (CSII) et qui lui reprochent une trop grande proximité avec les Américains depuis sa victoire-surprise en 2006. On l'avait choisi pour chef de gouvernement parce qu'on le croyait manipulable. Il s'est avéré rapidement coriace. À un point tel que le CSII partageant des vues ou des ambitions politiques analogues à celles des religieux iraniens, il n'a pas atteint son objectif. Lequel? Se rapprocher à la vitesse grand V de Téhéran.

Au nord du pays, soit le royaume des Kurdes, la colère que suscite al-Maliki est d'autant plus vive qu'ils n'ont pas obtenu ce dont ils rêvent depuis que le premier GI a posé le pied sur le territoire irakien. Soit la reconnaissance que la ville de Kirkouk, et ses imposantes réserves d'hydrocarbures, est sous le contrôle des Kurdes. En 2006, ce sont ces derniers qui ont brandi leur veto pour écarter Ibrahim Jaafari, alors chef du gouvernement, parce qu'il n'avait pas cédé un pouce sur ce dossier.

Du côté des sunnites, la rage à l'endroit d'al-Maliki est plus aiguisée qu'au sein des autres composantes sociopolitiques parce qu'en plus d'avoir noyauté les services de sécurité de chiites, donc d'en être le maître quasi absolu, il n'est pas parvenu à faire passer la loi balisant l'exploitation du pétrole et la répartition de la rente que cela suppose. Les sunnites habitant les zones les moins riches en terres agricoles, et surtout en or noir, ils redoutent donc d'être les victimes du renversement de Saddam Hussein pour l'éternité.

En dehors des partis et des courants politiques, donc au sein de la population, on fait grief à al-Maliki d'avoir fait le service minimum sur le front économique. Il est vrai qu'au terme de son mandat, le niveau de vie moyen est deux fois moins élevé qu'il ne l'était lorsque Hussein était en place. Le taux de chômage dépasse les 20 %; chez les jeunes, il est au-delà de 30 %. Quoi d'autre? La corruption est endémique, le système de santé va à vau-l'eau, l'éducation aussi, etc. Bref, s'il est probable qu'al-Maliki finisse en tête des prochaines élections législatives, il serait très étonnant qu'il parvienne à former un gouvernement. En fait, à l'instar de ce qui a été constaté en 2006, il faut s'attendre à des mois d'instabilité.
 
 
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    27 octobre 2009 01 h 38
    Qui profite du crime ?
    FICTION.

    En premier, une histoire réelle:
    Hier soir, je me promène à Québec, une belle ville paisible et tranquille s'il en est une.
    Soudain à un carrefour, un méchant malade, enragé se met à bucher dans la portière d'un automobiliste lui vociférant des injures. Le feu passe au vert et l'automobile démarre en trombe avec un crissement des pneus incroyables. Bien des passants n'en reviennent pas. Je suis aux premières loges, l'enragé se tourne vers moi les yeux encore injectés de rage et est convaincu que je supporte l'automobiliste en fuite. Il me bouscule violemment en me traitant de tous les noms. Je croyais qu'il était pour me frapper. Je l'avais sans doute juste trop soutenu du regard.

    LA SUITE EST UNE FICTION.
    Une histoire inventée, imaginative qui n'est pas réelle.
    Vous comprenez?
    Alors, voilà,
    CE QUI SUIT EST DE LA PURE FICTION:

    Québec, ville en lice pour obtenir les Olympiques. Il y a des milliards en jeu. Dans les coulisses on se fait une lutte sans merci. Un pays, non identifié, décide qu'il faut à tout prix empêcher Québec d'avoir ces jeux. Une organisation secrète de soutien terroriste est mise en place. On débarque des caisses de bombes et de mitraillettes.
    Ces agents du terrorisme commencent alors leur mission. Il s'agit de repérer des fous (un peu comme ce frustré qui buchait dans la portière de celui qui ne semblait pas moins fou) et de leur donner une mitraillette. Aussi de repérer les adeptes de la pyromanie et de leur fournir des bombes artisanales.

    Un beau jour, après avoir reçu une mitraillette, un méchant malade tire dans une foule. 20 morts, 200 blessés. Deux jours plus tard, un autre fou répète le même scénario. Trois jours plus tard, c'est une bombe qui explose à Québec, 15 morts. On dit qu'Al-Qaïda est à Québec. Les policiers ne parviennent pas à trouver l'origine de l'organisation.
    Ben Laden lance à la radio, un message certifié par SITE disant que Québec aura peine à trouver des endroits pour enterrer les morts.

    Étant donné les circonstances terrifiantes, Québec est retiré de la liste des villes pouvant accueillir les prochains jeux Olympiques. Les milliards de retombés iront ailleurs.

    FIN DE L'HISTOIRE FICTIVE.

    Pourrait-on reprendre sensiblement le même scénario et l'appliquer ailleurs tout en changeant les objectifs?
    Des fous, des frustrés, des désespérés, il y en a partout. Même dans notre ville tranquille, en prenant une marche, on peut facilement en repérer.
    Certains individus vivant de solitude, de désespoir, de pauvreté, d'exclusion, deviennent parfois si désespérés qu'ils ont l'impression qu'il n'ont plus rien à perdre et si on leur remet une arme, une bombe, ils peuvent facilement faire des folies.
    Imaginez à Bagdad, depuis qu'on fait couler le sang à tout bout de champ. Les désespérés, frustrés, enragés doivent être assez faciles à trouver. Alors...

    Peut-on utiliser la même méthode pour parvenir à diverses fins dans divers pays?
    Disons, en Irak pour éviter un retrait rapide?
    En Iran pour déstabiliser?
    Au Pakistan pour justifier la vente d'armes?
    En Afghanistan pour faire approuver l'occupation?
    Etc.


    Est-il complètement fou de penser que l'on peut favoriser le terrorisme?

    Lors d'attaque terroriste devrait-on s'efforcer à chercher qui en profite le plus?

    En quoi ces attentats à Bagdad peuvent-ils profiter à quiconque au Moyen-Orient?
    Devrait-on toujours s'appliquer sérieusement à chercher à qui profite le crime?

    Dans toutes les enquêtes policières, la recherche du mobile est toujours primordiale.
    Et l'évidence est parfois, un leurre.

    Depuis l'annonce du Président Obama de retirer le gros des troupes d'occupation de l'Irak, il y a eu, pratiquement au même moment, une recrudescence marquée des attentats terroristes.
    C'est tout de même étrange que des individus décident de passer à l'offensive avant que les troupes ne soient parties. Moi, être un chef de gang terroriste qui veut prendre le contrôle du pays, j'attendrais que quelques sbires armés soient rentrés chez eux avant de commencer le bal. Pourquoi partir la danse et risquer ainsi que les sbires y prennent goût et décident de remettre leur départ?
    À qui peuvent donc profiter le plus ces attentats spectaculaires et sanglants?

    Quelle conséquence directe risque d'avoir ces attentats?
    Nous le verrons dans les semaines qui viennent, mais il est fort possible que le résultat risque d'être le report du retrait de l'armée US. En tout cas, si on prévoyait retirer 90% des troupes, on risque de ne plus retirer que 60 ou 75% pas plus. On dira: « On ne peut quitter et laisser ces pauvres Irakiens et Irakiennes ainsi sans défense. On ne peut quitter un pays dans un tel chaos ! »
    Eh! Oui! Cela va peut-être grandement profiter aux faucons qui voient d'un très mauvais oeil la fin de l'occupation militaire de ce pays. (Il ne faut pas être dupe, la fin de l'occupation militaire ne veut pas dire la fin de l'occupation politique du pays. Le bunker de Bagdad ne sera pas converti en hôpital pour handicapés de guerre.)


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    27 octobre 2009 02 h 49
    Souvenirs d'avant la «libération»
    Le sectarisme religieux...
    Est-ce nouveau? Ce sectarisme a-t-il subitement apparu depuis que les Américains "pacifient" le pays?

    Le sectarisme existe depuis belle lurette, c'est l'incapacité de cohabiter qui semble nouvelle. Entendions-nous parler de guerre de clan religieux en Irak avant l'invasion sanglante de l'armée US?

    Comment vivait l'Irak du temps de la dictature de Saddam?
    Mieux ou pire qu'aujourd'hui?
    Il faut se souvenir qu'on a envahi l'Irak en tuant près d'un million de personnes en mentant effrontément au monde entier. Il n'y avait aucune arme de destruction massive. Tout le prouvait (Rapports de Blix et El-Baradeï). On nous disait aussi qu'on libérait cette population d'une dictature terrible et que c'était pour leur bien.

    Aujourd'hui, si on compare la dictature de Saddam et la libération de l'armée de l'axe du bien, ce n'est pas évident.

    Lorsque Saddam était au pouvoir, les journalistes pouvaient circuler en toute sécurité dans le pays. Nous avions une information "normale" lors de la dictature. Aujourd'hui, aucun journaliste ne peut s'y rendre sans mettre sa vie en péril. Lorsque nous avons un journaliste sur place, il est "embedded", c'est-à-dire, qu'il couche dans le même lit que les militaires et qu'il nous livre des reportages ayant le sceau "aprouve by the troops".

    Revenons dans le temps et relisons, quelques reportages d'Irak.

    MARDI 23 DÉCEMBRE 1997
    « Mister Hello, carnet de voyage »
    De Pierre Foglia
    http://pierrefoglia.ifrance.com/a5/23-12-97.html

    Extrait:
    «On venait d'en finir des formalités à la frontière irakienne. Cinq très longues heures de freak-out total. Flics pourris qui réclamaient des bakchichs... Ouf, tout cela était enfin terminé. Le soulagement était palpable dans l'autobus enfin libre de filer vers Bagdad. Je me suis mis à genoux sur mon siège pour m'adresser à mes voisins les plus proches.
    " Je vais vous raconter une histoire, ai-je annoncé à mes compagnons de voyage.
    " Il va raconter une histoire ", a traduit, en arabe, ma voisine franco-irakienne.
    " J'habite au Canada, ai-je commencé, à sept kilomètres de la frontière américaine. L'été je la traverse presque tous les jours en vélo. Ça se passe à peu près comme ceci, le douanier sort de son poste, c'est souvent le même, il me dit hello. Je lui réponds, hello.
    Et voilà, c'est fini. Et mon histoire aussi. "
    Je me suis tu. Il y a eu un petit flottement. Puis ils sont partis à rire. L'histoire a fait le tour de l'autobus qui retentissait de joyeux " hello hello ". Même le chauffeur : " hello, hello..."
    Quelqu'un m'a apporté un verre de thé en me montrant comment le boire en renversant le trop plein dans la soucoupe en lapant la soucoupe.
    Le jour se levait sur le désert rouge.

    * * *

    L'Irak avant sa "libération".

    SAMEDI 20 DÉCEMBRE 1997
    « Et pourtant, ils vivent... »
    De Pierre Foglia

    Extrait:
    « Ils vivent. Je les ai vus.
    " Qu'êtes-vous allé faire au juste en Irak ? " m'a demandé un douanier à Dorval. Rien que cela : voir vivre les gens. Et marcher dans les rues. C'est fou tout ce que l'on apprend à marcher dans les rues, que l'on n'apprend pas à lire les analyses les mieux documentées. C'est fou comme une heure au marché du livre, tous les vendredis du côté du pont Shuhada - une rue entière de livres, pêle-mêle dans des caisses, ou seulement deux ou trois revues posées à même le sol, ou empilées sur des tables de fortune. C'est fou comme une heure à flâner là m'en a plus appris sur l'Irak que sept ans de " news CNN ".
    ...
    L'Irak continue d'être le lieu d'une énorme méprise politique, géographique, historique. Scolarisé, doté d'infrastructures qui en faisaient un pays presque moderne, officiellement laïc, du point de vue occidental, l'Irak était ( avec le Liban de jadis ) le pays du Moyen-Orient qui avait le moins la phobie d'un Occident pollueur de l'âme musulmane. Or voilà que c'est en Irak que l'Occident et l'Islam s'affrontent aujourd'hui, plutôt qu'en Iran, ou en Afghanistan, au Bangladesh, au Pakistan. Du milliard de musulmans sur la planète, ceux d'Irak sont parmi les moins intégristes. Que s'est-il passé pour qu'on en arrive là ?
    Il est passé un dictateur. De plus en plus fou, d'ailleurs. Saddam, le laïc, le presque marxiste, le tortionnaire de tant de musulmans ( chiites surtout ) ne vient-il pas de promettre de construire la plus grande mosquée au monde ?
    Il est passé une guerre aux troubles intérêts... L'intransigeance américaine s'explique-t-elle par les avantages considérables que tirent les pétroliers du Texas de l'interdiction faite à l'Irak d'exporter son pétrole, ce qui a pour effet de maintenir très haut le coût du baril ?... C'est une évidence pour chacun ( Jean Daniel, dans un récent éditorial du Nouvel Observateur ).
    Il est passé aussi beaucoup, beaucoup de bêtise humaine. Toujours inépuisable, toujours répressive, toujours avec sa cohorte de marchands et de bourreaux.
    Allez donc vivre après cela.
    Et pourtant, ils vivent. Je les ai vus. Je salue leur courage.

    Pour la suite:
    http://pierrefoglia.ifrance.com/a5/20-12-97.html

    * * *

    Bagdad avant sa "libération".

    MERCREDI 17 DÉCEMBRE 1997
    « Une criminelle absurdité »
    De Pierre Foglia

    Extrait:
    «Quand je suis entré dans la classe, les 46 « petites filles » se sont éjectées d'un bond de leur chaise et au garde-à-vous dans l'allée, ont hurlé à pleins poumons : " Nous sommes les soldats de Saddam et nous vaincrons. "
    Je suis à l'école AI UBoor, dans Saddam City, le plus pauvre quartier de Bagdad. Le plâtre tombe des murs. Une mare d'eau fangeuse inonde la cour que les enfants doivent traverser pour aller aux toilettes. Mais les gamines sont toutes pimpantes dans leur uniforme bleu, madones immaculées au-dessus du cloaque.
    Des jeunes gens d'une ONG française ( Enfants du Monde ) qui oeuvrent dans ce quartier auprès des enfants handicapés et orphelins me confirment qu'ils ont trouvé ici les ruines d'une structure sociale étonnante : " Ce n'est plus qu'une enveloppe vide, mais il y avait ici, avant la guerre du Golfe, un support aux handicapés qui vaut bien les encadrements des pays occidentaux. Nous n'avons aucune leçon à donner aux Irakiens en matière de Politique sociale. "
    Bref, ce qu'il faut comprendre de la misère irakienne, c'est qu'elle ne sort pas de terre comme à Haïti ou à Calcutta. Elle est fabriquée par les sanctions post-guerre du Golfe. Fabriquée par l'embargo et les sanctions américaines. FABRIQUÉE, j'insiste.
    Un jeune ingénieur montréalais, Evaristo Olivera spécialiste en travaux d'aqueduc, qui travaille pour la Croix-Rouge à Bagdad:
    " J'ai trouvé en Irak et à Bagdad, un système d'aqueduc moderne et très sophistiqué... quand il marchait. Mais après sept ans d'embargo, il n'y plus rien qui marche."

    Toujours assis sur un trésor nommé pétrole, les Irakiens ne sont pas pauvres, Ils sont punis par les Américains d'avoir Saddam pour président. Et c'est la première chose qui saute dans la face quand vous débarquez à Bagdad : cette punition est d'une criminelle absurdité.

    Pour la suite:
    http://pierrefoglia.ifrance.com/a5/17-12-97.html

    * * *

    Bagdad quelques mois après sa "libération" (sic).

    Lundi, 05 Janvier 2004
    «Une ville admirable, BAGDAD »
    De Pierre Foglia

    Extrait:
    «La journée avait commencé bizarrement, je m'étais un peu disputé avec un type dans un café Internet du quartier Watiq Square, le quartier chrétien.
    Le propriétaire du café était venu faire diversion, il m'offre le thé, et tout d'un coup j'ai un flash :
    Avez-vous des enfants ?
    Deux filles.
    Pensez-vous que je peux visiter leur école ?
    On ne vous laissera pas entrer. Surtout aujourd'hui. C'est une école un peu spéciale, mi-temps cours normaux, mi-temps ballet et musique. À la fin de chaque trimestre, il y a un examen public, les élèves donnent un spectacle aux parents et leur prestation est notée. C'est aujourd'hui. Mais on ne vous laissera pas entrer.

    Je suis entré là comme dans un moulin, mon vieux. J'ai été fouillé, comme tout le monde (l'école est voisine d'une base militaire américaine), mais personne ne m'a rien demandé. J'ai suivi les gens jusque dans ce qui m'a semblé être une salle de répétition de ballet, je me suis assis avec les autres, l'assistance était composée d'une majorité d'« une majorité de femmes, aucune ne portant le hidjab ». Bourgeoises de la bonne société, m'a-t-il semblé.
    Le spectacle a commencé par un numéro de petits bouts de chou en tutu dans un pas de trois. Une jeune fille leur succéda qui nous interpréta une sonate de Handel à la flûte. Et on alterna ainsi danse et musique. À la fin de leur numéro, les enfants faisaient de petits signes à leurs parents, qui leur renvoyaient leurs saluts. J'ai envoyé la main moi aussi deux ou trois fois à des enfants bien étonnés : c'est qui, lui ?
    À la fin du concert, le professeur d'accordéon est venu me saluer. J'ai compris qu'elle avait été envoyée en reconnaissance par la direction. Je lui ai dit la vérité, ça l'a amusée. On a parlé un peu.
    Je n'ai rencontré jusqu'ici que des Irakiens comme cette jeune femme, pro-américains et en même temps déçus des Américains.
    Les Américains, ils sont bien gentils, mais ils ne voient pas plus loin que le bout de leur fusil. Les Américains, on s'en fout. Regarde autour de toi. Dans ce pays sans police ou presque, sans électricité, sans essence, sans rien, tous les matins, des milliers de gens vont travailler, reviennent à la maison, recommencent le lendemain, survivent avec une foi admirable. C'est par eux que les choses arriveront ou pas.»

    Pour la suite:
    http://collabopm.com/PierreFogliaBagdad3.htm

    * * *

    Se souvenir nous fait voir le présent sous un autre éclairage.

    La guerre contre la démocratie, Al-Qaïda qui a envahi la Mésopotamie, le fun de se faire sauter avec des bombes pour tuer "la démocratie", comme si la guerre se faisait contre les urnes plutôt que contre l'occupant. Voyons, il faut cesser de penser que l'Irak est peuplé de barbares totalement fous et qu'ils se font sauter pour le plaisir d'empêcher des élections. La population de l'Irak peut très bien s'occuper de sa démocratie. L'Irak a besoin qu'on lui redonne son pays. Il est temps que l'empire occidental remette le Moyen-Orient à ses habitants.
    Depuis que le Moyen-Orient est occupé par l'Occident, on a l'impression que tous ses habitants ne sont que des barbares incapables de gérer leur propre vie. Non, mais, pour qui se prend-on?

    Aujourd'hui faute de journalistes sur place, on nous livre le monde selon...:

    On dit: « Le simple citoyen se doutait qu'un individu se ferait sauter pour empêcher la bonne marche des législatives. Camionnettes de dynamite venant de Fallouja, la sunnite... attentat suicide...la filiale d'al-Qaïda en Mésopotamie... al-Maliki, un chiite... les sunnites sont responsables de ce bain de sang? Conseil suprême islamique irakien... al-Maliki, victoire-surprise (sic) en 2006, trop proche des Américains... non manipulable, mais coriace... le CSII, des ambitions politiques analogues à celles des religieux iraniens... son objectif: Se rapprocher à la vitesse grand V de Téhéran (les méchants)...
    Puis il y a les Kurdes qui se disaient que les GI étaient pour leur donner Kirkouk et son pétrole... le veto kurde contre cet Ibrahim Jaafari... puis les sunnites qui rage avec des composantes sociopolitiques contre Maliki qui en noyautant les services de sécurité de chiites devient le maître quasi absolu... échec de la loi du pétrole et de sa rente... les sunnites moins riches en terres et surtout en or noir, ont peur donc d'être les victimes du renversement de Saddam pour l'éternité. » AMEN

    Mais aussi: La population pas contente d'al-Maliki pour son service minimum sur le front économique. C'est sa faute si le niveau de vie moyen est deux fois moins élevé qu'il ne l'était lorsque Hussein était en place. Ah! Bon!
    Le taux de chômage dépasse les 20 % (chez les jeunes 30 %).
    La corruption est endémique,
    Le système de santé kapout,
    L'éducation kapout, etc.
    Et v'lan, conclusion: il faut s'attendre à des mois d'instabilité! Ah! Bon!
    C'est surprenant, nous n'aurions jamais pensé!

    Chez nous, il serait normal de dire: «Bref, s'il est probable qu'al-Maliki finisse en tête des prochaines élections législatives, il serait très étonnant qu'il parvienne à former un gouvernement. En fait, à l'instar de ce qui a été constaté en 2006...»

    Mais en Irak, un territoire occupé où la violence règne et qui n'est même plus un pays, parler de "démocratie" comme si les conditions pour un tel état de grâce existaient... tout de même!

    L'Irak n'est plus un pays, c'est un territoire occupé et les élections organisées par les forces étrangères ne sont qu'une grotesque mascarade.


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    27 octobre 2009 09 h 41
    Heureusement que nous avons SITE !!!
    Je disais dans mon message de fiction envoyé hier à 1h00:

    «On dit qu'Al-Qaïda... Les policiers ne parviennent pas à trouver l'origine de l'organisation.
    Ben Laden lance à la radio, un message certifié par SITE disant que Québec aura peine à trouver des endroits pour enterrer les morts... .»

    Ce matin, ce n'est pas de la fiction. SITE nous dit qu'Al-Qaïda revendique l'attentat.

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International

    Heureusement que nous avons SITE !!!


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    27 octobre 2009 10 h 11
    Deux visions, excellent pour le lecteur
    Je suis très content que Le Devoir donne une place à des lecteurs comme M. Charbonneau. Non pas que je désire qu'il remplace le journaliste officiel, bien au contraire. Nous voilà avec deux visions d'une même réalité : l'Irak.

    Nous avons de la chance que Le Devoir accepte nos réactions. Nous qui réagissons souvent pour le plaisir de réagir et d'apporter notre son de cloche au dialogue sur l'ailleurs ; mais aussi les lecteurs abonnés plus discrets qui se contentent de lire une deuxième et parfois une troisième vision de la même réalité.

    Le journaliste apporte la nouvelle telle qu'il la connait : comme un os avec un peu de chair autour. Et voilà que nous, avec ou sans Foglia à la rescousse, grugeons à un endroit et ajoutons de la chair à un autre. Comme par exemple cette vision des Occidentaux comme libérateurs d'un peuple opprimé : un M. Charbonneau s'applique à la charcuter avec des exemples bien précis et des rappels du passé. Voilà qu'un doute s'insinue dans notre esprit : et si les Américains leur foutaient la paix à ces Iraquiens qui déjà vivaient joyeusement ou du moins intensément leur vie sous Hussein, même après la première invasion ratée par Bush père ?

    La question de M. Charbonneau est très pertinente : ne seraient-ils pas en mesure, après un temps de convalescence, de reprendre leur vie à eux, leur vie de moyen-orientaux, différente certes de la nôtre, mais apte sans aucun doute à faire ses propres choix, ceux qui correspondent, depuis des millénaires, à cette civilisation ?

    Pourquoi aller les relancer chez eux pour leur apporter le soi-disant cadeau de notre démocratie ? Commençons par leur dire clairement comment nous aimerions que vivent chez nous leurs réfugiés, du moins dans nos espaces publics. Nous en aurons d'autant plus le droit que nous leur fouterons la paix chez eux. Voilà mon point de vue sur la question : le plus vite les Américains quitteront l'Iraq, le mieux ce sera.

    Les Russes avaient dû quitter l'Afghanistan la queue basse. Je souhaite seulement que les Américains n'aient pas à attendre une telle extrémité pour préparer leur retrait de l'irak. Et que le Canada aura la même sagesse en Afghanistan.
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